Archives du mot-clé Médiologie

Les réseaux sociaux en 1991, ou nos médias selon Régis Debray

Régis debray [ né en 1940 ].

Penser aux réseaux sociaux d’aujourd’hui, c’est revenir 20 ans en arrière. Car en 1991, Régis Debray expliquait déjà le fonctionnement de l’internet et des réseaux sociaux d’aujourd’hui. Sur 2 axes : leur aspect d’instantanéité, et leur aspect modeleur de nos modes de pensée.. Lire la suite

Histoire de la communication

Nos questions !

Comment communiquer ?

Quelle est l’histoire de la communication ?

Y a-t-il une science de la communication ?

Qu’est-ce que communiquer ?

Comment communiquer efficacement ?

Doit on communiquer ? Lire la suite

Notre cerveau structuré par nos nouveaux médias

L’ école républicaine et les siècles de réflexion sur le progrès humain aboutissent à une nouvelle donne aujourd’hui : les nouvelles technologies.

Pourquoi ?

Ce  n’est pas un phénomène de mode. Ce blog aurait pu être écrit en 1946, 1972, 1982  et 2011.

Sur deux points essentiels :

Pensée structurée par la technique, et pensée noyée dans les tripes, l’émotion.

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Mythe de l’usage des nouvelles technologies et innovation

En quoi les nouvelles technologies et les nouveaux réseaux sociaux sont différents des technologies qui ont bercé le XIX ou XXeme siècle ? Pas grand chose. Pourquoi la génération Y devient le moteur de la légitimité de ce qu’on voit passer dans nos nouveaux usages de la technologie ?

Les nouvelles technologies, comme un exemple de la médiologie.

La pensée humaine et la communication entre hommes  ont longtemps été considérés comme l’accouchement du « logos »,  comme un absolu de la raison. Lire la suite

Cours de médiologie générale, ou le retour de l’immédiat. Régis Debray

Points de repère

Plus loin

Cours de Médiologie générale, Régis Debray 1991

Régis Debray, outre qu’il ait « combattu » en Amérique latine auprès de Che Guevara,  et que j’ai eu la chance de le rencontrer dans un aéroport en Irlance ( grand moment), il a ouvert la voix à la Médiologie, comme l’étude de la transmission de la Pensée.

[ on lira une étude scientifique américaine de l’impact de la technologie, internet, sur notre pensée : Etude Parvin ]

Le cours de Médiologie générale, bien qu’écrit en 1991 est encore  d’actualité, 20 ans après.

Ici est étudié le dernier chapitre, 12ème leçon , la loi des 3 états.

Le grand retour de l’immédiat.

L’époque voit rejaillir l’oralité, la fusion immédiate avec le corps, l’émotion. La chanson, dématérialisée sous le walkman, supplante la poésie, qui devient rhétorique et illisible. Dans le domaine de l’art, les tableaux picturaux sont décrochés au profit des « happenings », l’évènementiel. Fête de la musique. La communion, l’effusion dans l’instant.

Sérieux renversement de l’épopée de la Raison, la raison était émancipatrice, passer de l’immédiat au construire, «  comme le lent dégagement des apparences vers les lois, car la raison des choses ne traîne pas parmi les choses, au milieu des bruits et des couleurs. C’est la défaite du maître républicain qui nous disait « Séparez, distinguez, détachez vous. Faites abstraction. Prenez vos distances par rapport à votre culture, cette masse de préjugés qui vous collent à la peau ».

Toutes les réformes contemporaines de l’école visent à subordonner l’écrit à l’oral. Car l’écrit est artificiel, l’oral naturel. Cela est démocratique ( « la dictée est un acte répressif »), et les enfants défavorisés maitriseront plus facilement un français parlé qu’un français écrit.

« Ne dites plus « instruction publique », dites « activités d’éveil, dialogue, échange » ». « N’écrivez plus, jeunes gens, ne lisez plus des œuvres, branchez vous tout de suite, écoutez les informations, regardez vos écrans, éclatez vous sans tarder. Moins vous laisserez de traces, plus vous serez libres. ».

