La surveillance généralisée

La surveillance généralisée ? Changez et soyez acteur !

Nous sommes tous mesurés et surveillés.

Une panoptique qui peut déranger.

Les chinois ont mis en place un système de notation des bons et mauvais citoyens.

Aux États Unis, le scoring permet de refuser de facto tout prêt bancaire ou une immigration dans le pays en fonction de la mesure de ce que vous êtes.

Bientôt en Europe ? Certainement, vue la géographie du monde numérique qui est mondialisée.

Reprenez la main !

Temps de lecture : 20 minutes ; vous ne regrettez pas 🙂 !

Petite histoire de la mesure de masse.

La culture de la mesure est née au XIX siècle.

La mesure des choses est née sous l’époque de Vauban qui souhaitait encadrer le travail des ouvriers.

Construire rapidement les fortifications dites de Vauban nécessitait d’industrialiser les chantiers. Et de mesurer le travail de chaque tâche : tailler un pavé de pierre, monter une charpente. Cette mesure était un moyen de contrôler le travail des ouvriers. Et de constituer des métriques pour aider à planifier les constructions.

Elle a permis rapidement de déployer tous les ouvrages de Vauban.

L’industrialiation, les méthodes du Taylorisme dans l’automobile au XXème siècle, le lean inventé au Japon par Toyota dans les années 1970, et  les techniques de « SLA » ( Service Level Agreement ) sont nées de cette idée de mesurer, pour maîtriser, et contrôler.

De même, les mesures statistiques de la société devaient permettent de prioriser les actions de l’état dans tous les domaines tels que la santé, la criminalité.

La mesure de la société était un moyen de factuellement comprendre la société sous tous ses aspects.

Mesurer c’est pouvoir décider avec justesse. L’opinion et les commentaires n’on plus lieu d’être.

Ces statistiques restaient anonymes. C’était la moyenne, la tendance qui importait. Et pas l’individu en tant que tel.

Dans les villes, on catégorise la population, sur la criminalité, les naissances. Les premières tables de mortalité apparaissent.

Les premiers recensements de population sont faits en Angleterre en 1801. Catégoriser et dénombrer l’homme est le vœu de Condorcet.

C’est surtout un moyen de réguler les décisions d’Etat, en fonction de la cartographie humaine.

En 1890, le statisticien américain Hermann Hollerith s’inspire du métier à tisser de jacquard pour inventer la machine à cartes perforées.

La machine permettra le calcul des données du recensement américain en 1890.

La hollerith tabuling machine deviendra la International business machine… IBM..

Le modèle quantitatif prend peu à peu la place du qualitatif.

L’arrivée du numérique : une mesure de masse plus efficiente.

L’arrivée du numérique a déplacé un peu l’usage de la mesure vers le citoyen.

Car les possibilités de stockage des données brutes, les mesures ont décuplé. Les capacités de traitement par les processeurs des ordinateurs ont augmenté.

Autant auparavant le traitement était fastidieux et souvent la quantité d’information était inutilisable; autant aujourd’hui les outils d’analyse et de restitution permettent d’utiliser la mesure facilement.

Tout est aujourd’hui mesurable. Et les datas mesurées, captées dans le monde tisse la planète comme une toile numérique mesurable et mesurée. L’arrivée des objets connectés accélère ce mouvement.

La machine à laver envoie ses propres mesures au fabricant pour qu’il puisse mesurer le cycle de vie de son produit. Ou offrir au consommateur des conseils relatifs à son utilisation.

Tout appareil domestique sera connecté.

Les indicateurs indiquent que la croissance des objets connectés sont exponentielles. Et dans un rythme beaucoup plus rapide que les « anciennes » nouvelles technologiques comme le smartphone.

Et cela ne concerne pas que les produits « hauts de gamme ». Amazon par exemple a montré qu’on pouvait produire des micro-ondes à bas prix, mais connecté. A lire ici : Des enceintes connectées au micro-ondes, la stratégie d’Amazon.

