la vie selon Albert Camus

La pensée de Camus part d’une question simple. Qu’est ce qu’un homme révolté ? Un homme qui dit NON. Mais s’il refuse, il ne renonce pas : c’est aussi un homme qui dit oui, dès son premier mouvement. Un esclave qui a reçu des ordres toute sa vie juge soudain inacceptable un nouveau commandement. Il signifie par exemple « les choses ont trop duré ».  » jusque là, oui, au delà, non » ; « il y a une limite que vous ne dépasserez pas ».

Ce non définit l’existence d’une frontière. La révolte ne va pas sans le sentiment d’avoir soi même raison. C’est en cela que l’esclave dit à la fois oui et non. Il démontre avec entêtement qu’il y a ce quelque chose qui « vaut la peine de… ». Il y a une adhésion entière de l’instantané de l’homme à une certaine part de lui même. Il y a un certain jugement de valeur. dans la révolte, soudain éclate la perception qu’il y a dans l’homme quelque chose à quoi s’identifier. Cela le porte loin parfois de ce qu’il est. Les suicides de protestation aux bagnes, parmi les terroristes dont on fouettait les camarades illustrent ce mouvement. Il y a quelque chose d’un tout obscur, et dont l’homme prend conscience.

Cette valeur n’est pas un cheminement de la raison sur ce que l’homme peut être. Elle est fracture, dans la révolte.

Camus ici ne procède pas à l’analyse légiste des qualités humaines de l’homme, mais définit un processus dynamique qui vient de plus profond, de son coeur, de ses tripes.

A lui seul l’individu n’est pas cette valeur qu’il veut défendre. Il faut au moins tous les hommes pour la composer. A la solitude de l’homme dans un monde étranger, l’homme trouve donc une solidarité possible. Il ne s’agit alors pas d’un idéal abstrait, « par pauvreté du coeur », et dans un but de revendication stérile.

La révolte de l’esclave provient de l’inégalité de sa condition dont il prend conscience. Elle est conscience qu’il y a égalité théorique et une inégalité des faits. Lorsque les faits sont expliqués, il n’y a pas de révolte. Ainsi la notion de révolte pas de sens dans les castes hindoues, où les inégalités sont intégrées dans une théologie. Le sacré empêche toute problématique de révolte.

Enfin, le fondement de cette valeur qui relie l’homme, qui fonde cette frontière entre le « non » et le « oui » est la révolte elle même. La solidarité des hommes se fonde sur le mouvement de révolte et celui ci à son tour trouve de justification que dans cette complicité. Cette solidarité prend vie qu’au moment de la révolte : elle est tension perpétuelle. Je suis, donc je me révolte.

Défis de la génération Y

Défis de la génération Y

Génération Y demain

Aujourd’hui, vivre dans son époque, c’est vivre avec les signes.

Les jeunes, labelisés sous «la Génération Y », savent manipuler à merveille ces signes.

Pour un puriste des sciences de l’information, il faut nuancer : les signes manipulables par les nouvelles technologies. I phone, internet, réseaux sociaux.

Autant dans le passé, c’étaient les « anciens » qui apprenaient aux jeunes, aujourd’hui ce sont les jeunes qui apprennent aux anciens à se servir d’internet, de la souris, de l’email.

Mais il s’agit généralement d’expliquer comment se servir de l’outil. Peu savent comment sont construits ces outils. Et surtout, on ne réfléchit pas au sens de ces outils. Ou au sens des signes qui virtualisent notre monde.

Les grands défis de la Génération Y et de nous tous ( ma mère utilise Facebook, Skype et Msn à 62 ans ! ) sont donc :

–          Mettre du sens dans son présent : la technologie est un moyen, mais pas une finalité. Que faire de ces usages ? les forums, les innovations humaines ( lobbying , manifestations organisées via les réseaux sociaux ) sont une réponse : utiliser l’outil pour une solidarité , un combat. Aux apocalyptiques dénonçant la modernité, on peut répondre que l’homme sait en permanence « recycler » par de nouveaux usages une technologie. Souvent, l’usage dépasse le créateur. Twitter en est un exemple, lors de la révolte iranienne. Un support de communication qui a dépassé l’origine du « dire ce qu’on fait maintenant ».