Dans l’oralité, « l’émetteur tourne autour du récepteur, alors que dans l’écrit, le récepteur tourne autour de l’émetteur. L’auditoire satellise l’émetteur. Dans l’autre, le message solaire satellise son lectorat. C’est dire que l’oralité recèle techniquement une fatalité tribale et démagogique, une pente à la facilité et à la complaisance. » Les émissions telles « L’heure de vérité », comme des jeux du cirque du Logos. Super sophisme.

« La ligne Chair  aboutit à la Démocratie, mosaique chaude et colorée de micro-milieux communautaires bouillonnant au jour le jour.

La ligne Verbe aboutit à la République, entité historique des lois, des livres, et de l’interprétation, antipathique à l’immédiat. »

De ce cours, Régis Debray définit la loi des 3 états : logosphère, graphosphère, videosphère.

Le tableau suivant les  résume :

Ecriture( logosphère ) Imprimerie( graphoshère ) Audiovisuel( videosphère )
Milieu stratégique ( projection de puissance ) La terre La mer L’espace
Idéal de groupe L’UN ( Cité, empire, royaume ) Absolutisme TOUS  ( Nation, Peuple, Etat ) nationalisme et totalitarisme CHACUN ( population, société, monde ) Individualisme et anomie
Figure du temps ( et vecteur ) CERCLE( éternel,  répétition, ) Archéocentré LIGNE( histoire, progrès ) Futurocentré POINT( actualité, évènement ) Autocentré : culte du présent
Age canonique L’ANCIEN L’ADULTE LE JEUNE
Paradigme d’attraction MYTHOS( mystères, dogmes, épopées ) LOGOS( utopies, systèmes, programmes ) IMAGO( affects et fantasmes )
Organon symbolique RELIGIONS( théologie ) SYSTEMES( idéologies ) MODELES( iconologie )
Classe spirituelle ( détentrice du sacré social ) EGLISEsacro saint : le dogme INTELLIGENTSIAlaique ( professeurs et docteurs ).

Sacro saint : la connaissance

MEDIAS( diffuseurs et producteurs ).

Sacro saint : l’information

Référent légitime LE DIVIN( il le faut, c’est sacré ) L’IDEAL( il le faut, c’est vrai ) LE PERFORMANT( il le faut, ça marche )
Moteur d’obédience LA FOI LA LOI L’OPINION
Moyen normal d’influence LA PREDICATION LA PUBLICATION L’APPARITION
Statut de l’individu SUJET( à commander ) CITOYEN( à convaincre ) CONSOMMATEUR( à séduire )
Mythe d’identification LE SAINT LE HEROS LA STAR
Dicton d’autorité personnelle Dieu me l’a dit Je l’ai lu dans le livre Je l’ai vu à la télé
Régime d’autorité symbolique L’invisible Le lisible Le visible
Centre de gravité subjectif L’AME LA CONSCIENCE LE CORPS

l’espace et le temps virtuellement délicieux ?

Etre partout dans ses pantouflesL’espace !

Monde moderne, tout maintenant, tout tout de suite. C’est tellement agréable. Etre connecté avec ses proches, éloignés, ou pas. Avoir l’information en temps réel, et ne pas attendre le journal papier du lendemain. L’ère de l’ATAWAD, ou Any Time, Any Where, Any Device est là ; ou comment être connecté n’importe quand et n’importe où  sur notre I-phone ( pour les plus modernes ) ou ordinateur.

L’espace est à portée de main. Google Map permet de se « télétransporter » dans la rue ;  se connecter sur la chaîne CB News pour suivre les derniers évènements américains. Le tourisme de masse permet par Low cost, d’aller à l’autre bout de la planète, sans changer de pantoufle. C’est-à-dire sans changer d’habitude. Les kilomètres n’ont plus de réalité. On est partout. Arrivé à l’aéroport, et dans  les zones touristiques, les codes sont universels, et pauvres. La signalétique est la même.  Rassurant. Voyager aujourd’hui, ce n’est pas découvrir une culture, mais vérifier que même ailleurs on sera protégé dans son cocon. Et pouvoir transporter son « cocon ».