Ensuite, la mesure a quitté la sphère de l’anonymat.

Autant les statistiques d’état procédaient de mesures statistiques et anonymes.

Autant les nouveaux modèles économiques des Gafas et startup nous mesurent, en prenant bien soin d’aspirer toutes nos données personnelles.

La loi informatique et libertés en France est née d’un scandale dans les années 1970 sur un projet de croiser toutes les informations personnelles entre fichier, suite à un article du journal du Monde ( le projet safari ).

Une première résistance contre le monde numérique qui aspire et croise toutes nos données aujourd’hui. La France, toujours en avance…

Rappelons nous de notre histoire.

Ou pendant la seconde guerre mondiale,

L’état français fichait les juifs, les homosexuels, les handicapés. Pour décider de leur mort.

Devant ce traumatisme, et l’action des résistants, des défenseurs des droits de l’homme, la vigilance a été de mise.

Ainsi est née la CNIL, indépendante, permettant de définir les règles et sanctionner les dérives relatives à la vie personnelle.

Et c’est une bonne chose, quand on voit ce qui se passe en Chine et aux Etat Unis.

En France, la commission nationale informatique et libertés, organisme indépendant veille aux bonnes pratiques.

Quitte à se mettre en porte a faux avec l’état. Car elle a un pouvoir indépendant de l’état. Récemment par exemple, l’affaire récente de Ben alla. a interloqué la CNIL.

La fameuse vidéo de surveillance de Benalla est soumise aux règles des droits des citoyens. Cette vidéo ne peut être conservée plus d’un mois. Pourquoi a t on pu sortir cette vidéo bien plus tard que le délai légal ? Même l’Etat doit se soumettre aux règles respectant les droits des citoyens, quels qu’ils soient. Et la CNIl s’est saisie du sujet en toute indépendance.

Data Driven.

La mesure est devenue une donnée chaude. Elle intervient tout de suite.

A la différence des enquêtes statistiques ou des sondages ad-hoc.

Dans le supermarché, vous pouvez appuyez sur le bouton vert ( je suis satisfait de la visite ) ou rouge ( je suis mécontent ).

Dans le domaine des services, toute relation humaine se finalise par un questionnaire d’appréciation du collaborateur. Avec une note d’appréciation. C’est le cas du domaine bancaire, d’une installation d’une box chez soi.

Dans le domaine de l’entreprise, on évalue la qualité du formateur. Ou d’une réunion avec le fameux « ROTI »  : comment ai-je vécu cette réunion en brandisssant de sa main les doigts ( de 1 a 5 ). Le fameux Return On Time Invested. : ai je perdu mon temps ? ou en ai-je gagné en participant à la réunion.

La mesure est devenue instantanée, in real time. Les outils numériques permettent en suite in réal Time et instantanément d’en déduire actions, préconisations.

La mesure et son usage s’en trouvent ainsi indissociables dans le temps.

C’est la révolution du numérique qui le permet. Voilà pourquoi on est parfois surpris aujourd’hui que les résultats des élections prennent parfois des heures ou des jours pour obtenir le résultat. Car la mesure de la démocratie dans les urnes procèdent encore du papier, ce fameux bulletin de vote.

Et il est assez révélateur que la démocratie se méfie de l’usage de la technologie. Et qu’au XXIeme siècle on procède encore de cette façon. Le comptage manuel de millions de bulletins de vote. La technologie fait encore peur. A juste titre certainement.

Cette tradition démocratique a cette aura d’un rituel surranné que personne ne songe à remettre en question.

Peut on décider, et avons nous un libre arbitre ?

La mesure de soi est elle inéluctable ?

Les nouveaux outils numériques nous tracent en permanence. Au départ, pour nous aider.

On se laisse géolocalisé pour trouver la route la plus rapide en voiture, avec les applications types Plan d’Apple, ou Waze.

