Archives du mot-clé fonctions du langage de Jakobson

La fonction phatique, sur Facebook et chez le coiffeur

« Il fait beau aujourd’hui » [ chez ma coiffeuse ]

Je partage une video buzz,  » I like ! »

[ sur Facebook ]

« Allo ? tu m’entends ? » [ au téléphone ]

« Hum… oui … effectivement »

[ dans une discussion ]

« C’est l’histoire d’un belge… »  [ dans une soirée entre copains ]

Souvent, nous communiquons pour ne rien dire.

Ce qu’on dit n’a aucune importance. Mais c’est là l’important.

Que ce soit sur Twitter, facebook, par MSN, chez la boulangère, mon coiffeur, ou entre collègues, ces bribes de communication sont LA communication. Focus ! Lire la suite

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Que Twitterait De Gaulle ?

Les déclarations politiques sont toujours nuancées, ou objet à des codes.

La politique use du média comme vecteur de communication d’idées politiques. De De Gaulle dans les médias, on se souvient de l’appel du 18 juin 1940, à Londres, sur les ondes de la BBC. Il s’agit d’utiliser la radio comme LE média de l’époque. Aujourd’hui, De Gaulle utiliserait Twitter. Comme le font les nouveaux « usagers » dans le cadre des révolutions en Afrique. Et twitterait :

La France n’est pas seule !

la défaite est-elle définitive ? Non !

Je vous ai compris ! Lire la suite

Fonctions du langage de Jakobson

Roman Jakobson ( 1896 – 1982 ) :

Né à Moscou, il fonde en 1915 le Cercle linguistique de Moscou. Jakobson s’attache dans ses travaux au poème, en approfondissant la forme. «  Le procédé, voilà l’unique héros de la littérature  » .

Récurrences phoniques, rythmiques, syntaxiques et sémantiques. Jakobson élargie la fonction poétique au delà de la littérature, dans la conversation, le langage.

Une jeune fille parlait toujours de l’ « affreux Fred ». Pourquoi affreux , et non pas horrible, insupportable, dégoûtant ? «  Je ne sais pas pourquoi , mais affreux lui va mieux ». Sans s’en douter, elle appliquait le procédé poétique de la paranomase [ se dit d’un mot inclus, totalement ou en partie, dans un mot ].  Le choix des mots, l’un plutôt qu’un autre ; la phonologie, le phonème, sont des axes de son travail. Jakobson souhaitait écrire un tableau des oppositions pertinentes entre les sons ou les phonèmes, conçus comme les atomes de nos phrases.

L’intérêt du texte ici est l’introduction dans la fonction du langage, calquées sur les « six facteurs inaliénables de la communication verbale ». Ces fonctions du langage dites de Jakobson sont une référence dans les études sur la communication.

[ Essais de linguistiques générale, 1963 ].

Roman Jakobson part du schéma de Shannon, concernant les éléments fondamentaux permettant une communication. Le destinateur envoie un message à un destinataire. Pour qu’il soit opérant, le message requiert d’abord un contexte, saisissable pour le destinataire. Pour qu’il soit reçu, le message nécessite un contact ; un canal physique ( une lettre, une ligne téléphonique ). Enfin , le message est construit sur un code ( une phrase par exemple ).

A ces six facteurs inaliénables de la communication, Jakobson y associe six fonctions du langage. «  La diversité du message réside non dans le monopole de l’une ou l’autre des fonctions, mais dans les différences de hiérarchie entre celles ci ».

Le destinateur ou fonction dite « expressive  » ou « émotive » :

Centrée sur le destinateur, « elle vise à une expression directe de l’attitude du sujet à l’égard de ce dont il parle. Elle tend à donner l’impression d’une certaine émotion. La couche purement émotive dans la langue est présentée dans les interjections. « Tt ! Tt », l’énoncé consiste en 2 clicks de succions. La fonction émotive, patente dans les interjections, colore à quelque degré tous nos propos. Un sujet utilisant des éléments expressifs pour indiquer l’ironie ou le courroux transmet visiblement une information ». Jakobson illustre l’exemple, souvent pris comme un exercice dans la pratique théâtrale de mettre sous un mot ( segodnja vecurom « ce soir » ) , une variété de situations différentes.

Fonction conative ou l’orientation vers le destinataire :

Elle trouve son expression grammaticale dans le vocatif et l’impératif. Les phrases impératives ( « buvez ! » ) s’écartent des phrases déclaratives par « l’épreuve de vérité ». Elles ne sont ni vraies, ni fausses. « Quand Nano dit « buvez », l’impératif ne peut provoquer la question « est ce vrai ou n’est ce pas vrai ».

La fonction phatique ou la présence du canal de communication :

« Il y a des messages qui servent à établir, prolonger ou interrompre la communication ; à vérifier si le circuit fonctionne («  Allo, vous m’entendez ? » ou attirer l’attention de l’interlocuteur : ou s’assurer qu’il ne relâche pas : «  vous m’écoutez ? » ). Cette accentuation du contact peut mener à des dialogues entiers dont l’unique sujet est de prolonger la conversation. L’effort en vue d’établir et maintenir la communication est typique du langage des oiseaux parleurs.

