La rage sur les réseaux sociaux : populisme et technologie

Se défouler sur les réseaux sociaux, à coup de haine, voilà la triste réalité. D’un monde connecté, qui devait « connecter » positivement l’humanité. Le populisme a atteint le monde entier : en France, aux Etats-Unis, l’Italie, l’Angleterre. Grâce à la technologie. Regard croisé sur le populisme et technologie.

Prenez soin de vous, de nous.

Temps de lecture : 20′

Une histoire de la colère.

Dans « Colère et temps », ( 2007) , Peter Sloterdijk développe une thèse sur l’histoire politique de la colère.

D’après Sloterdikj, toutes les sociétés ont essuyé le besoin irrépressible de laisser libérer la colère des peuples.

Des exclus, des gens qui se pensent abandonnés par la société, pas assez écoutés.

Dans l’histoire, l’Eglise a été longtemps le catalyseur de cette colère. La rage accumulée pouvait s’y concentrer.

Ensuite, à la fin du XIXème siècle, ce sont les partis de gauche qui ont capté la colère. Selon Sloterdijk, ces partis ont assuré la fonction de « banque de la colère ». Ils accumulaient les énergies, au lieu de laisser exploser la violence, le chaos.

Accumulée, cette énergie de la rage pouvait être concentrée sur un projet plus vaste.

Selon le fonctionnement de ces partis, le perdant devenait un militant, et sa rage s’exprimait dans un débouché politique.

Aujourd’hui, la canalisation de la colère ne se fait plus. Plus personne ne la gère.

Que ce soit la religion catholique, ni les partis de gauches, largement laminés dans le paysage politique. Ces partis de gauche s’étant alignés sur les principes de la démocratie libérale et les règles du marché économique.

De fait, depuis le début du XXIème siècle, la colère s’exprime différemment.

De manière totalement désorganisée. Par des mouvements « no global », les mouvements de désobéissance civile,

Le populisme moderne.

Ensuite, en 2010, la colère s’est réorganisée dans les mouvements populistes. Menés par Steve Bannon, conseiller de la campagne présidentielle de Trump, en Grèce, en Europe de l’Est, en Italie, en Autriche, en Scandinavie, les mouvements populistes fleurissent. Jour après jour, le populisme s’est ancré dans le mouvement populisme.

Le populisme est une approche politique qui tend à dénoncer le pouvoir, les élites politiques ou économiques.

Le mouvement ne propose pas de solution. Son objectif est l’opposition. Peu importe qui et quoi au pouvoir politique ou économique.

En France, on parlera de « poujadisme« . En référence de Pierre Poujade, en 1950 qui en France rassemblait les coléreux ( la défense des artisans, commerçants comme mis en danger par l’arrivée des grandes surfaces ).

Le populisme peut trouver un terreau fertile dans le monde entier. Et ironie du sort, contre la mondialisation économique que le populisme dénonce, le populisme est lui-même mondialisé.

Et mondialisable. Car ce qui réunit tous les mouvements populismes n’est pas un projet commun d’actions concrètes et de solutions.

La mécanique du populisme est action / réaction. Sans réflexion.

Stimuli / réponse.

Comme un chien qui aboie quand on lui donne un coup de pied.

La réflexion n’existe pas. On lira ici : concept de rétroaction : stimuli, et interaction

Voilà pourquoi les mouvements populistes ne proposent pas de solutions concrètes et acceptables, intégrées dans le monde que nous vivons.

Les mouvements populistes ont peur des intellectuels, des experts car ceux-ci sortent du schéma action / réaction mais réflexion.

Les préjugés sont rassurants, et le populisme s’y appuie. La vie meilleure d’antan, les racines sont des valeurs qui sont reprises par les partis d’extrème droite également.

On pourra lire ici « Poujade ou l’esprit étroit« , réflexion de ce mythe popularisé par Roland Barthes.

Le populisme 3.0 numérique est dans les urnes.

Les populistes proposent une opportunité unique à leurs électeurs, en utilisant les nouvelles technologies : voter pour eux signifie donner une claque aux gouvernants.

La faute aux gafas.

Laisser la libre expression sur les réseaux sociaux, c’est sur le papier le graal d’une démocratie universelle.