On se laisse géolocalisé lorsqu’on court, pour garder trace de son parcours, et calculer sa performance.

Ces applications qui nous mesurent aggrègent toutes nos données, et donnent conseil. A grand renfort d’intelligence artificielle.

Elles nous influencent, nous préconisent des comportements à suivre.

Puisque l’intelligence artificielle et nos applications qui nous mesurent prennent une importance dans nos choix de vie : peut on encore décider et avons nous le libre arbitre ?

Le sujet est subtil car en tant qu’être humain nous pensons maîtriser les choses. Mais nous savons que les influences qu’elles soient techniques ou sociétales sont là:

Le libre arbitre est il une notion caduque. Face aux révélations des dernières recherches scientifiques, et d’un point de vue sociétal, prisonnier des objets numériques tels que les réseaux sociaux ?

Face aux injonctions des applications numériques à nous conseiller sur notre façon de vivre, la question du libre arbitre se pose donc.

Les philosophes du XXème siècle pourraient aujourd’hui remettre en question ce moment ultime où on décide soi même.

Dans sa chronique  « il est urgent de réinventer le libéralisme« , Gaspard Koenig , philosophe et président du Think tank génération libre cite l’historien Yuval Harari.

Celui-ci liste les 21 leçons pour le XXIème siècle. le consensus libéral s’effrite, et laisse place à un monde en proie à un vide existentiel angoissant. Pour lui, l’une des causes est la disparition du libre arbitre. Cela dépasse la simple quête existentielle de l’homme, mais bien une réalité très concrète et pragmatique :

Comment peut-on faire son travail, signer des contrats, assumer ses actes au quotidien, si le sujet n’est pas autonome ?

L’intelligence artificielle permet de déléguer notre capacité de décision à la machine.

« Dans le monde de l’Intelligence artificielle, le flux des datas nous installe confortablement dans notre silo personnalisé, qu’il s’agisse d’un itinéraire en voiture ou d’une discussions sur Facebook. Un jour, nous laisserons l’IA décider de notre carrière et de nos amours. Nous serons tous prisonniers des algorithmes que nous aurons contribuer à alimenter. Le flux des Datas remplacera la congrégation des individus ».

La réponse  est d’interroger plutôt en soi, plutôt que d’interroger des béquilles techniques qui nous rassurent dans un soi qui n’est plus nous-même. Interroger plutôt sa souffrance, sa douleur. Plutôt que de satisfaire ses désirs. Derrière le néant qui se découvre ainsi, on retrouverait bien un semblant de soi qui souhaite remettre sa liberté et son orgueil. Le fameux libre arbitre.

La mesure pour agir.

Une surveillance acceptée.

L’intérêt de la mesure pour soi est ainsi née.

Qu’on appelle largement le self quantified. C’est à dire se mesurer.

Le self quantified est le domaine né du digital pour se mesurer.

Mesurer son activité sportive, mesurer son rythme cardiaque. Et récemment mesurer son addiction aux numérique.

Ces données précieuses sont une mesure du temps passé et présent.

Elles nous propulsent dans un monde numérique qui dresse notre portrait robot. Notre façon de vivre.

Largement employée par les gafas pour prédire. Offrir des offres marketing liées à ces activités.

Voilà le sujet d’un monde totalitaire.

Le totalitarisme est la propension à inculquer à l’individu un pensée unique, sans liberté de choix.

Autant la mesure de vous même, citoyen, par les institutions et l’état est largement encadrée par la CNIl, autant la mesure volontaire qu’on laisse aux géants du web n’était pas encadrée.

L’arrivée du règlement européen en 2016 ( le fameux GDPR ou RGPD ) permet d’encadrer ces nouveaux usages. A lire ici : Pourquoi le GDPR ? la protection des données personnelles.

La transformation digitale : le chiffre est roi.

