Petite histoire de la Silicon Valley et des GAFAs

La Silicon Valley est située en Californie. C’est le berceau de notre monde numérique d’aujourd’hui. Là où sont nées les plus grandes start-ups comme Google, Facebook, Amazon…

La Silicon Valley se situe au sud de la baie de San Francisco en Californie, et accueille de nombreuses start-ups et entreprises de technologies.

Pourquoi ces géants numériques ont « disrupté » le monde d’aujourd’hui ? Pourquoi en Californie ? Je vous propose la petite et grande histoire de la Silicon Valley. Née au début du XXème siècle. Temps de lecture : 30′.

Une vieille histoire !

On parle  souvent des nouveaux géants bien connus du grand public : Google, Facebook, Amazon. Car ces entreprises rythmes aujourd’hui notre quotidien. Bien avant, la silicon Valley a lancé d’autres grands géants, comme IBM, Hewlett Packard, Apple.

L’histoire de la Silicon Valley ne date pas des années 2000, ni des années 1960. Mais bien avant par ses prémices.. En 1930.

La Silicon Valley doit son nom à Silicium. Le Silicium est le composant de base des processeurs intégrés dans tout ordinateur. Permettant les calculs exponentiels. C’est la Valley de l' »octet » ( le bit / octet étant la matière unitaire de tout langage numérique de nos ordinateurs ). Cette ruée vers l’octet a fait suite à la ruée vers l’or.

Même si on parle beaucoup de la Californie et de la Silicon Valley des années 2000, le monde des starts-ups dont on parle à longueur de temps dans les médias n’était pas tout à fait le même que le monde premier de la Silicon Valley. Ses caractéristiques sont restées  cependant les mêmes.

On distingue ainsi 6 grandes périodes la « Silicon Valley » :

  • La technologie militaire dans mon garage ! 1930 – 1960.
  • S’approprier le monde et la technologie. 1960 – 1990.
  • Les autoroutes de l’information. 1990 – 2001
  • L’économie du savoir et des comportements. 2002 – 2010.
  • La globalisation de la Silicon Valley. 2010 – 2020.
  • L’humain digitalisé dans sa pensée. 2020 – 2030.

La Première Silicon Valley : la technologie militaire dans mon garage ! ( 1930 – 1960 )

  • Le premier objet technologique conçu dans un garage.

Le mythe de la start-up née dans un garage n’est pas un mythe.. Et bien réelle.

La première start-up est née en 1938, dans un garage. Et c’est  une entreprise encore aujourd’hui bien connue qui en est la pionnière.

Il s’agit de HP ( Hewlett Packard ), l’entreprise qui construit, assemble et vend des ordinateurs.

La photo ( au début de l’article ) est celle du garage, qui est considéré officiellement comme le point de départ de la Silicon Valley. Par son enregistrement en tant que Califronia Historical Landmark en 1987, puis étendu en 2007 par son placement sur la liste du Registre national des lieux historiques ( HP ).

Où une plaque inscrite sur la façade martèle :

Ce garage est le lieu de naissance de la première région au monde de haute technologie, la silicon valley.

Pourquoi ce garage devient il le mythe fondateur de la Silicon Valley ?

C’est là que William H. Hewlett et David Packard créent en 1938 leur premier produit, un audio-oscillateur dans leur garage. Premier produit technologique construit dans ce lieu modeste.

  • Pourquoi parle-t-on de start-up, et de ce nouveau monde de la Silicon Valley ?

La première Silicon Valley est d’abord fonctionnelle. Elle est née pour créer des objets technologiques utiles à l’armée.

La caractéristique première de la Silicon Valley est la contre-culture.

Qu’est qu’une contre-culture ? Il s’agit d’une critique active ou une transformation du paradigme social, scientifique ambiant. Une « diruption », comme on dirait dans le langage de la transformation numérique d’aujourd’hui.

Et c’est bien dans les années 1930 que cette contre-culture naît dans la région de San franscico. Un nouveau type de paradigme naît.

Historiquement, les scientifiques inventent, formalisent des théories scientifiques. C’est bien plus tard que l’industrie s’empare de ces inventions pour en faire des usages, des produits.

La différence de la Silicon Valley, c’est qu’au contraire, elle est un foyer où tout se mélange. Industriels et scientifiques travaillent ensemble ( « co-construction » ) pour concevoir des outils, des produits. Il s’agit donc d’un mélange géographique ( au même endroit, dans cette région ), d’organisations ( militaires et scientifiques ) et temporel ( tout se passe en même temps, sans attendre les retombées des inventions et brevets plusieurs décennies après ).

Tous ses acteurs se fédèrent, et convergent autour de projets communs.