Le temps !

La durée et le temps résistent. Autant dans l’espace tout est immédiat, le temps est malheureusement incompressible. Faire un enfant prend toujours neuf mois ; apprendre à lire ou une langue étrangère toujours autant de temps , long, trop long, dans un monde où on peut être tout de suite  à Moscou, mais ne pas pouvoir parler Russe. Car l’apprentissage est long.

Le virtuel dans le domaine du temps n’a pas attendu les nouvelles technologies. La « transe », les manifestations animiques permettent d’être en temps réel présent avec les ancêtres, par des incantations. L’hostie, dans la religion catholique permet d’être à des siècles en arrière en prenant dans la bouche le corps du christ, en temps « réel ». Accélérer le mouvement dans l’espace, c’est oublier le temps . Régis Debray cite Kundera ; dans un exemple simple : un motard pour oublier une scène de ménage prend sa moto, et accélère. La vitesse grise, et permet l’oubli.

Conjuguer temps et espace, c’est conjuguer une équation à deux vitesses. Espace immédiat et temps lent et vertueux…

Défis de la génération Y

Défis de la génération Y

Génération Y demain

Aujourd’hui, vivre dans son époque, c’est vivre avec les signes.

Les jeunes, labelisés sous «la Génération Y », savent manipuler à merveille ces signes.

Pour un puriste des sciences de l’information, il faut nuancer : les signes manipulables par les nouvelles technologies. I phone, internet, réseaux sociaux.

Autant dans le passé, c’étaient les « anciens » qui apprenaient aux jeunes, aujourd’hui ce sont les jeunes qui apprennent aux anciens à se servir d’internet, de la souris, de l’email.

Mais il s’agit généralement d’expliquer comment se servir de l’outil. Peu savent comment sont construits ces outils. Et surtout, on ne réfléchit pas au sens de ces outils. Ou au sens des signes qui virtualisent notre monde.

Les grands défis de la Génération Y et de nous tous ( ma mère utilise Facebook, Skype et Msn à 62 ans ! ) sont donc :

–          Mettre du sens dans son présent : la technologie est un moyen, mais pas une finalité. Que faire de ces usages ? les forums, les innovations humaines ( lobbying , manifestations organisées via les réseaux sociaux ) sont une réponse : utiliser l’outil pour une solidarité , un combat. Aux apocalyptiques dénonçant la modernité, on peut répondre que l’homme sait en permanence « recycler » par de nouveaux usages une technologie. Souvent, l’usage dépasse le créateur. Twitter en est un exemple, lors de la révolte iranienne. Un support de communication qui a dépassé l’origine du « dire ce qu’on fait maintenant ».

L’information est le nouveau pouvoir, mais le prochain sera plutôt de comprendre le sens, et de le maîtriser. [ Vague du savoir ]. Sans remettre du sens , le risque des idéologies ( racisme, religions extrémistes ) est fort. Et déjà latent.

–          Faire coexister l’exponentielle montée des données ( coûteuses en infrastructure ) et l’ environnement durable.  Le challenge des générations futures sera de conjuguer hyper sophistication de la société tertiaire ( manipuler les signes, l’information ) , avec une crise du « bit ». Que deviendront les usines internet de millions d’ordinateur, sans énergie, ou à un coût exhorbitant. Le data mining ( l’explosion des millions de  données  produites à chaque minute ) mourra de son coût. Une société tertiaire en faillite ? L’homo sapiens sans son I-Phone, comment l’imaginer ? C’est la réalité des prochaines décennies.

–          La transmission du savoir et la pensée : La société a largement décloisonné les hiérarchies, conventions sociales, et le modèle patriarcal. Avec bonheur, et interrogations. Le tutoiement par exemple ;  la crise des institutions ( l’école, la justice, la culture ). Les institutions sont perçues comme « castratrices » pour un jeune : entrer au théâtre  et devoir couper son portable, écouter un cours fastidieux alors qu’habituellement on zappe avec la télécommande. C’est un non sens.  L’institution demande de l’effort, et de la durée. Ivresse de ce décloisonnement ! Seulement, il implique aujourd’hui le cloisonnement au présent, à l’oubli , à l’information caduque en permanence.