L’entreprise se transforme y compris dans le monde ancien des grandes entreprises.

Le client est toujours le roi ( concept qui n’est pas nouveau ).

Aujourd’hui puisque le client est tracé en permanence, son usage est devenu le leimotiv à toute décision.

Si le client n’utilise pas une fonctionnalité proposée par l’entreprise, cette fonctionnalité n’a pas de sens. Et on peut la supprimer. C’est le principe roi choisi par Amazon et Google : tester une fonctionnalité et la confronter à l’usage.

Ce ne sont plus les chefs de projet d’organisation ( les fameux experts ) qui décident. Mais le chiffre et la mesure. Le salarié se laisse dépossédé de son autonomie, de capacité de discernement.

Les entreprises tendent à devenir « data driven ».

Exemples :

  • Le A-B testing.

Amazon et les grandes entreprises du web utilisent beaucoup le A-B testing.

Sur leur site e-commerce, deux fonctionnalités sont présentées différemment au client, de leur même site. En fonction des réactions des clients sur l’usage de ces fonctionnalités, celle qui est la plus utilisée devient celle qu’on va généraliser. Ce n’est plus l’intelligence d’un chef digital qui décide. C’est la donnée, la fameuse « Data ».

De même, ces techniques de A-B testing sont utilisées dans le domaine de la publicité pour mesurer la publicité qui a le plus d’impact.

Cette tendance remet l’usage et le client au centre du paradigme tant vanté depuis des décennies sur le leitmotiv : « le client est roi ». Même s’il se trompe.

Ces techniques sont dans un sens salvatrices, puisque elles permettent de recentrer le client au centre du village. Beaucoup d’entreprises mettent avec bienveillance le client au centre de leur activité.

A contrario, imaginons de laisser les clients choisir leur achats avec le conseil de collaborateurs. Et si les clients préféraient des collaborateurs féminines ou pire des collaborateurs qui ne soient pas noirs… la data est froide, et neutre. Elle n’a pas de moralité.

Doit-on laisser les algorithmes ou la data décider ?

L’intelligence artificielle et plus largement l’informatique sont encore bien ancrés dans les décisions de quelques informaticiens.

L’apprentissage de l’intelligence artificielle reprend les écueils de la vie des humains.

  • L’exemple de l’intelligence artificielle, selon Microsoft.

Watson devient raciste. A peine lancée, le tchatbot « intelligent » de Microsoft discute avec les internautes, et tient des propos racistes. A lire : A peine lancée, une intelligence artificielle dérape.

Pourquoi ?

Parce que derrière le fantasme de l’intelligence artificielle, la réalité est différente.

La première révolution de l’intelligence artificielle est ancrée avec une large place à l’humain qui apprend à la machine.

L’intelligence artificielle est un apprentissage ( deep learning ) par la machine de « pattern ». Apprendre à reconnaître par exemple un chat. Pour cela, l’humain fournit des milliers d’image de chats à la machine. Celle-ci parvient petit à petit à conceptualiser l’image du chat. Et de la reconnaître.

Ce sont donc des humains qui fournissent la « data » nécessaire à l’apprentissage.

En fournissant des images des meilleurs patrons d’entreprise ( pratiquement tous des hommes ), la machine apprend que les dirigeants sont des hommes. Et les stéréotypes humains s’immiscent dans les octets des machines…

Les applications de ressources humaines recyclent les préjugés vis à vis des femmes.

Régulièrement, avec humour ( noir ), sur les réseaux sociaux, les méfaits de l’intelligence artificielle font le buzz.

Il faut 20 h pour apprendre à tout jeune de 18 ans pour apprendre à conduire, et passer son permis de conduire. Il faut des milliers d’heure à une voiture autonome pour apprendre les mêmes basiques.

L’intelligence humaine a encore de beaux jours devant soi 🙂 .

La mesure des choses.

La transformation digitale nous dit « arrêtons les opinions. Mesurons. ».