Evidemment, c’est la menace de la seconde guerre mondiale qui accélère et fait converger ce nouveau modèle d’organisation. En1940 est créé par Franklin Roosevelt le bureau de recherches et de développement scientifique ( Office of Scientific Research and Development OSRD ).

C’est un vrai foisonnement de compétences variées. Avec ces caractéristiques qui définissent le modèle de l’esprit de la Silicon Valley :

  • Concevoir rapidement des produits dans un court délai.
  • Travailler dans un modèle non hiérarchique, de manière transversale.

On voit que ces caractéristiques insuffleront les décennies suivantes, jusqu’au mode de fonctionnement de nos start-up d’aujourdh’hui !

Comme je l’ai indiqué, la première Silicon Valley a pour objectif de répondre à des objectifs militaires. C’est ainsi que sont construits les dispositifs militaires tels que les radars, avions, calculateurs. Et la bombe atomique, par le projet Manathan Project.

  • Un nouveau modèle éducatif.

Lorsque la seconde guerre mondiale prend fin, ce modèle de la Silicon Valley est repris, et inspire l’éducation nationale américains.

Frédérick Terman s’inspirera de ce modèle.

Il est considéré comme le fondateur de la Silicon Valley. Ingénieur, il travaille pendant la seconde guerre mondiale dans la Radio Research Laboratory de l’université d’Harvard. Il dirige une équipe de 850 collaborateurs. Créant des appareils de brouillages contre l’ennemi Allemand.

A la sortie de la guerre, il est responsable du département Electrical engineering, de l’université de Stanford, il réforme l’institution éducative.

Les ingénieurs d’élite doivent participer à la vie de l’industrie. Il crée un parc technologique accueillant les firmes innovantes. Le travail alterné entre cours et vie d’entreprise. Ses élèves étudiants sont William Hewlett et David Packard.

C’est à côté de l’université de Stanford que se développera rapidement les entreprise high tech : Texas instrument et IBM.

On notera que l’état participe à cet effort de concentration : de nombreux fonds fédéraux sont proposés dans cette économie mixte publique et privés.

Les bases de la Silicon Valley sont ainsi posées :

  • Primauté de la haute technologique.
  • Excellence de la formation universitaire.
  • Partenariat entre l’industrie électronique et militaire.
  • Initiative d’entrepreneur . La culture du risque comme on l’appelle aujourd’hui.

L’encouragement de Frédérick Terman permet aux étudiants de créer leur premières entreprises :

Au delà des caractéristiques citées plus haut, c’est une vision unique qui fonde l’esprit de la silicon valley : Contester les schémas existants et surranés de l’industrie.  Pompre avec une vision individuelle le modèle dominant.

La seconde Silicon valley : s’approprier le monde et la technologie. ( 1960 – 1990 )

la première Silicon valley produisait des produits fonctionnels servant largement l’industrie militaire.

La seconde silicon valley détourne cette vision purement utilitaire. Et inscrit une vision singulière.

La première Silicon Valley était une contre-culture. Mettant à mal un système existant en développement la coopération des industries, scientifiques, écoles.

La seconde Silicon Valley est également une contre-culture. Cette fois-ci sociétale.

Les années 1960 voient en effet venir le mouvement libertaire qui a marqué le monde, et né en Californie. C’est la fameuse époque du « Sex, Drug and Rock & Roll ».

  • Sex drug and rocking-roll

Le mouvement libertaire qui se répand est le refus du conformisme. De la fameuse « American Way of Life ». Qui offre une vie morose, orientée autour de la famille. D’un besoin de consommer. Avoir son petit pavillon, sa petite voiture, son petit confort. Le modèle de Ford, qui promet une voiture pour tous bat de l’aîle.

Le mouvement des années 1960 sera marqué par la figure de Jimmy Hendrix. Où en 1967, il déchire par sa musique une époque. En jouant « Hey Joe », avec sa guitare et ses dents, il finit en concert par brûler sa guitare en l’aspergeant d’essence.

Il s’agit donc d’expérimenter autre chose. Quitte à se brûler les ailes. Et refuser le conformisme de la société américaine.

En Californie naît ainsi un vent de libération.

La drogue et notamment le LSD qu’on peut se procurer aisément à San Francisco participe de ce mouvement de « l’extension de la conscience ». A l’université de Harvard, le professeur de psychologie Timothey Leary publie en 1964 « the psychédélique expérience », vantant le LSD qui offre une l’expansion de la conscience. Il est licencié. Il est le témoin cependant de ce mouvement de contre culture où même dans la psychiatrie on renverse les codes.

Un vent libertaire aux États Unis naît , refusant la sacro sainte américain way of Life. Subjugué par la musique.

Un large mouvement naît :

« la contre culture comme un ensemble foncièrement instable d’attitudes, de tendances, de gestes, de styles de vie, d’idéaux, de plaisirs hédonistes, de moralismes, de négations et d’affirmations ».