L’information est le nouveau pouvoir, mais le prochain sera plutôt de comprendre le sens, et de le maîtriser. [ Vague du savoir ]. Sans remettre du sens , le risque des idéologies ( racisme, religions extrémistes ) est fort. Et déjà latent.

–          Faire coexister l’exponentielle montée des données ( coûteuses en infrastructure ) et l’ environnement durable.  Le challenge des générations futures sera de conjuguer hyper sophistication de la société tertiaire ( manipuler les signes, l’information ) , avec une crise du « bit ». Que deviendront les usines internet de millions d’ordinateur, sans énergie, ou à un coût exhorbitant. Le data mining ( l’explosion des millions de  données  produites à chaque minute ) mourra de son coût. Une société tertiaire en faillite ? L’homo sapiens sans son I-Phone, comment l’imaginer ? C’est la réalité des prochaines décennies.

–          La transmission du savoir et la pensée : La société a largement décloisonné les hiérarchies, conventions sociales, et le modèle patriarcal. Avec bonheur, et interrogations. Le tutoiement par exemple ;  la crise des institutions ( l’école, la justice, la culture ). Les institutions sont perçues comme « castratrices » pour un jeune : entrer au théâtre  et devoir couper son portable, écouter un cours fastidieux alors qu’habituellement on zappe avec la télécommande. C’est un non sens.  L’institution demande de l’effort, et de la durée. Ivresse de ce décloisonnement ! Seulement, il implique aujourd’hui le cloisonnement au présent, à l’oubli , à l’information caduque en permanence.

Les sciences de l’information permettent de soulever ces problématiques, et de nuancer ce qu’on nomme dans cette science les « apocalyptiques » et les néo-modernistes-enthousiastes.

La seule réponse, elle est formulée plus haut.

On lira l’article qui reprend les moments clés de ce nouveau concept : entre les « pour » et les « contre » : https://zeboute.wordpress.com/2010/11/11/le-defi-et-lapologie-des-medias/

A lire : Penser et twitter en 140 caractères

Albert Camus et Sartre

pensée absurde

penser humain

Albert Camus et Jean Paul Sartre se sont longuement appréciés, dans le domaine de leur pensée respective. L’homme est seul au monde. Il est là, projeté dans un monde, sans avoir rien demandé. Camus définit l’absurde, Sartre la réalité existentielle de l’homme, qui est ce qu’il fait. Cependant, au fil de la réflexion, Camus a toujours proné la primauté de la raison du coeur, la raison du corps. Elle était imprégnée de la vie de Camus, en Algérie, sous le soleil brûlant des corps;  Brûlant la pensée et immergeant l’homme dans son milieu, loin des considérations parisiennes de Sartre, plongé dans un monde purement culturel, et moins humain que celui de Camus, plongé dans la vie.

Cette naiveté apparente irritait Sartre et les siens, et une fracture entre les deux hommes a séparé leurs amitiés. Camus s’est senti exclu de la pensée, a douté fortement.  La prétention des grands penseurs est de considérer que l’intelligence d’une pensée est une construction dénuée de toute contingence matérielle. Aller à l’essentiel, et à l’abstraction. Mais la pensée vie, et rétroagit. Du sang, des larmes, des colères.

En ce sens, la pensée de camus est moderne et elle est à redécouvrir.

Fonctions du langage de Jakobson

Roman Jakobson ( 1896 – 1982 ) :

Né à Moscou, il fonde en 1915 le Cercle linguistique de Moscou. Jakobson s’attache dans ses travaux au poème, en approfondissant la forme. «  Le procédé, voilà l’unique héros de la littérature  » .

Récurrences phoniques, rythmiques, syntaxiques et sémantiques. Jakobson élargie la fonction poétique au delà de la littérature, dans la conversation, le langage.

Une jeune fille parlait toujours de l’ « affreux Fred ». Pourquoi affreux , et non pas horrible, insupportable, dégoûtant ? «  Je ne sais pas pourquoi , mais affreux lui va mieux ». Sans s’en douter, elle appliquait le procédé poétique de la paranomase [ se dit d’un mot inclus, totalement ou en partie, dans un mot ].  Le choix des mots, l’un plutôt qu’un autre ; la phonologie, le phonème, sont des axes de son travail. Jakobson souhaitait écrire un tableau des oppositions pertinentes entre les sons ou les phonèmes, conçus comme les atomes de nos phrases.