Il faudrait ajouter « laissons proposer la data. Mais tu décideras «

D’une démarche citoyenne et humaine, comment reprendre le là sur ces mesures ad-hoc ?

Choisir avant de surveiller notre prise de poids par une balance connectée.

La technologie en soi est toujours neutre. Aussi, soyons vigilants à ne pas dénier les progrès de la science. Y compris numérique.

Jacques Séguéla, grand gourou de la communication lançait en 2009 :

 « Le Net est la plus grande saloperie qu’aient jamais inventée les hommes ! »

[ Source :  On n’est pas couchés sur France 2, le 17 octobre 2009 ]

Ne cédons pas à un repli ou un rejet de la technologique. Ou inversement, penser que la technologie va sauver notre monde. A lire ici : les apocalyptiques d’internet sont de retour.

Il s’agit ici de réfléchir comment basculer un usage dangereux des nouvelles technologies vers un usage salvateur de la Data.

Et des initiatives existent. Ce que je vous propose de lire ci-après, avec quelques exemples.

L’open data.

L’open data est l’ouverture sur les réseaux numériques de toutes les données disponibles à chacun. Permettant de partager les millions d’informations.

Ces données sont disponibles sur des plateformes, via ce qu’on appelle des API. Je t’interroge, tu me réponds. De manière automatique, sans intervention humaine.

Pour des sociétés privées, permettre de réutiliser les données afin de produire  de nouveaux services utiles à tout citoyen. Google Map permet ainsi d’intégrer les données cartographiques et les intégrer dans d’autres applications. C’est le sens de l’ouverture des plateformes : ouvertes et disponibles.

Dans le smart city, de nouvelles applications utiles à l’usager utilisent les données des horaires de transport ou de lignes de transport fournies par les entreprises publiques.

Les données publiques statistiques sont également partagées.

Planetscope par exemple fournit un ensemble de données en temps réel sur les données écologiques mondiales.

  • L’exemple d’une startup : Yuka.

L’usage ludique.

Plus petit, je jouais à la caissière.

Aujourd’hui, on chasse les Pokémons avec son smartphone ( Pokémon existe il encore ? ).

Quoi de plus ludique que de scanner tous les produits dans sa cuisine et voir ce que se cache derrière les produits sains, ou malsains de l’industrie agro-alimentaire ?

Bonne nouvelle , le citoyen peut aussi mesurer.

Et reprendre la main sur ce monde de mesure généralisée.

Renversons la tendance : A être mesuré en permanence, je peux mesurer et agir en fonction de ses convictions.

Avec délectation.

C’est l’objet de l’application Yuka qui peut mesurer la conformité des produits que vous achetez sur les critères de santé.

Utilisant l’open data pour répertorier quelque 360 000 produits d’usage courant , vous pouvez mesurer la teneur en protéine, sucres, sels.. des produits courants alimentaires et cosmétiques que vous achetez.

L’application Yuka est performante, car elle utilise via les API ( Application Programming Interface ) les données librement fournies dans le monde de l’open data.

En tant qu’utilisateur, je peux  avoir ce libre arbitre, qu’on tend à nous retirer.

L’application Yuka n’est financée par aucune industrie alimentaire. Elle ne vit pas de publicité. Ce qui lui laisse une légitimité, indépendance et transparence.

L’application est utilisée par 7 millions d’utilisateurs. Et elle a poussé certains géants de l’agroalimentaire à changer la composition de ses produits.

[ a lier ici : Alimentation, inquiets du succès de l’appli yuka, industriels et distributeurs contre attaquent ]

L’exemple de ce modèle d’application qui s’appuie sur l’open data et laissée aux mains des utilisateurs nous montre que la technologie sert, sans qu’on soit obligé de suivre un protocole e « self quantified ».