[ Peter braunstein, the American counterculture of the years 1960 and 1970 ] .

  • Le rejet de la guerre.

Comme nous l’avons vu précédemment, la première Silicon Valley était utilisariste, et militaire. La Silicon Valley produisait des produits à vocations à tuer, surveiller, calculer. Ici, la seconde Silicon Valley va à son encontre.

La guerre du Vietnam va faire naître un sentiment anti-militariste. Et elle va fédérer cette opposition, avec des manifestations régulières. En octobre 1967, se déroula à Oakland, la semaine ´stop the draft’. Le centre de recrutement des armées est bloqué.

Des fleurs sont distribués aux politiciens et aux médias : Flower Power.

  • La tolérance.

L’époque est marquée également par le rejet de la culture « blanche ». La société américaine est dominée par les blancs. Aussi, on se tourne vers les minorités. Les noirs. Les homosexuels.

La Californie est ainsi aussi le refuge des minorités sexuelles telles que les homosexuels. Là où on peut vivre soi-même, et être accepté. San Francisco en est la ville aux couleurs arc-en-ciel.

On dénonce aussi la pollution, déjà.

Chacun participe, sous forme de sit-in à d’immenses manifestations, où l’on discute, où chacun peut s’exprimer. Et où les décisions sont prises en commun.

L’université de Berkeley en Californie sera le lieu de sit-in. Un lieu d’expression et de réunion par les étudiants. Engagés par le mouvement FSM : Free Speech Movement.

  • Le « faire Soi-même », l’autonomie, pour soi : le Do It Your Self ( DIY ).

La caractéristique de la seconde Silicon Valley est de reprendre les choses en main. Faire pour soi, et bien faire. ( d’un point de vue sociétal, humain, écologique ).

Symbole de cette contre-culture, « The Whole Earth Catalog » est un fascicule légendaire, édité en 1968.

 

Il s’agit d’un catalogue de contre-culture.

Tout est écrit pour vivre en dehors de la société de consommation. Et refuser les méthodes marchandes et consuméristes. On y présente un catalogue d’outils, d’objets, de vêtements, de semence. Des méthodes de jardinage, de bricolage. Faire soi même, réutiliser. Un concept déjà né qu’on retrouve aujourd’hui un peu dans l’économie collaborative et le making et DIY, les fablabs.

Ce catalogue marquera des décennies de Californiens. Steve Jobs  ( inventeur d’Apple ) en fera référence bien plus tard, en souvenir. Il compara le Whole Earth Catalog au moteur de recherche Google, dans son discours de juin 2005 à l’université de Stanford.:

« Dans ma jeunesse, il y avait une publication incroyable intitulée Whole Earth Catalog, qui était une des bibles de ma génération… C’était un peu comme Google en format papier, 35 ans avant l’existence de Google. C’était une revue idéaliste débordant d’outils épatants et de notions géniales. » [ Source wikipedia ]

Au cours de ce discours d’ouverture, Steve Jobs a également cité le message d’adieu inscrit sur la couverture arrière de l’édition 1974 du catalogue: « Stay hungry. Stay foolish» (Restez insatiables. Restez espiègles.)

Kevin Kelly fit une comparaison similaire en 2008 :

« Pour ce nouveau mouvement de la contre-culture, l’information est une denrée précieuse. Dans les années 60, il n’y avait pas d’Internet, pas 500 chaînes sur le câble. Le World Earth Catalog était un excellent exemple de contenu généré par les utilisateurs, sans publicité, avant Internet. Fondamentalement, Stewart Brand a inventé la blogosphère, bien avant les blog. […] Aucun sujet n’était trop ésotérique, aucun degré de l’enthousiasme trop ardent, aucune expertise d’amateur trop peu sûre pour y être inclus. […] Ce dont je suis sûr: ce n’est pas un hasard si le Whole Earth Catalog a disparu dès que le web et les blogs sont arrivés. Tout ce que le Whole Earth Catalog a fait, le web le surpasse5. »

  • L’auto-suffisance, et la « débrouillardise ».

Si le catalogue « Whole earth Catalog » est mythique, c’est qu’il inscrit durablement la volonté de faire soi-même. D’être auto-suffisant. Et d’utiliser les techniques de « débrouille » pour inventer, innover.

L’effet « garage » où l’on assemble des composants technologiques est l’image du « hacker ». Celui qui rompt avec l’existant, le monde consumériste américain.

Des initiatives vont plus loin. L’économie collaborative naît. Encore ici dans des garages, où le troc, les pratiques d’échanges prennent vie.  La contre-culture va gagner peu à peu d’autrs foyers, hors de la Californie : à New-York et Chicago.

