Enoncé, énonciation, pragmatique et l’usage de la technique

L’étude scolaire de notre langue, l’énoncé.

En linguistique, la syntaxe étudie la façon dont se constituent les mots, dans la langue. La sémantique définit le sens de ces mots. La différence entre « une chaise », et « un fauteuil ».

Un texte se comprend par l’apprentissage de ces paradigmes que sont la syntaxe et la sémantique, en linguistique.

La précision des mots permet la précision de la pensée de celui qui l’écrit, et la compréhension par celui qui le lit.

La pensée humaine, par le discours oral ou écrit, peut ainsi se communiquer. Elle a un point d’ancrage, par le « codage » en éléments élémentaires que chacun partage, pourvu qu’on parle la même langue. Ces mots, phrases, textes forment un énoncé.

Sa forme est statique, dans le sens où l’énoncé se comprend en dehors de tout contexte. L’énoncé : « Paris est la capitale de la France » peut être compris par l’élève parisien au XIXeme siècle, comme le japonais qui lit son guide touristique aujourd’hui. Il n’y a pas besoin d’un contexte pour le comprendre. L’énoncé peut ainsi être « différé », dans le temps. Il n’a pas besoin de locuteur pour le comprendre.

L’effort d’abstraction de la pensée humaine, par la formalisation mathématique permet à l’énoncé de dépasser les différences linguistiques entre langues, et les aléas du temps. Le théorème de Pythagore a le même énoncé, et signifie la même chose à l’époque de l’antiquité, et tout écolier le comprend.

L’énonciation.

Soit l’énoncé suivant :

 » Je pense que le Brésil deviendra sûrement une grande puissance économique ».

On remarquera que pour appréhender l’intelligence ( ou pas ) de cette phrase, nous avons besoin de connaître qui le dit ( un économiste, un politicien, un étudiant, un Brésilien « chauvin » ) ; à quel moment ( au XIIeme siècle, au XXIeme, dans une conférence de l’Organisation Mondiale du Commerce ou dans une discussion familiale ).

L’énonciation est la production d’un énoncé à un moment. Elle est singulière, temporelle, à la différence d’une vérité universelle. Elle est toujours immédiate, en « direct », toujours reliée à un temps, à un contexte, à un locuteur.

L’étude en linguistique de l’énonciation a été capitale, car elle a donné un tournant dynamique de la linguistique. La langue est ponctuée de préfixes, d’éléments de méta-langage, comme : « je crois / je doute / j’espère / j’avertis / je déclare ». ; d’adverbes ( surement, probablement ). Ils échappent à l’énoncé.

Emile Benveniste les a étudié, et a été un pionnier dans la catégorisation d’une parole en situation, en contexte, détaché du contenu :

« l’énonciation est cette mise en fonctionnement de la langue par un acte individuel d’utilisation » .

Par les « traits de la subjectivité dans le langage », comme il les nomme, Benvéniste définit les déictiques, ces petits mots à partir desquels on exergue, à partir de l’énoncé, le contexte, et tout ce qui est en dehors de l’énoncé.

Déictique ( du mot grec deiktikos ) définissent tous les mots dont le sens rend floue, potentialise un énoncé dans le probable, le rend incertain. Il s’agit de démonstratifs, adverbes, pronoms : je, tu , hier, ici , à gauche, sûrement, demain. Des mots qui n’existent que dans le moment où on les produit.

L’énonciation et la communication.

Les travaux linguistiques de Benveniste ont introduit le concept de la « pragmatique », c’est à dire de la relation. L’énonciation se fait, se partage avec un public, un auditoire. Et l’énoncé trouve sa force, la persuasion, dans le discours, dans l’énonciation.

Si la part subjective, instantanée, « en direct » de l’énonciation a été oubliée pendant des siècles de recherche, c’est qu’elle a été historiquement dénigrée et rejetée. D’abord par les philosophes grecs qui refusaient les actes de langage qui ne reflétaient pas l’ontologie de l’âme. « Le poison ». Ensuite, l’effort d’abstraction, du progrès de la pensée a largement favorisé la performance de l’abstraction, du message universel contre l’obscurantisme religieux, idéologique. L’école Républicaine est encore un vecteur d’universalité de la pensée.

Aujourd’hui, il paraît naturel que la communication ne s’arrête pas au contenu, mais à ce qui est « autour ». Et que dire, c’est surtout comment dire.

La pragmatique de l’école Palo Alto.