J’utilise l’application quand je veux. Et en aucun cas, on me notifie de mes erreurs alimentaires sur les achats que les GAFAs auraient captés. Et qui seraient biaisés vu le modèle économique publicitaire des applications telles Amazon, Google, Facebook ou Apple.

Je reste maître. Et vous restez maîtres !

Les « sharing cities », ou la contre attaque d’une ubérisation de nos villes.

Les Gafas ont toujours un temps d’avance, vis à vis des institutions publiques. Comme l’Etat, les mairies, les communautés urbaines qui n’ont pas toujours ni les moyens humains,  la compétence, ni les moyens financiers de pouvoir appréhender le nouveau monde de la transformation digitale.

Elles sont donc souvent victimes de deux facteurs :

  • l’ubérisation involontaire.

Les Gafas ont bien compris qu’elles devaient composer avec les institutions traditionnelles : les mairies, les communautés urbaines.

L’exemple symptomatique de l’application de transport Uber montre que les résistances sont encore présentes, face à ces nouveaux usages. Uber a été largement boycotté dans de nombreuses villes. Pour ces sociétés, embarquer positivement les intervenants locaux est primordial.

Un paradoxe pour ces applications mondialisées qui doivent composer avec le local.

C’est le cas également par exemple de AirB&B qui se trouve confrontée à Paris à des résistances sur le modèle de l’application.

A coup de « Think Tank », ces startups californiennes tentent de séduire le territoire local en proposant des innovations séduisantes.

Pour les institutions traditionnelles, qui tentent de retrouver une démocratie locale, une proximité avec les citoyens, et des résultats concrets, les propositions des Gafas et de l’industrie numérique en règle générale est une bouffée de modernité.

Paraître moderne, proposer de nouveaux services aux citoyens.

Devant le désintérêt des citoyens vis à vis de l’institution ( voir le mouvement des gilets jaunes par exemple  ), souvent décriée, retrouver une forme moderne, utile avec les usagers est séduisante.

Les offres et partenariats sont alléchantes.

En tant qu’internaute, nous avons offerts nos données au monde numérique. Les villes, les mairies, les communautés urbaines font de même. Tentées par l’usage, les bénéfices.

Autant en tant que citoyen, je décide de mon sort numérique, autant pour les collectivités, les décisions concernent toute la communauté locale. Que faire ?

  • la perte de maîtrise du territoire local.

La géographie du territoire, les modalités de transport sont gérées par les services techniques des municipalités. Régulièrement, elles comptent, identifient le trafic. Pour identifier les travaux, modifications à apporter aux citoyens.

Aujourd’hui, elles sont complètement dépossédées de ces usages.

Les applications de géolocalisation, telles Waze, décourcircuitent  les usages.

Quand il y a bouchon, ces applications proposent des circuits alternatifs. Quitte à engorger des rues, routes ; sans que la municipalité n’en ait conscience.

Au niveau local, les effets concrets de l’industrie mondiale de Californie déroutent. On pensait les entreprises américaines ancrées dans un cloud digital déconnecté de nos mode de vie locaux.

Elles ont pourtant une empreintes dans nos vies, dans la rue. Sur nos routes. Et les municipalités dépossédées.

Les Sharing Cities

Face à cette ubérisation larvée, certaines villes reprennent la maîtrise.

Au SCEWC ( Smart City World Congress ) de Barcelone, un ensemble de villes se sont ralliées, autour des « Sharing cities » ( villes du partage ).

Leur objectif est de mutualiser et partager leurs forces pour contrer ce qu’on pourrait appeler l »ubérisation des villes. Pour ne pas subir le poids des GAFAM ( Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft ) et les NATU ( Netflix, AirBnB, Tesla, Uber ).

Les « sharing cities » regroupe 42 métropoles ou grandes villes. Amsterdam, Athènes, Altanta, Montreal. Et plus près de nous, Lille !

Elles ont publiées en novembre 2018 une déclaration commune, pour définir les principes d’encadrement vis à vis des acteurs numériques tels les Gafas.