Les sciences de l’information permettent de soulever ces problématiques, et de nuancer ce qu’on nomme dans cette science les « apocalyptiques » et les néo-modernistes-enthousiastes.

La seule réponse, elle est formulée plus haut.

On lira l’article qui reprend les moments clés de ce nouveau concept : entre les « pour » et les « contre » : https://zeboute.wordpress.com/2010/11/11/le-defi-et-lapologie-des-medias/

A lire : Penser et twitter en 140 caractères

la belle au bois dormant dans les espaces verts

La belle aux bois dormant n’existe plus dans la belle forêt imaginaire que l’on a dans la tête, enfant ou pas.

Non, aujourd’hui elle est dans les espaces verts.

On ne parle plus de forêt, ou de parc, mais d' »espace vert ».On réduit l’espace à des fonctions urbaines. L’image n’est pas de moi, mais de Régis Debray.

Vivre aujourd’hui, c’est dans l’espace. L’espace immédiat. Les réseaux internet et téléphoniques permettent d’être partout à la fois. Partout à la fois, mais surtout nul part. L' »espace vert » est universel. Comme les espaces stériles que sont les aéroports, ou les points de chute touristiques qui regroupent les multinationales… Mac Donalds … L’histoire n’est pas nouvelle. Mais quoi de plus différent l’aéroport de Madrid ou New York ? eh bien pas de différence. Les mêmes codes signalétiques. Ne pas se perdre où que l’on soit, au monde. Ainsi le tourisme n’a plus d’exotisme, mais surtout l’assurance d’être chez soi ailleurs : Michel Houellebecq l’a bien évoqué dans sa littérature. On transporte dans le tourisme son « monde », et on retrouve ses repères, alors que l’essence même du voyage c’est oublier ses repères…

L’objet de ce billet n’est pas de dénoncer la médiocrité ou la paleur d’un monde froid, il faut vivre avec son temps. Mais réfléchir à la notion d’espace:

– l’espace public : il est né au XVIIIeme siècle, comme espace entre nobles et bourgeois contre un espace purement restreint à la cour de la royauté.

– l’espace intime : l’espace ou jardin secret, aujourd’hui vampirisé par l’espace médiatique et partagé.

– l’espace virtuel : les communautés internet, comme niche ( via les forums ) permettant la solidarité et le partage sur des sujets particuliers.

– l’espace-temps : ou l’accélération du « tout tout de suite partout » ( t’es ou ? ) , et l’espace temps, lent et nécessitant la maturité, temps incompressible de l’éducation, de la réflexion. Thème cher de la médiologie, dans la transmission de la pensée.

Penser et twitter en 140 caractères

twitter en 140 caractèresJ’aimerais communiquer sur l’intérêt de Twitter car c’est aujourd’hui un moyen formidable d’échanger intelligemment sur la pensée humaine

Fin du message Twitter. Les 140 caractères sont dépassés.

Non que la technique informatique ne puisse me permettre d’aller plus loin dans mon propos [ les capacités de stockage et de partage de l’information sont aujourd’hui astronomiques ].

Non que les coûts pour son usage restreignent la longueur de mon message, puisque twitter est gratuit.

Dans les petites annonces dans les journaux papiers,  la longueur du message a un coût pour celui qui veut faire diffuser son annonce  ( d’où les messages typographiés dans les annonces sur les annonces de location d’appartement par exemple ). La technique limite aussi la capacité du message ( les messages personnels édités dans les pages du journal Libération par exemple sont limités à une dizaine par édition ).

Ces contraintes de coût et technique poussent l’écriture de ces messages à l’économie de mots.

Twitter ne procède pas de ces contraintes.

A l’origine, Twitter n’est pas conçu pour communiquer et échanger de l’information, mais pour dire ce qu’on est en train de faire ( « What are you doing ? »). On peut s’interroger sur son intérêt…

L’usage initial en est détourné comme beaucoup de technologies.