  • La contre-culture de la communication et la psychologie.

Dans cette époque où la remise en question du modèle américain s’accélère, le domaine des sciences humaines vit aussi une révolution. Dans la psychologie et la psychothérapie.

L’école Palo Alto, en Californie rassemble de nombreux chercheurs qui rompent avec le dogme classique de la communication.  L’être humain ne communique pas qu’avec des mots, il communique avec son corps. Watzlawick, Goffman, Beavin, Don Jackson développent les axiomes de la communication. Autour de la communication analogique, digitale.

[ A lire ici : les 5 axiomes de la communication ]

De nouvelles thérapies naissent, expérimentées dans ce berceau de la recherche scientifique.

Foisonnante, cette contre-culture aborde ainsi tous les aspects sociétales. « Changer le monde », voilà le désir qui englobe la Silicon Valley.

Le mouvement de contre culture finira par s’éteindre. Les conflits naissent, la violence aussi. Et symboliquement, en décembre 1969, au festival d’Altamont, un des membres du groupe Hell Angels poignarde un spectateur, dans un concert des Rolling Stones. En 1970, Jimmy Hendrix meurt d’une surdose de médicaments.

Ce mouvement laissera une profonde empreinte, encore aujourd’hui, dans notre monde numérique.  Les caractéristiques intrasèques à la Silicon Valley sont là : l’autonomie individuelle, la volonté de changer les choses de manière sociale et politique.

  • L’informatique personnelle.

Cette longue mise en contexte montre le changement dans l’informatique. C’est la naissance de l’informatique personnelle.

Autant la première Silicon Valley produisant des produits fonctionnels servant largement l’industrie militaire. Autant, la seconde silicon valley se détourne cette vision purement utilitaire. Et s’attache à l’émancipation de l’homme.

En contraignant la technique et l’informatique dans les usages de l’homme. Et non l’homme contraint par la machine. Les relations homme-machine deviennent un vrai sujet. Et de là naît l’interface « homme-machine ». Mettre la relation homme-machine au centre de cette vision.

Les ordinateurs doivent être conçus de manière conviviale, accessible.

Steve Jobs focalise ainsi son premier ordinateur tout autour de l’homme. Avec le Macintosh.

La firme au logo de la pomme, colorée aux couleurs de l’Arc en ciel est lancée : Apple.

Steve Jobs se focalisera sur deux aspects de l’informatique au coeur de l’homme : l’esthétique et la simplicité. Tout objet doit être beau. Tout objet doit pouvoir être appréhendé simplement. Apple invente ainsi la souris, qui permet de la main de pouvoir dialoguer avec la machine, et faire obéir la machine du bout de ses doigts.

De son côté, Bill Gates lance les systèmes d’exploitation et les suites logicielles utilisables de manière plus large que le spécialiste de l’informatique. Les traitements de texte, les tableurs permettent facilement d’écrire, de consolider des chiffres.

L’informatique n’est plus « coercitive » comme l’était l’informatique militaire de la première Silicon Valley.

Ici c’est la reappropriation par l’usager, l’homme de la technologie.

En 1972, dans la revue du Whole Earth catalog dont j’ai parlé plus haut, steward Brand écrit, à propos de l’ordinateur comme un  :

« LSD d’un genre nouveau. Qu’ils le veuillent ou non, les ordinateurs arrivent chez les gens, c’est une bonne nouvelle, la meilleure peut être depuis les drogues psychédéliques.. ils sont fabriqués par et pour des révolutionnaires qui veulent désinstitutionnaliser la société et donner du pouvoir aux individus ».

La machine permettrait à chacun de créer, de pouvoir échanger électroniquement de personne à personne, à l’échelle d’un village. Ce village cher à la silicon valley.

La démocratisation de l’informatique est lancée. En 1975 est créé le « homebrew Computer Club », pour promouvoir l’informatique. Steve Jobs et son acolyte Steve Wozniak en font partie.

L’objectif est de rassembler les êtres humains, de communiquer, d’échanger des informations. De manière décentralisée, en réseaux. L’horizontalité. L’horizontalité est vécue comme une communication non hiérarchique. A l’encontre de la communication de masse véhiculée par les institutions, les médias, de manière verticale.

Les clubs d’ordinateurs, de magasines spécialisés, des groupes de radio communautaires procèdent de cette « cyber-culture ».

L’esprit hacker naît . Celui de la débrouille. Parfois de manière illégale. Pour inventer des objets informatiques à contre courant.

L’informatique personnelle est perçue comme une augmentation de « sa vie ». Et de pouvoir agir.

Les deux premières silicon valley souhaitent ainsi  « changer le monde ».