Et favoriser les fake news, les posts qui font le buzz c’est une opportunité pour les gafas de capter l’attention. Car ces réseaux sociaux gratuits, je vous le rappelle vivent de la publicité. Aussi peu importe le contenu et le message, c’est le trafic qui importe.

Aussi les gafas se sont longtemps dédouanés du « contenu ». En évoquant le droit d’expression et la légitimité d’être juste une plateforme qui publie.

Un peu en se comparant avec les usages traditionnels de la poste par exemple. La poste transmet, véhicule et délivre des messages ( une lettre ) sans en lire le contenu. Pour savoir si c’est interdit par la loi.

La différence évidemment pour les gafas c’est que ces messages ne sont en aucun cas privé. Leur première réaction a était d’indiquer que le partage de ces messages était réduit aux cercles de vos « amis » .

Mais pour capter plus d’attention, ces gafas ont élargi bien sûr le cercle d’amis ( toujours la publicité ).

A force de jouer avec le feu, les gafas ont rendu le contenu public, et en ce sens sont devenus des médias.

La particularité de ces médiaux / réseaux sociaux que sont facebook, twitter est l’économie de l’attention.

Pour capter plus d’auditeurs, la popularité des articles doit être énorme, virale.

La silicon valley, berceau du populisme.

La rage contre l’establishment est ancrée dans les gènes du numérique.

La plupart des réseaux sociaux qui permettent cette expression de haine et de révolte contre l’establishment sont toutes présentes dans la Silicon valley, en Californie : snapchat, facebook, Twitter..

Et c’est dans ce lieu même qu’est née la défiance contre l’institution de l’état fédéral.

Avec nuance, bien sûr , car ces même entreprises américaines, ces GAFas ont toujours en même temps entretenu des rapports privilégiés avec la recherche, et surtout l’industrie militaire et de la surveillance par la CIA, la NSA.

Souvenons nous que la Silicon valley, berceau des géants du web est largement bercée par la défiance envers l’institution, la règle. On lira ici l’histoire de la Silicon Valley.

A ses débuts, Steve Jobs détourne les règles et « hacke » pour inventer, tester

Walter Isaacson relève dans la biographie Steve Jobs la génèse d’Apple, impulsée par la « blue box » :

« Leur dernier canular high-tech qui allait être l’élément déclencheur de la génèse d’Apple fut conçu un dimanche après midi lorsque Wozniak lut un article dans le magasine Esquire. (…). L’article de Ron Rosenbaum intitutlé « les secrets de la petite Blue Box » décrivait comment des pirates du téléphone avaient trouver le moyen de passer des appels longue distance gratuitement en reproduisant les tonalités du réseau téléphonique ATT »

Wozniak, acolyte de Steve Jobs construirent cette fameuse blue box. De manière ilégale. Contre les puissants du pays, ici le mastodonte du réseau téléphonique Américain.

L’ordinateur est d’ailleurs promu comme le LSD d’une nouvelle humanité.

La défiance envers les institutions et les experts est dans le coeur de la technologie numérique.

Comme le souligne Giuliano Da Empoli, dans « les ingénieurs du chaos » :

« Un élément fondamental de l’idéologie de la Silicon Valley est la sagesse des foules : ne vous fiez pas aux experts, les gens en savent plus. Le fait de se promener avec la vérité dans sa poche, sous la forme d’un petit appareil brillant et coloré sur lequel il suffit d’exercer une légère pression pour obtenir toutes les réponses du monde, influence inévitablement chacun d’entre nous ».

Se sentir puissant, chacun d’entre nous, flatte notre ego.

Aussi le « like » sur ses commentaires, posts est une vraie caresse à notre ego. Ce que les géants du net ont compris. Nous caresser, c’est nous apprivoiser.

Le premier bailleur de fonds de Facebook, Sean Parker ne s’en cache pas lui même :

« Nous te fournissons une petite dose de dopamine chaque fois que quelqu’un te met un like, commente une photo, ou un post, ou n’importe quoi d’autre. C’est un loop de validation sociale, exactement le genre de chose qu’un hacker comme moi pourrait exploiter, parce qu’il tire profit d’un point faible de la psychologie humaine. Les inventeurs, les créateurs, moi , Marc Zuckerberg, Kevin Systrom d’Instagarm, en étaient parfaitement conscients. Et nous l’avons fait quand même. Cela transforme littéralemenet les relations que les personnes entretiennent entre elles et avec la société dans son ensemble. Seul Dieu sait quel effet cela produit sur les cerveaux de nos enfants. ».