C’est là que la pragmatique, formalisée par Watzlawick, dans une « logique de la communication » a trouvé un axiome fondamental :

« Toute communication présente deux aspects : le contenu et la relation, tel que le second englobe le premier, et par suite est un méta-communication ».

Ce que l’on dit est important, mais lorsqu’on le dit, on n’y met autre chose qu’une formulation syntaxique et sémantique de sa pensée. On y met son coeur, ses doutes, des hésitations, ses convictions ; bref, tout ce qui ne relève pas d’une pensée rationnelle, digitale. Mais analogique. Par analogique, on illustrera les intonations dans la voix, lorsqu’on parle, qui peuvent trahir un doute, ou au contraire, une conviction.

L’importance de la communication réside à la fois dans le contenu de ce qu’on dit, mais surtout, comment on le dit. Un discours creux, « langue de bois » d’un politicien peut trouver une oreille favorable s’il sort de conviction, de gestes forts ( par la voix, des gestes, le regard ).

Le contenu et la relation.

L’école de Palo Alto, aux Etats Unis, s’est intéressée à la relation, notamment auprès des malades relevant de la psychiatrie. Elle a produit une étude de référence, « Une logique de la communication« . Elle pose le concept de la pragmatique du langage. D’un contenu, qui n’a de réalité que par ce qu’on y met : sur l’indice des mots, des phrases, on n’y plaque des ordres, des traitements, des relations. Donnée et traitement.

Inspiré du modèle de la cybernétique, [ l’art du gouvernail ] , ou l’intéraction  entre sujet et objet, l’axiome fondamental ( que nous avons évoqué plus haut, sur le contenu et la relation ) s’est illustré dans le domaine de la technique, par la donnée, et le traitement.

L’usage de la technique

Visionnaire à l’époque où l’ordinateur d’aujourd’hui n’existait pas encore, l’école de Paolo Alto introduisait déjà des termes modernes :

la donnée, ou l’énoncé, ou contenu ( selon la formalisation des recherches cybernétiques, linguistiques ou pragmatiques ) sont identiques. Et illustrent la « data », le « bit », de nos ordinateurs. Le traitement, c’est l’algorithme informatique qui traite la donnée, l’ordre qui met en musique la donnée.

Le parallèle avec la technique est intéressante, et l’école de Paolo Alto faisait déjà ce parallèle.

La technique se caractérise par des concepts scientifiques, tels le binaire ( pour l’informatique), l’empreinte  métallique de la lithographie ( pour l’imprimerie ) ; mais elle est production  de valeur, de communication, de sens. Et au delà l’énoncé, la technique est aussi énonciation.

L’ordinateur éteint, inerte, calculateur, n’est rien s’il n’est pas utilisé en « musique ». Pour qu’un média permette la communication, il lui faut une instanciation, une utilisation, un usage. La syntaxe et la sémantique, tout comme la grammaire n’ont pas de sens s’ils ne sont pas utilisés, bousculés ( par les fautes d’orthographes). La technique est morte, si elle ne dépasse pas son caractère digital ( c’est à dire formalisation de concepts abstraits, comme la linguistique ).

Elle s’exprime dans la communication analogique. C’est à dire, comme nous l’avons illustré : dans tout ce qui dépasse l’intellect, le rationnel. Par les caractères indiciels de la communication : le geste, la voix.

La réussite d’une communication par la technique suit le même chemin (  la technique des nouvelles technologies, des médias comme la télévision ) : la technique n’est rien ( comme l’énoncé ) , si elle ne permet pas l’énonciation, la concrétisation.

De là, l’usage donne vie et mort des nouveaux usages techniques.

C’est à dire que la technique peut vivre si elle trouve une relation, un caractère « analogique » qui dépasse les concepts. L’imprimerie n’est qu’une technique de copie de caractères alphabétiques. C’est son usage, son appropriation par la diffusion des textes, des idées, du romantisme, de la poésie qui l’a rendu utile et indispensable. Qu’en est-il des nouveaux usages techonologiques.

A chacun d’y réfléchir.

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3 Commentaires

Classé dans Communication, Histoire science de l'information et de la communication, médiologie, Mes propres textes, Plus loin, sémiologie

3 réponses à “Enoncé, énonciation, pragmatique et l’usage de la technique

  1. Pingback: Communication digitale, avec le geste | Zeboute' Blog

  2. Pingback: Tableau comparé de la communication Machine et Humaine | Zeboute' Blog

  3. JOEL KOUASSI

    je veux comprendre un peu sur la concption de la linguistique et de la langue ( Saussure ).

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