On remarquera que Steve Jobs et Bill Gates ne voient le salut du changement que par l’ordinateur. Gourous, ils modèleront notre monde, et encore aujourd’hui. En monopolisant ce nouveau monde. Apple veut vendre ses produits. Microsoft veut vendre ses produits. Quitte à se déchirer entre les deux entreprises. Le monopole de Microsoft perdurera des décennies.

La mégalomanie de Steve Jobs bouleversera les usages, par son intuition.

A l’encontre du public. Steve Jobs considère qu’il sait mieux que tout citoyen, tout consommateur. L’arrogance finira par éteindre Le souffle d’autonomie, et de liberté propre à la Silicon Valley.

C’est ainsi que se termine la seconde Silicon Valley.

L’échec du Macintosh donna le là à cette deuxième silicon valley. Où la petite musique d’une émancipation par l’informatique ne trouve plus d’écho.

La troisième silicon valley : les autoroutes de l’information. ( 1990 – 2001 )

Al Gore en 1991, vice président américain de Bill Clinton lance le projet High-performance Computing Act. Il s’agit de préserver la dominance des États Unis dans le domaine des technologies en créant un réseau national à haut débit pour la recherche et l’éducation.

Ce sont les autoroutes de l’information qui doivent irriguer le pays et le monde des idées, des données, comme le fit le commerce traditionnel avec les ports, les routes.

L’interconnexion entre individus devient le leitmotiv d’un champs émancipateur.

Le protocole http, à l’origine du web est mis au point en 1990 par Tim Berners-lee, est promu par le gouvernement.

Là encore l’esprit de la silicon valley insuffle une vision libératrice. Non plus fondée sur l’ordinateur personnel qui permet l’autonomie mais sur l’échange. Ce communautarisme du village. Une vision qui ne durera pas.

En 1993, les Etats-Unis lancent le programme « National Information Infrastructure« . L’idée d’autoroute de l’information fait mouche. Le Japon s’y rallie, et avec lui de nombreux pays asiatiques. Ils ont l’objectif de donner un second souffle à une stratégie nationale de construction de l’information.

Al Gore déclare ainsi :

« La Global Information Infrastructure ( GII ) va offrir une communication instantanée à la grande famille humaine. J’y vois un nouvel âge athénien de la démocratie qui se forgera dans les forums que la GII créera ».

Le terme de « nouvelle économie » apparaît en 1994, dans les discours officiels.

L’objectif est d’abord de pousser à la déréglementation. Et pour les Etats Unis de créer une nouvelle économie. La vente de « service de manipulation de symboles » n’a pas de limites, et les Etats-Unis sont les mieux placés pour gagner ce pari de l’ingénierie de l’information en prenant sur leurs concurrents un avantage compétitif essentiel.

Le sujet est lancé lors de la campagne présidentielle de 1992 de Clinton.

Pour Al Gore, il s’agit de création d’emplois qualifiés et bien rémunérés. Il faut également réformer le système éducatif, permettre l’accès à la santé, réinventer la démocratie directe. La réalité sera différente. Le système éducatif ne profitera pas du grand projet technologique des autoroutes de l’information. Dépouillé de ses atours sociaux reste le registre des orientations économiques : un « virage historique pour notre commerce », les autoroutes de l’information devenant « essentielles à la compétitivité et à la puissance de l’Amérique ».

En février 1995, le sommet du G7 entérine à Bruxelles le concept de « global society of information ». Pour construire les autoroutes de l’information, on s’en remet à l’initiative du privé. Une cinquantaine de grandes entreprises électroniques et aérospatiales.

Aucune société civile n’y est associé. Le voeu cher de « changer le monde » pour l’humanité, telle que l’ont proposé les deux premières Silicon Valley n’est plus. 

En février 1996, John Barlow, fondateur de l’électronic frontier foundation s’exprime ainsi au forum de Davos :

« Gouvernements du monde industriel, vous, géants fatigués de chair et d’acier, je viens du cyber espace, la nouvelle demeure de l’esprit. Au nom du futur, je vous demande à vous, du passé, de nous laisser tranquilles. Vous n’êtes pas les bienvenus parmi nous. Vous n’avez pas de souveraineté là où nous nous rassemblons. Vos concepts juridiques de la propriété et d’expression ne s’appliquent pas à nous. Ils sont issus de la matière, et il n’y a pas de matière là où nous sommes. C’est de l’éthique, de la recherche éclairée de l’intérêt personnel et du bien commun qu’émergera notre gouvernement ».

  • Fluidifier les relations horizontalement, dans le village global

Cette liberté, cet épanouissement individuel et le refus de se soumettre à toute régulation reprend les mêmes caractéristiques des premières Silicon Valley.

L’apport de ce nouvel esprit est de rendre les relations plates, horizontales. Lisses. Et surtout de rendre ces fluides numériques virtuellement partout. La déterriorialisation.