  • Que ce soit volontaire :

Par exemple, le piratage des messages codés allemands pendant la seconde guerre mondiale, par les travaux de Turing ont conduit à l’invention d’Enigma ; dont l’usage purement militaire a été détourné dans l’élaboration « civile » ensuite de l’ordinateur.

  • Que ce soit involontaire :

L’exemple des annonces de messagerie rose pour le minitel. À l’époque de la mise en place du minitel, la DACT et les fournisseurs de services pensent qu’il ne s’agit que d’un gadget ludique : pour eux l’avenir de la télématique réside dans l’information, et non la communication. D’ailleurs,  l’enjeu est d’abord financier pour l’état français, limiter les livraisons papiers des annuaires des pages blanches et jaunes…

Twitter est donc détourné de son usage, comme média de communication;  et en tant que média, il en a les attributs les plus primaires ( par la faiblesse de la quantité d’information transportée ).

La conséquence en terme est qu’elle en est réduite à la fonction phatique des fonctions du message : occuper le canal de communication (« je suis là » ) sans produire d’information utile.

Twitter aujourd’hui est devenu un média, plus qu’un réseau social.

Les relations se font autour de sujets à partager.

Les 140 caractères sont devenus un vrai phénomène, qui a insufflé Facebook et les médias.

Réduire à l’essentiel !

 

Pour approfondir, voir l’article https://zeboute.wordpress.com/2010/08/22/semiologie-du-sms/ qui analyse les caractéristiques du média « SMS », et sur lesquels on retrouvera les similarités. A vous d’en voir les différences !

Sémiologie du SMS

Points de repère

Plus loin

Sémiotique du SMS , introduction.

Etude sur le SMS.

Le SMS ( Short Message Service ) est comme le télégraphe, ou le téléphone un media par lequel on communique. L’intérêt de s’y pencher est que ce mode de communication, toujours en mouvement, a grand usage auprès des jeunes, et notamment la génération appelée « Génération Y ». Paradoxalement, ce moyen extraordinaire d’échanger des messages est parfois considéré comme un outil « autiste », dans le sens où l’interlocuteur passe son temps à envoyer des SMS à des connaissances, ailleurs, rompant tout lien social avec la réalité, ici.

Cette étude sémiologique du SMS nous éclairera sur les dimensions variées de ses fonctions, ses usages, et sa sémiotique au regard des sciences de l’information et de la communication.

Formidable instrument, il est l’exemple par excellence de la manière où le langage et la pensée sont transformés par le support du média, et de la technique.

Objet du SMS.

Pourquoi envoie-t-on des SMS ?

Le  SMS a plusieurs fonctions ( dont celles purement commerciales que nous n’aborderons pas ici ) :

Fonction utilitaire :

Elle est largement liée à une fonction liée à l’espace, puisque le SMS envoyé depuis un téléphone mobile, suit le destinataire du message. On retrouve ici la valeur informative, utilitaire, précise d’un message : « Sui arivé à Lyon, tou va bene J ». L’intérêt du message ici est qu’il peut être purement uni-directionnel ; on n’attend pas de retour particulier. Par analogie, le SMS est ici une carte postale, qu’on envoie, pour envoyer peu d’informations ( « je suis en vacances à Nimes, il fait beau »).

Fonction phatique :

La communication par SMS est une conversation entre deux interlocuteurs ( bien qu’elle  ne soit pas synchrone ). Il s’agit d’un échange de messages anodins, quelques questions, un peu d’humeur dans le propos. En ce sens, elle n’est pas une discussion basée sur une argumentation par exemple, et elle est rarement une réflexion sur un sujet précis, comme l’entrée de la Roumanie dans l’Union Européenne.  Elle est une conversation dans le sens où :

–          Elle n’a peu d’enjeu. L’information véhiculée a peu d’intérêt la plupart du temps. « je dois aller chercher du pain pour ma mère, zut » ; -« suis arivé » –  « fe bo » ? –« top kool »).