Elles intègrent notamment les règles vis à vis du respect du droit du travail, la souveraineté des municipalités. Et surtout l’intérêt général des habitants de ces villes.

  • Le GitHub des municipalités.

Comme évoqué plus haut, les difficultés de mettre en place des plateformes choisies et construites par les municipalités ont poussé ce collectif à proposer une plateforme numérique pour toutes les municipalités. En open source, ouvertes, et partagées.

C’est l’objet de l’initiative « Decidim ».

Il s’agit d’une plateforme numérique dédiée, ouverte et gratuite, en open source, pour les villes qui souhaitent mettrent à disposition auprès des citoyens une démarche participative.

Partie de Barcelone, la plateforme est aujourd’hui utilisée par la ville de Lille. Permettant de capter les initiatives et les retours des usagers.

Le code informatique est disponible, sur Github Decidim

 

L’irrésistible résistance de notre humanité.

Albert Camus dans « L’homme révolté » , écrit :

« Qu’est-ce qu’un homme révolté ? Un homme qui dit non.

Mais s’il refuse, il ne renonce pas : c’est aussi un homme qui dit oui, dès son premier mouvement ». Ce « non » signifie : « les choses ont trop duré » ; « jusque-là oui, au-delà non ».

En somme, ce non affirme l’existence d’une frontière. Et se base sur « une certitude confuse d’un bon droit ».

L’essai d’Albert Camus est toujours moderne. A l’époque, c’est la colonisation en Algérie qui posait question.

Cette même citation reste moderne. Face aux machines artificielles.

Et c’est la génialité d’Albert Camus, écrivain et philosophe qui a su écrire une histoire de notre condition humaine.

Chacun sent qu’il peut être menacé par les nouvelles technologies. Devant un tchatbot, un robot, une application vocale qui nous contrôle.

Le refus de dire oui à un maître numérique et aux usages numériques en général reste d’actualité.

Aujourd’hui, en France, nous avons des philosophes, des écrivains. Ils ont commencé à prendre conscience du sujet. Je pense notamment à Eric Sadin, mais surtout Bernard Stiegler, qui axe sa réflexion sur la mutation de notre société, avec justesse.

A retrouver ici tous les articles sur la techno-liberalisme.

[ A lire : Albert Camus, ou l’homme révolté ]

  • L’effet jogging : Régis Debray.

En 1990, Régis Debray, écrivain, philosophe avait avec clairvoyance identifié nos usages d’aujourd’hui. Des réseaux sociaux par exemple.

[ A lire : les réseaux sociaux en 1991, selon Régis Debray ]

La technique a toujours été un sujet de discussion. Platon lui même dans l’antiquité grecque refusait l’écrit, car l’usage de l’écrit était un « média », un intermédiaire qui dénaturait les relations humaines.

Régis Debray a inventé le concept de la médiologie, c’est à dire l’usage et la transmission du savoir. Et forcémment autour de l’usage de la technique sous toutes ses formes.

Et Régis Debray a lancé cette formule de l’effet jogging. En expliquant que dans les années 1970, les grands industriels de l’automobile prévoyaient la fin de la marche. Nous serions tous véhiculés. Et Régis Debray de constater que le jogging ( courir tout seul sans but, juste pour courir ) a contredit et réfreiné l’usage de la voiture. Il  n’y a jamais eu autant de salles de sport, de fitness, pour courir sur des tapis.

Le « mindset » intéressant qu’il met en lumière est que l’humain reprend toujours ses droits, quitte a refoulé, refusé les nouveaux usages technologiques. Qui dénaturent la condition humaine.

A lire : l’effet jogging.

A chacun de trouver, de prendre le recul nécessaire sur cette vie numérique. Qu’il faut choisir.

En respectant ce brin d’humanité. Etre soi même. Choisir. Refuser la facilité !

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