Les contraintes d’espace n’existent plus et vont permettre aux acteurs économiques de définir un nouveau modèle économique.

La sensation que commercialement, de grandes richesses peuvent être engendrées en tricotant  le monde dans une toile numérique.

On ignore comment, et quand engendrer ces profits. Mais l’excitation est là, dans la Silicon Valley. Un potentiel possible. Une culture du risque propre à cette nouvelle économie. Cette caractéristique de la Silicon Valley.

La « net economy «  est née.

Une nouvelle frontière se dessine.

Les premiers acteurs du web apparaissent : le premier navigateur internet grand public, Mozaic, devenu ensuite Netscape navigator.

Yahoo, Amazon; et plus tard en 1998 le moteur de recherche google.

Le rapprochement du contenu et du contenant dans les tuyaux du net commence. On essaie les mariages entre contenus et contenants. Quitte à échouer. C’est la cas par exemple de Time Warner ( contenu de divertissement ) et AOL ( contenant ) qui se marient jusqu’à l’échec en 2002.

Les investissements explosent avec irrationalité. La vague de folie des « point-com » affole la   bourse. Les capitalisations boursières s’envolent.

Le cours de Yahoo et d’Amazon se multiplient par 4.

« Partout autour de moi, des gens lançaient ou lâchaient des sociétés avec une désinvolture alarmante » , se souvient le patron de Paypal.

En mars 2000, les cours du Nasdaq s’effondrent, provoquant un krach aussi important que celui de 1929.

L’extase du LSD de la Silicon Valley s’est transformée en l’extase du .com avec la même chute.

La quatrième silicon valley : l’économie du savoir et du comportement. ( 2002 – 2010 )

  • La proposition d’une connaissance universelle et partagée.

L’ère suivant les turbulences des sociétés de la net economy pèse d’abord sur un nouveau sujet, celui de la connaissance.

Et du savoir.

En décembre 2004, ainsi Google propose son projet universel. Dans la vibrante suite de « changer le monde » et de participer au bonheur de chacun. Ici, d’offrir la connaissance. Partout, n’importe quand. Sans limite.

La réussite de Google a été de converger l’ensemble des connaissances disponibles sur internet, via un portail simple. Son fameux moteur de recherche.

« Notre mission est d’organiser l’information du monde et de la rendre universelle accessible et utile ».

La firme Google annonce ainsi son méga-projet de bibliothèque universelle. Comme celle d’Alexandrie. Google numérise alors les fonds des plus grandes bibliothèques du monde. Et les met gratuitement en ligne.

Le projet de Google rejoint ainsi la proposition de la « Déclaration du millénaire », qui met l’accent sur le combat sur l’éradication de la pauvreté et donc contre les inégalités d’accès au cyber-espace. Les grandes institutions internationales comme l’OMC ( Organisation Mondiale du Commerce ), l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle ( OMPI ) traitent alors des normes qui réglementent la production, la distribution et l’usage des savoirs et des connaissances.

  • L’information et l’internet monétisé.

L’objectif vertueux de Google sera vite détourné dans la captation monopolistique de la donnée, de la connaissance, de l’information. En décidant par son propre algorithme de « proposer » l’information. Et surtout de la monétiser.

Le sujet est controversé, déjà , en 1978 comme le prévenaient Simon Nora et Alain Minc : « Laisser à d’autres grandes sociétés transnationales le soin d’organiser la « mémoire collective » en se contentant d’y puiser, équivaut à accepter une aliénation culturelle ».

Le processus de captation monopolistique de biens immatériels conduira ainsi fin 2004 l’Argentine et le Brésil à disposer un projet de réforme de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle. Au fil du temps, les monopoles ont entravé la liberté de création et d’innovation.

Cette société de la connaissance ne sera pas la connaissance bienfaitrice des clients de ce nouveau modèle.

Mais avec cynisme la connaissance par les entreprises numériques du client, de ses comportements. De la surveillance généralisée.

  • La surveillance généralisée.

La Silicon Valley, comme le reste du monde sera bouleversé par les attentats du 11 septembre 2011. L’événement sidéral remet en question l’usage de l’internet. La connaissance n’est plus celle de connaître le monde. Mais connaître le citoyen. Le surveiller.

La sécurité devient l’enjeu des États Unis.

Le projet Total Information Awareness est mis en place en 2003. Il consiste à la collecte de la totalité des informations relatives aux individus afin de faire des recoupements et de comprendre leurs comportements. Le projet sera abandonné devant l’opposition partenaires et militants des droits de l’homme.

Cette collecte exponentielle des informations s’est faite avec la coopération des opérateurs laissant l’accès à leurs serveur.