A lire ici le plaidoyer de Sean Parker : Sean Parker parle des dangeres des réseaux sociaux.

La rage en ce XXIème siècle n’est plus dans la perspective politique classique.

Elle est l’affect narcissique par excellence, qui nait d’une sensation de solitude et d’impuissance.

Ce qui caractérise l’adolescent, et les réseaux sociaux ont enfermé nous tous, adolescents, dans une chambre fermée. A la recherche d’une approbation de ses pairs, et en permanence effrayé à l’idée d’être en inadéquation.

Changer.

Défis de la génération Y

Génération  demain

Devant ces menaces, des actions positives sont entreprises.

Pour redonner l’aspect positif des actions. Et avoir un regard positif sur le monde.

Devant la rage et la haine propagée sur les réseaux sociaux. Que faire ?

N’oublions pas que pour la plupart des nouvelles générations qu’on a capté sur ces réseaux et non sur des sites d’information de référence comme le monde, France Info, ce sont les fake news qui sont lues.

Avec des désinformations , populisme et poujadisme.

Sur les réseaux sociaux ainsi, certains groupes engagés se mobilisent. Pour contre carrer la haine.

C’est l’objectif du groupe #jesuisla. ( à retrouver sur Facebook ).

Présent sur le plus grand réseau social qu’est facebook, quotidiennement le groupe s’engage pour contrer les commentaires racistes, sexistes, homophobes.

Et leur engagement à un vrai résultat. Il faut peu pour renverser une tendance haineuse. C’est l’expérience d’Asch qui nous le montre. L’effet de groupe ( négatif ) peut être renversé si on n’est pas qu’un mais au moins deux. Et le mouvement #jesuisla a plus de 5000 membres.

Leur raison d’être est de remettre la vérité, les faits face à la haine sur les réseaux sociaux. A lire ici : Répondre aux préjugés

Une révolte pour changer les choses.

un signe, nature ou culture ?

Les soubresauts dans notre monde actuel sont pourtant une réalité : réchauffement climatique, gaspillage, sur-consommation de ce que nous offre la planète en terme de richesses naturelles. Crise migratoire, violence, et terrorisme.

Le film Demain ! met en avant les initiatives positives et possibles d’un autre monde.

Avec ce point d’alerte : ou les « politiques » continuent de s’aveugler sur la réalité de notre monde. Ou le mouvement populaire doit agir.

Les révoltes partout dans le monde ( comme les Gilets jaunes en France par exemple ) sont légitimes.

C’est le propre de la révolte, comme nous l’explique Albert Camus.

L’esclave a un moment dit stop, je ne peux plus accepter ce que m’impose mon maître.

Car cela annihile tout ce que je suis, ma nature.

Et la révolte doit être un combat, en gardant la dignité, le respect de l’autre. En utilisant ce que l’on est et ce que l’on a.

C’est à dire une intelligence humaine. Loin du populisme.

Voilà la culture humaine à nourrir et développer. Devant chaque soubresaut.

Le remettre dans le sens de ce que l’on veut faire, individuellement et collectivement.

Crédit photographie à la une : Christian Tiffet, tiffet@videotron.ca

5 réflexions au sujet de « La rage sur les réseaux sociaux : populisme et technologie »

  1. Ping : Evolution et histoire du concept de communication | Zeboute Infocom’

  2. zeboute Auteur de l’article

    Bonsoir, merci de votre message. J’ai l’habitude de citer les sources ou j’utilise les images livre de droit ( en utilisant l’outil Google ). Je suis désolé. Je n’ai pas vu pour cette photographie si elle m’avait été proposée . Je suis bien sûr respectueux du travail, et cette illustration est très intéressante. Je peux retirer la photographie, ou citer votre contribution avec éventuellement un lien vers vos travaux.

    Répondre
  3. Ping : Voulez-vous vraiment publier cette photo sur internet? – Jurigeek, la passion du droit et du numérique

  4. Ping : Les billets essentiels pour ne pas bronzer idiot cet été ! | Zeboute Infocom’

  5. Ping : Pour ou contre la 5G ? | Zeboute Infocom’

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