La fonction métalinguistique ou se concentrer sur le code :

Le métalangage n’est pas seulement un outil scientifique pour l’usage des linguistes. Il joue un rôle important dans le langage de tous les jours. Chaque fois que le destinateur / destinataire juge nécessaire de vérifier s’il utilise bien le même code, le discours est centré sur le code. : il remplit une fonction métalinguistique. «  je ne vous suis pas, que voulez vous dire ?  ». «  Que signifie sophomore ? Sophomore est un étudiant de seconde année ». L’apprentissage de la langue maternelle par un enfant jour largement de ces opérations métalinguistiques.

Fonction « référentiel » ou contexte :

Elle est la troisième personne, le « quelqu’un » ou le « quelque chose » dont on parle.

Fonction poétique :

Reste donc le message lui même, que Jakobson englobe dans la fonction poétique. « La visée ( Einstellung )  du message en tant que tel, l’accent mis sur le message pour son propre compte, est ce qui caractérise la fonction poétique du langage. Toute tentative de réduire la sphère de la fonction poétique à la poésie n’aboutirait qu’à une simplification excessive et trompeuse.

« Pourquoi dites vous toujours «  Jeanne et Marguerite », et jamais « Marguerite et Jeanne ». Ca sonne mieux ainsi. Jakobson rappelle les deux modes des opérations linguistiques : la sélection et la combinaison.

Sur le thème de l’enfant, le locuteur fait un choix parmi une série de noms existants : enfant , gosse, mioche, gamin. Ces mots sont plus ou moins équivalents. La sélection est produite sur la base de la similarité, dissimilarité, de la synonymie et de n’antinomie.

Pour commenter ce thème « enfant », le locuteur fait le choix d’un des verbes sémantiquement apparentés «  dort / sommeille / somnole ». Les deux mots choisis ( enfant dort ) se combinent dans la chaîne parlée. Cette combinaison, la construction de la séquence repose sur la contiguité. « La fonction poétique projette le principe d’équivalence de l’axe de la sélection sur l’axe de la combinaison. »

Six fonctions du langage sur six facteurs de la communication ; voilà l’instinct génial de Jakobson.

A nuancer : la communication, basée sur les théories scientifiques de Shannon ne doivent pas faire oublier que communiquer ne se réduit pas à véhiculer un message, mais donner tout ce qu’on communique : la parole , les intonations, les gestes, les silences. Eléments qui ne rentrent pas dans les concepts de Jakobson.

On lira un exemple pratique, sur les fonctions du langage : Les fonctions du langage Jakobson, par l’exemple.

Jakobson s’est inspiré du modèle défini par Claude Shannon, sur ces 6 fonctions du langage, basées sur les fondements techniques d’un modèle de communication unique : Claude Shannon, sur une définition mathématique de la communication. C’est l’intuition de Jakobson d’y appliquer les fonctions du langage associées.

Les fonctions du langage peuvent s’appliquer dans nos usages numériques, tels que les réseaux sociaux ( Facebook, Twitter ). On retrouvera un exemple de ces fonctions appliquées à Twitter, sur cette grille de lecture : Les 6 fonctions du langage de Twitter selon Jakobson.

On lira un exemple de fonction phatique, par le mot « bonjour », qui initie la communication sur le canal communicationnel : le bonjour ou une communication ordinaire.

La théorie décrite par Jakobson sur ces fonctions a été décriée, car elle limite les fonctions à une communication représentative ( rationnelle, voire digitale ), et centrée sur l’émetteur du message. Elle ne met pas en évidence les intéractions entre les personnes communiquant, et interagissant. La communication expressive est plutôt conceptualisée par l’école Paolo Alto.

On lira l’approche différente : une logique de la communication.

  • Textes relatifs :

La communication représentative, ou « télégraphique »

il n’y a que 6 fonctions du langage de Jakobson, et non sept comme le sous entend le roman « la septième fonction du langage » de Romain Bine

On lira également un avis sur le monde de la communication en entreprise. Dans le contexte des fonctions de Jakobson : La vie en entreprise, selon Jakobson.

Claude Shannon Théorie mathématique de la communication

Points de repère

Plus loin

Source Claude Shannon [1916-2001]. 1948, Mathematical Theory of Communications .

Introduction

Voilà un des textes les plus essentiels qu’on puisse connaître dans un siècle. Comme la théorie générale de Darwin. Ce texte définit une science de l’information, et une théorie mathématique, qui permet aujourd’hui d’écouter la 5ème symphonie de Mozart sur son i-phone, user de l’ordinateur, de la télévision, du fax. Claude Shannon a dématérialisé tout contenu de communication en suite logique de « bits ». Peu importe le contenu ( visuel, son, ..).

Avant Shannon, on pressentait qu’un message, télégraphique par exemple, pouvait être codifié, transporté, et « redéballé » pour le restituer à l’humain. Les laboratoires Bell travaillaient déjà sur le sujet. Robert Wiener, maître de Shannon, par ses réflexions sur la probabilité des états de transmission d’un signal a influencé cette théorie.