Les géants du numérique de la Silicon Valley ont trahi leur rêve d’autonomie, de liberté. Et sont revenus sur la première Silicon Valley, où l’appareil militaire et scientifique sont mains et poings liés.

Google participe de cet effort de surveillance. Son moteur de recherche identifie toutes les interactions de l’individu sur la toile afin de comprendre quels sites sont intéressants et mettre en avant ce qui plait.

Le stockage massif de toutes les traces numériques s’accélère. Et devient la norme de toutes ces entreprises du numérique.

  • La liberté perçue par l’internaute et l’attention.

Le schéma de la Silicon Valley est ainsi de capter massivement l’attention des internautes. Et pour cela, suivre les comportements et les usages des individus.

Les individus ne perçoivent pas cette surveillance et le stockage de données personnelles dont la valeur commerciale est cet or, cher à la Silicon Valley.

Le moteur de la Silicon Valley n’est plus l’or, en son temps du XIXème siècle :  elle est celle de la Data.

Et pour capter ces comportements, les boutons like, les tags que les internautes peuvent associer à leurs photos, leurs avis sont le moyen idéal. Chaque individu par ses actions numériques travaille, et participe à l’effort de donner et partager le moindre de ses comportements. Plus besoin de sonder. L’internaute est devenu le travailleur gratuit pour ces grandes firmes qui se nourissent de ces données.

Les applications gratuites, les usages gratuits donnent un aspect sympa de ces grandes firmes de la silicon Valley. 

En 2005, même IBM revend sa branche de construction d’ordinateurs au chinois Lenovo. Pour se concentrer à l’offre de services personnalisés. Et de l’intelligence artificielle, permettant de rétroagir par la prise de décision éclairée.

L’algorithmique prend naissance.

Le grand changement de cette période est l’arrivée en 2007 du smartphone. L’iPhone propose un écran numérique permettant l’accès à des milliers d’applications. Toutes géolocalisant l’individu.

L’économie des applications lance des milliers de startups.

Ce succès immédiat de ces applications est géré par Apple qui monétise son magasin d’applications, l’Apple store. La plateforme, le lieu unique où l’on accède à l’espace numérique.

C’est le modèle de la 4ème Silicon Valley : celui de capter l’internaute à un seul endroit ( son smarpthone, son store ), et éviter qu’il aille ailleurs sur la toile. La concentration du numérique a lieu, captant tous les usages : téléphonie, GPS, photographie, messagerie instantanée, plateformes d’information.

La liberté, la curiosité, l’échange entre individus pronés par la 2ème Silicon Valley n’existent plus. Seul l’auto-entreprenariat, la possibilité de démarrer une activité de rien persiste des origines de la Silicon Valley.

La vision d’un meilleur monde est toujours clairement affichée. Celle de Google ou de Facebook de donner accès à l’internet partout dans le monde, même dans les régions éloignées. A coup de ballons gigantesques.

La participation à des projets transhumanistes est la vision édulcorée de la vision première de la Silicon Valley : offrir la possibilité au monde d’être immortel.

Ce modèle de la 4ème silicon valley repose ainsi sur ces caractéristiques :

  • constitution de bases de données comportementales
  • Organisation de la vie algorithmique de la vie collective
  • Conception d’applications destinées aux individus.

Ces géants du net imposent les usages à l’individu qui ne le perçoit pas. Le libre arbitre est laissé aux mains de ces entreprises, avec une passivité plus ou moins consciente.

La cinquième silicon valley. La globalisation. ( 2010 – 2020 ).

La cinquième silicon valley, qui nourrit notre monde aujourd’hui a les 2 caractéristiques principales suivantes :

Celle de s’immiscer dans le monde, et la vie.

Dans le monde d’abord. L’esprit de la Silicon Valley s’est exporté partout dans le monde.

Les caractéristiques propres à la Silicon Valley sont copiées sur tous les continents :

L’entreprenariat, la culture du risque, la fin du management hiérarchique, la digitalisation de toute vie humaine.

  • Une transformation numérique globale.

Ainsi, ce qu’on nomme la « Transformation numérique ( ou digitale ) » modifie les structures historiques de l’organisation du travail.

Les méthodes de travail évoluent, replaçant l’homme au coeur d’une co-construction des produits. Les ateliers de Design Thinking, le mindset de l’agilité sont devenus les moyens de remettre le client, l’usager, le citoyen au coeur de tout travail productif : « user centrix ».

Le voeu cher de la seconde silicon Valley de redonner la liberté à l’humain dans ses usages, dans le monde professionnel vient modifier de façon spectaculaire les façons de travailler.

L’informatique, et surtout la « DATA » ( la donnée » ) sont redevenus les moteurs de la croissance.