–          Les messages peu informationnels permettent surtout de conserver le contact, par le renvoi en ping pong de petits messages. Ils rejoignent la fonction phatique de la conversation [ fonction développé par Jackobson ], comme 2 individus à l’entrée d’un ascenceur ; briser le silence par une suite de messages.

–          La cinématique des messages généralement suit le mécanisme suivant :

  • Une première information, initiatrice de l’échange ( parfois la seule « signifiante »), comme « je viens de terminer mon devoir », ou initiatrice de la possibilité ou pas d’engager la conversation. ( s’assurer que le destinataire est disponible [ de nouveau on rejoint la fonction phatique, du « canal » / contact, propre à Jackobson ] ).
  • Ensuite le cadre de la conversation est posé, et n’a pas d’objet défini  . Il est une succession de messages anodins ( la longueur des messages ne permet de s’apesantir sur la profondeur du propos … )

Le cadre d’entente et établi entre les 2 locuteurs : la finalité est de prolonger un moment d’existence et de partager.

D’ailleurs on se posera la question : «  pourquoi ne pas se téléphoner ? ». Justement car on n’a rien à dire, ou si peu, que l’appel téléphonique se résumerait à quelques minutes. Echanger par SMS, c’est prolonger la communication.

Les critiques de cette forme de communication rétorquent qu’effectivement, il n’y a rien dans ces messages. La valeur de l’information est proche de zéro ( si on la calcule selon les principes de Shannon ). Certes, c’est le propre de ce média, mais aussi le propre de certaines formes de communication. Comme la coiffeuse qui parle chiffon et beau temps avec sa cliente le temps de la coupe.

La différence ici c’est que la conversation de la coiffeuse permet d’éviter le silence entre deux inconnus, d’éviter la gêne du silence. Elle permet surtout de ne pas parler de soi, de sujets polémiques ( politiques, religieux) avec un inconnu ; de ne pas se mettre en danger, ou se dévoiler.

Dans le cas du SMS, le destinataire du SMS est connu, et plutôt intime. Ce n’est pas le silence entre deux êtres que l’on tente de briser, mais le silence d’être avec soi.

La vertu de ces échanges est donc de n’être pas « être seul avec soi », de prolonger sa « inner-life », ou vie intérieure avec autrui. Le propre de la communication en somme, on l’oublie souvent, dans une rationalisation de l’information.

Pour revenir à l’outil « autiste » dont parlent souvent les parents au sujet de leurs enfants :  Pourquoi ne pas parler avec les gens présents « ici » ?

L’adolescente qui envoie un SMS à son amie n’a justement pas envie de discuter de sa vie intérieure avec sa mère. S’il n’y avait pas de SMS, elle écrirait certainement dans son journal intime. L’intérêt du SMS est donc de créer un lien avec l’autre, pour soi. Il s’agit bien d’un rapport avec l’autre comme son jardin secret, où on inviterait ses intimes. Cette valeur intime n’est évidemment pas systématique, et concerne les plus « addicts », génération Y.

Fonction poétique :

Certains messages ont une valeur poétique ( au-delà de la poésie ). La limitation des mots nécessite le bon choix. La sélection entre les mots  ( tu  es  lumineuse / un soleil / mon éclair ) est cruciale dans le message, par sens de l’économie. Le SMS renforce ce travail conscient ou inconscient de sélection [ qu’on appelle paradigme  ]. Le texto a la longueur du vers, et permet les messages construits plus aboutis.

On remarquera que cette fonction est  plus large que la poésie. Simplement on veut que le texto soit « beau » à lire.

Code et méta-langage du SMS.

L’aspect rudimentaire et concis du contenu des messages (limités à 160 caractères) est largement dû  au support media du SMS. En ce sens , le SMS est un formidable cas d’ école de l’impact technologique sur le mode de pensée de l’être humain.

Efficacité du code :

Dans l’écriture du SMS, il faut être efficace. Chaque lettre est importante, car en peu de mots, il faut écrire le message. Toute lettre inutile, ou tout mot ( comme les articles ou la conjugaison ) est donc purement rayée du texte.