L’apport de Shannon a été de cristalliser des courants de pensée, et les formaliser dans ce texte essentiel.

On n’abordera pas ici les théorèmes relatifs à la capacité d’un canal de communication à transmettre la quantité d’information.

Système de communication.

Claude Shannon définit le système de communication [ schéma de Shannon ] :

Modèle de communication de Shannon

source → encodeur → signal → décodeur → destinataire, dans un contexte de brouillage

L’information.

Shannon définit la notion d’information, d’un point de vue scientifique.

L’information est une mesure scientifique. Elle n’a pas de lien avec la signification en tant que telle d’un message. Il s’agit bien d’une théorie des signaux. On ne s’intéresse pas au sens des messages. C’est ce qui fait la force de cette abstraction. « il n’y a de science que le général ». Shannon refuse la spécificité du message ( sa signification par exemple ) au profit de ses caractéristiques physiquement observables. C’est en cela que « par une série d’élargissements successifs, un modèle de communication partant de l’échange de signes parfaitement définis depuis un point jusqu’à un autre », Claude Shannon a pu intégrer plus globalement ensuite la musique, la parole, l’image.

L’information est une mesure de la liberté de choix, dont on dispose lorsqu’on sélectionne un message. Une mesure mathématique de l’originalité de la situation, créée au récepteur par l’avènement d’un message.

Lorsque j’ai le choix entre 2 messages («  noir  » ou « blanc  »), j’ai deux possibilités que je représente par 0 ou  1. Plus généralement, la quantité de l’information est définie par le logarithme du nombre des choix possibles. 2 puissance n, lorsqu’il y a n choix possibles. Pour le choix le plus simple, l’unité d’information est 2  (2 puissance 1 ). Cette unité d’information est appelée bit ( mot proposé par John W. Tukey pour « binary digit » ).

De sorte que le « digit binaire » ou « bit » est naturellement associé à une situation de double choix constituant une unité d’information. Dans un système à 3 choix possibles, j’ai 2 puisse 3 soit 8 possibilités, formalisée par 000, 001, 010, 011, 100, 101, 110, 111.

Entropie et probabilités d’information.

Plus on a le choix dans l’élaboration des messages, plus la probabilité de choisir un des messages est forte,  et plus grande est l’information. ( entropie forte ).

Plus une situation est hautement organisée et prédictive ( « le soleil se couche en fin de journée »), le  hasard ou le choix sont limités, plus l’information ( ou entropie ) est faible.

« La quantité précisément nécessaire à l’établissement de l’information correspond exactement à la notion thermodynamique d’entropie. Elle s’exprime en termes de probabilités. Celles nécessaires pour l’accession à certains stades de processus de formation des messages, et celles une fois ces stades atteints, prévoyant le choix suivant de certains symboles. »

Soit le mot « joie » ; le « e » est déterminé, ne laisse pas le choix à celui qui écrit le mot. Il s’agit de la fraction de structure de message qui est déterminé non par le libre choix de l’émetteur mais plutôt par des règles statistiques admises gouvernant l’emploi des symboles en question ( ici la langue française ). On l’appelle « redondance », car cette fraction du message n’est pas nécessaire, et redondante.

Le bruit.

Le bruit modifie le message, lorsqu’il y a parasite sur une ligne téléphonique par exemple. Une erreur dans la transmission du message. Ces éléments « perturbateurs » de la transmission sont appelés « bruit ». Naturellement on peut penser que le bruit abime le message transmis ( on n’a pas tout entendu ),et donc que l’information transmise diminue . Paradoxalement, l’incertitude du message augmente, et donc l’information.

L’impact de ce texte est fondamental. Sa synthèse d’une dimension communicationnelle de son modèle a inspiré les linguistiques.

Jakobson, par exemple, s’est inspiré du modèle de Shannon , pour structurer les 6 fonctions du langage. Ses études ont elles même marqué les sciences linguistiques.

Au code, émetteur, destinataire, canal,   message et bruit, Jakobson en a déduit les fonctions du langage ordinaire : les 6 fonctions du langage de Jakobson

Ce texte reste moderne : aujourd’hui avec les nouveaux réseaux sociaux, ces concepts demeurent.

On lira ainsi : les 6 fonctions de Twitter, selon Jakobson : un exemple appliqué à ce réseau social

Le modèle de Shannon a structuré toute une école de la pensée autour de la communication. On lira cette évolution : l’évolution du concept de la communication.

Claude Shannon : en savoir plus !

Claude Shannon a laissé son nom à un prix décerné chaque année par l’association de la théorie de l’information (IEEE), pour récompenser les avancées sur la théorie de l’information. Site officiel : IEEE Information Theory Society.

Claude Shannon a vraiment bousculé notre monde.

Aujourd’hui, le bit, l’octet ont permis de révolutionner le monde. Notamment le monde numérique : les photos, les textes, les vidéos, et bientôt le monde des objets connectés du monde réel suivent ce même trajet, tracé par Claude Shannon.

D’un point de vue humain, l’être humain est ainsi devenu numérique, extension d’un monde improbable : le bit ou la sueur de la vie numérique