Même dans les CEO, les directions générales des grandes entreprises, on apprend à « coder » aux dirigeants. Pour leur montrer la voie du graal de ce monde étrange qui a maintenant presque un siècle. Celui de la Silicon Valley.

La Silicon Valley n’est plus géographiquement ancrée en Californie, mais rayonne dans le monde entier.

Les start-ups, sous la coupette des grandes entreprises traditionnelles sont devenues le modèle à suivre.

En France, par exemple, la French Tech regroupe un vaste ensemble d’entreprises liées à l’innovation, à la transformation digitale. La Hall Freyssinet à Paris regroupe géographiquement toutes ces starts-ups. Le LSD du numérique français !

Mais c’est le cas partout, à Miami ( la « Silicon Beach » ), en Afrique du Sud ( Silicon Cape Town ), en Israël ( Silicon Wadi )…

En France, c’est la French Tech. Le label mobilise toutes les villes Françaises : Toulouse, so startup ! La halle Freyssinet à Paris.

  • Tout instant est digital.

La seconde caractéristique de cette cinquième  silicon valley  est qu’elle exploite chaque moment de vie. Une industrie de la vie.

Où le numérique n’existe plus dans un monde clos ( celui des ordinateurs et des smartphones ). Mais dans la vie réelle peuplée d’objets connectés. De capteurs qui mesurent nos déplacements, la vie de nos objets techniques qui nous entourent. La fréquentation des lieux, des routes.

La mesure perpétuelle enregistrée de chaque mouvement de corps.

Dont les données collectées en masse permettent les extrapolations, les suggestions. Nourrissant l’intelligence artificielle.

Des systèmes à terme permettront de répondre à chaque occurrence de la vie et « instituer une organisation automatisée du monde « .

Le temps réel et l’étendue des phénomènes exploitables et calculables réduisent le monde à la donnée.

Et nos vies à ce continuum virtuel qui reste on-line, présent partout.

Avec notre bénédiction.

Sixième Silicon Valley : l’humain digitalisé. ( 2020 – 2030 ).

La dernière phase de la Silicon Valley que nous vivons en ce moment est celle qui change le plus radicalement notre humanité.

Sur deux points.

  • Toute trace vivante est numérique.

La cinquième Silicon Valley capte tous nos comportements, à travers les intéractions que chaque citoyen a avec les outils numériques, et notamment par son smarphone.

La géolocalisation, le partage de photos, de moments, la mesure de son activité sportive produisent des téra-octets de données à chaque minute. Traçant notre parcours sur la toile numérique et dans le monde physique.

La captation de la donnée est faite par l’intermédiaire de l’outil technique ( le smartphone, la tablette, la télévision connectée, la montre connectée ). La révolution des années 2020 ne procédera plus de l’outil intermédiaire ( « média » ) mais procédera à la captation de toute trace numérique via les objets connectés.

Balbutiante encore, la révolution des objets connectés va désintermédier notre relation au numérique. Chaque objet muni de capteur enregistre le fil de notre histoire, et nous avons plus à intervenir. Les routes, les bâtiments, les vélos, les habits, les infrastructures stockent silencieusement toute activité humaine.

Et il n’y a plus de bouton « OFF » pour stopper ce vombrissement numérique qui nous enlace.

La carte et le territoire ne font plus qu’un : notre monde naturel et numérique ne seront plus qu’un.

  • Le changement de la pensée humaine.

Le plus grand changement concerne l’anthropologie. La façon de penser de l’homme est déjà en cours. Et elle va s’accélérer.

Les algorithmes utilisent toutes nos données instantanées pour nous offrir ce que les GAFAs appellent la « meilleure expérience personnalisée ». Avant même de réfléchir à ce qu’on souhaite, les propositions ( d’achat alimentaire, de choix musicaux … ) calculées par la machine remplacent toute objectivation de notre vie mentale.

Le choix et la liberté de penser, de choisir n’existent plus. Ils sont remplacés par la « suggestion », la proposition de valeur. Les algorithmes des ingénieurs de la Silicon Valley ( globalisée dans le monde entier ) nous donnent le chemin à suivre.

L’interdépendance montante avec le numérique ne permet plus de prendre le recul. L’esprit humain est fainéant et s’habitue à cette petite aide, cette petite béquille qui nous rend tellement de services.

Le passé, le présent et le futur, en somme, ne sont plus le paradigme de la pensée humaine qui existait depuis le début de l’humanité. On lira ici : le passé, le présent, le futur n’existent plus.

Les Silicon Valley sont ainsi devenues le berceau universel d’un monde utopique qui se détourne de l’essence humaine. Où le rêve d’Icare de voler dans le ciel, en utilisant dangereusement la technique prend une réalité dangereuse. En attendant qu’Icare se brûle les ailes, semons les alternatives, et portons attention à ces changements.

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