L’intérêt du texte ici est l’introduction dans la fonction du langage, calquées sur les « six facteurs inaliénables de la communication verbale ». Ces fonctions du langage dites de Jakobson sont une référence dans les études sur la communication.

[ Essais de linguistiques générale, 1963 ].

Roman Jakobson part du schéma de Shannon, concernant les éléments fondamentaux permettant une communication. Le destinateur envoie un message à un destinataire. Pour qu’il soit opérant, le message requiert d’abord un contexte, saisissable pour le destinataire. Pour qu’il soit reçu, le message nécessite un contact ; un canal physique ( une lettre, une ligne téléphonique ). Enfin , le message est construit sur un code ( une phrase par exemple ).

A ces six facteurs inaliénables de la communication, Jakobson y associe six fonctions du langage. «  La diversité du message réside non dans le monopole de l’une ou l’autre des fonctions, mais dans les différences de hiérarchie entre celles ci ».

Le destinateur ou fonction dite « expressive  » ou « émotive » :

Centrée sur le destinateur, « elle vise à une expression directe de l’attitude du sujet à l’égard de ce dont il parle. Elle tend à donner l’impression d’une certaine émotion. La couche purement émotive dans la langue est présentée dans les interjections. « Tt ! Tt », l’énoncé consiste en 2 clicks de succions. La fonction émotive, patente dans les interjections, colore à quelque degré tous nos propos. Un sujet utilisant des éléments expressifs pour indiquer l’ironie ou le courroux transmet visiblement une information ». Jakobson illustre l’exemple, souvent pris comme un exercice dans la pratique théâtrale de mettre sous un mot ( segodnja vecurom « ce soir » ) , une variété de situations différentes.

Fonction conative ou l’orientation vers le destinataire :

Elle trouve son expression grammaticale dans le vocatif et l’impératif. Les phrases impératives ( « buvez ! » ) s’écartent des phrases déclaratives par « l’épreuve de vérité ». Elles ne sont ni vraies, ni fausses. « Quand Nano dit « buvez », l’impératif ne peut provoquer la question « est ce vrai ou n’est ce pas vrai ».

La fonction phatique ou la présence du canal de communication :

« Il y a des messages qui servent à établir, prolonger ou interrompre la communication ; à vérifier si le circuit fonctionne («  Allo, vous m’entendez ? » ou attirer l’attention de l’interlocuteur : ou s’assurer qu’il ne relâche pas : «  vous m’écoutez ? » ). Cette accentuation du contact peut mener à des dialogues entiers dont l’unique sujet est de prolonger la conversation. L’effort en vue d’établir et maintenir la communication est typique du langage des oiseaux parleurs.

La fonction métalinguistique ou se concentrer sur le code :

Le métalangage n’est pas seulement un outil scientifique pour l’usage des linguistes. Il joue un rôle important dans le langage de tous les jours. Chaque fois que le destinateur / destinataire juge nécessaire de vérifier s’il utilise bien le même code, le discours est centré sur le code. : il remplit une fonction métalinguistique. «  je ne vous suis pas, que voulez vous dire ?  ». «  Que signifie sophomore ? Sophomore est un étudiant de seconde année ». L’apprentissage de la langue maternelle par un enfant jour largement de ces opérations métalinguistiques.

Fonction « référentiel » ou contexte :

Elle est la troisième personne, le « quelqu’un » ou le « quelque chose » dont on parle.

Fonction poétique :

Reste donc le message lui même, que Jakobson englobe dans la fonction poétique. « La visée ( Einstellung )  du message en tant que tel, l’accent mis sur le message pour son propre compte, est ce qui caractérise la fonction poétique du langage. Toute tentative de réduire la sphère de la fonction poétique à la poésie n’aboutirait qu’à une simplification excessive et trompeuse.

« Pourquoi dites vous toujours «  Jeanne et Marguerite », et jamais « Marguerite et Jeanne ». Ca sonne mieux ainsi. Jakobson rappelle les deux modes des opérations linguistiques : la sélection et la combinaison.