Cette forme a également recours largement aux abréviations. L’apparition du phonème ( « oqp » pour «  occupé  ) réduit encore le code du message.

Le résultat est une perte de lisibilité du message. Il faut le lire à haute voix pour le comprendre ; le message doit être décodé par le destinataire ( comme les signes court et long du code télégraphique ). Sur ces messages courts, ce n’est pas très important. Il le serait s’il fallait lire un texte de plusieurs pages écrits en langage « sms ».

L’écriture « conventionnelle » grammatique permet une meilleure lecture du texte puisque le cerveau « imprime » les mots tout entier. Par leur graphie, ces mots deviennent des éléments identifiés ( et décodés ) immédiatement par le cerveau. Ils permettent de lire des romans entiers rapidement, sans mal de crâne à décoder chaque phrase ! Le langage classique est plus redondant, c’est-à-dire que la majorité des lettres est inutile. Après les lettres j,o,i , il y a peu de chances qu’on y trouve la lettre t,y ou w ; la probabilité d’y trouver un « e » ( joie ) frôle les 100%. On estime que la moitié de la langue anglaise est redondante. Le langage du SMS a bien intégré cette particularité. Lettre inutile est détruite !

La redondance permet cependant d’éviter l’incompréhension, ou une information mal codée. ( on se trompe sur une touche du clavier. Le mot « oqp » ( occupé ) devient « oqe » ( ok ! ) par une seule lettre. Et le message « j sui oqp » ou « j sui oqe » n’a pas le même sens. La redondance permet de palier ce qu’on appelle le « bruit », chère aux sciences de l’information [ Voir Contributions à la théorie mathématique de la communication, Shannon].

La forme du SMS a donc un code efficace, mais sujet à distorsion du sens.

On remarquera que c’est le media, par ses caractéristiques techniques, qui impose ce code, et cette nouvelle écriture. Les critiques de ce langage ( propre aux fautes d’orthographe ) pensent que cette nouvelle forme d’écriture supplente l’écriture usuelle, ce qui est une erreur. Le jeune ne parle pas « sms » ou n’écrit pas une dissertation entière en SMS. D’une part la profondeur lexicale est limitée à l’objet qu’on fait du SMS : les termes « ambolie », « inspection » ou « réutilisable » ont peu d’entrée dans la littérature « sms ». D’autre part, le jeune adapte son langage en fonction du niveau de communication. ( sms pour des textos à ses « potes », et écriture littéraire pour une dissertation ).

Enfin, la forme typographiée du SMS n’est pas nouvelle, elle existait déjà dans les annonces dans les journaux, où l’on réduit le texte par des abréviations, afin d’en limiter son coût.

On remarquera enfin le paradoxe d’un monde offrant autant de possibilité de s’exprimer  ( richesse de la langue ) que de revenir à un code qui peut paraître si archaïque.

Formes de méta-communication : le smiley ( ou émoticon ).

Au-delà d’une nouvelle forme de langage syntaxique, le SMS a créé un métalangage et de nouveaux messages méta-communicatifs. Il s’agit des émoticons ou smileys. Ils permettent par une unité de code d’ajouter une humeur au message.

Son utilisation ne se borne pas à indiquer son humeur (  je vais bien 🙂 ), mais elle fournit de vrais messages, en commentant littéralement le message qui lui est associé.

Exemple : Paul envoie à Jeanne le texto « tu es fatiguante 🙂 ». Le message « tu es fatiguante  » est un reproche net et précis ( là encore la forme du sms ne permet pas les nuances ). Cependant, le smiley indique à Jeanne qu’il ne faut pas comprendre l’information telle quelle, mais dans son contraire. « tu es fatigante mais je plaisante en te l’écrivant, tu es plutôt adorable ». Hormis son efficacité d’encodage ( une seule lettre pour de l’émotion ..), le smiley enrichit le message d’un sens, au-delà du texte. Ironie, humour, etc..

Le smiley illustre un cas de niveau de communication, telle que l’aborde Bateson, par les messages « ceci est une jeu », ou « messages cadre ».