Sur le thème de l’enfant, le locuteur fait un choix parmi une série de noms existants : enfant , gosse, mioche, gamin. Ces mots sont plus ou moins équivalents. La sélection est produite sur la base de la similarité, dissimilarité, de la synonymie et de n’antinomie.

Pour commenter ce thème « enfant », le locuteur fait le choix d’un des verbes sémantiquement apparentés «  dort / sommeille / somnole ». Les deux mots choisis ( enfant dort ) se combinent dans la chaîne parlée. Cette combinaison, la construction de la séquence repose sur la contiguité. « La fonction poétique projette le principe d’équivalence de l’axe de la sélection sur l’axe de la combinaison. »

Six fonctions du langage sur six facteurs de la communication ; voilà l’instinct génial de Jakobson.

A nuancer : la communication, basée sur les théories scientifiques de Shannon ne doivent pas faire oublier que communiquer ne se réduit pas à véhiculer un message, mais donner tout ce qu’on communique : la parole , les intonations, les gestes, les silences. Eléments qui ne rentrent pas dans les concepts de Jakobson.

On lira un exemple pratique, sur les fonctions du langage : Les fonctions du langage Jakobson, par l’exemple.

Jakobson s’est inspiré du modèle défini par Claude Shannon, sur ces 6 fonctions du langage, basées sur les fondements techniques d’un modèle de communication unique : Claude Shannon, sur une définition mathématique de la communication. C’est l’intuition de Jakobson d’y appliquer les fonctions du langage associées.

Les fonctions du langage peuvent s’appliquer dans nos usages numériques, tels que les réseaux sociaux ( Facebook, Twitter ). On retrouvera un exemple de ces fonctions appliquées à Twitter, sur cette grille de lecture : Les 6 fonctions du langage de Twitter selon Jakobson.

On lira un exemple de fonction phatique, par le mot « bonjour », qui initie la communication sur le canal communicationnel : le bonjour ou une communication ordinaire.

La théorie décrite par Jakobson sur ces fonctions a été décriée, car elle limite les fonctions à une communication représentative ( rationnelle, voire digitale ), et centrée sur l’émetteur du message. Elle ne met pas en évidence les intéractions entre les personnes communiquant, et interagissant. La communication expressive est plutôt conceptualisée par l’école Paolo Alto.

On lira l’approche différente : une logique de la communication.

  • Textes relatifs :

La communication représentative, ou « télégraphique »

il n’y a que 6 fonctions du langage de Jakobson, et non sept comme le sous entend le roman « la septième fonction du langage » de Romain Bine

On lira également un avis sur le monde de la communication en entreprise. Dans le contexte des fonctions de Jakobson : La vie en entreprise, selon Jakobson.

Histoire de la théorie de la communication

Les processus de communication sont au cœur de plusieurs disciplines : histoire, géographie, psychologie, sociologie, ethnographie, économie.

La science de la communication a d’abord été hantée par la recherche d’une légitimité. Recherche de théories, de concepts, et de son territoire.

Aussi une chronologie de la théorie de la communication n’est pas possible.

Elle est plutôt une juxtaposition d’écoles, de courants, de tendances. Avec flux et reflux.

Des moments clés permettent d’y ancrer des repères structurants.

La théorie mathématique d’une communication digitale

Par exemple, la définition d’une science de l’information, par la théorie de Shannon a pu ainsi créer un champ de recherches scientifiques.

Amenant la concrétisation de l’information numérique. Ce courant scientifique est lui-même controversé. L’approche de Shannon a été de définir un schéma :  Emetteur d’un message vers un récepteur, qui décode le message. C’est réduire la richesse d’une communication de sujet à sujet, plus englobante que linéaire. Communiquer ce n’est pas que produire un message, mais échanger. Par l’intonation de sa voix, ses gestes, et des incompréhensions. Parfois peu importe le contenu du message. Théories se superposent, se contredisent, loin d’une évolution historique.

Ecole de Paolo Alto

La communication c’est donc communiquer avec son corps, ses expressions, ses paradoxes, que la machine ne comprend toujours pas. On lira ainsi un texte essentiel sur les axiomes de la communication de Watzalawick

Il n’y a donc pas d’autoroute toute tracée, mais des chemins alambiqués.

Richesse du sujet qui en fait son intérêt passionnant. Nous aborderons cette histoire des théories de la communication ainsi.