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Fonctions du langage de Jakobson

Roman Jakobson ( 1896 – 1982 ) :

Né à Moscou, il fonde en 1915 le Cercle linguistique de Moscou. Jakobson s’attache dans ses travaux au poème, en approfondissant la forme. «  Le procédé, voilà l’unique héros de la littérature  » .

Récurrences phoniques, rythmiques, syntaxiques et sémantiques. Jakobson élargie la fonction poétique au delà de la littérature, dans la conversation, le langage.

Une jeune fille parlait toujours de l’ « affreux Fred ». Pourquoi affreux , et non pas horrible, insupportable, dégoûtant ? «  Je ne sais pas pourquoi , mais affreux lui va mieux ». Sans s’en douter, elle appliquait le procédé poétique de la paranomase [ se dit d’un mot inclus, totalement ou en partie, dans un mot ].  Le choix des mots, l’un plutôt qu’un autre ; la phonologie, le phonème, sont des axes de son travail. Jakobson souhaitait écrire un tableau des oppositions pertinentes entre les sons ou les phonèmes, conçus comme les atomes de nos phrases.

L’intérêt du texte ici est l’introduction dans la fonction du langage, calquées sur les « six facteurs inaliénables de la communication verbale ». Ces fonctions du langage dites de Jakobson sont une référence dans les études sur la communication.

[ Essais de linguistiques générale, 1963 ].

Roman Jakobson part du schéma de Shannon, concernant les éléments fondamentaux permettant une communication. Le destinateur envoie un message à un destinataire. Pour qu’il soit opérant, le message requiert d’abord un contexte, saisissable pour le destinataire. Pour qu’il soit reçu, le message nécessite un contact ; un canal physique ( une lettre, une ligne téléphonique ). Enfin , le message est construit sur un code ( une phrase par exemple ).

A ces six facteurs inaliénables de la communication, Jakobson y associe six fonctions du langage. «  La diversité du message réside non dans le monopole de l’une ou l’autre des fonctions, mais dans les différences de hiérarchie entre celles ci ».

Le destinateur ou fonction dite « expressive  » ou « émotive » :

Centrée sur le destinateur, « elle vise à une expression directe de l’attitude du sujet à l’égard de ce dont il parle. Elle tend à donner l’impression d’une certaine émotion. La couche purement émotive dans la langue est présentée dans les interjections. « Tt ! Tt », l’énoncé consiste en 2 clicks de succions. La fonction émotive, patente dans les interjections, colore à quelque degré tous nos propos. Un sujet utilisant des éléments expressifs pour indiquer l’ironie ou le courroux transmet visiblement une information ». Jakobson illustre l’exemple, souvent pris comme un exercice dans la pratique théâtrale de mettre sous un mot ( segodnja vecurom « ce soir » ) , une variété de situations différentes.

Fonction conative ou l’orientation vers le destinataire :

Elle trouve son expression grammaticale dans le vocatif et l’impératif. Les phrases impératives ( « buvez ! » ) s’écartent des phrases déclaratives par « l’épreuve de vérité ». Elles ne sont ni vraies, ni fausses. « Quand Nano dit « buvez », l’impératif ne peut provoquer la question « est ce vrai ou n’est ce pas vrai ».

La fonction phatique ou la présence du canal de communication :

« Il y a des messages qui servent à établir, prolonger ou interrompre la communication ; à vérifier si le circuit fonctionne («  Allo, vous m’entendez ? » ou attirer l’attention de l’interlocuteur : ou s’assurer qu’il ne relâche pas : «  vous m’écoutez ? » ). Cette accentuation du contact peut mener à des dialogues entiers dont l’unique sujet est de prolonger la conversation. L’effort en vue d’établir et maintenir la communication est typique du langage des oiseaux parleurs.

La fonction métalinguistique ou se concentrer sur le code :

Le métalangage n’est pas seulement un outil scientifique pour l’usage des linguistes. Il joue un rôle important dans le langage de tous les jours. Chaque fois que le destinateur / destinataire juge nécessaire de vérifier s’il utilise bien le même code, le discours est centré sur le code. : il remplit une fonction métalinguistique. «  je ne vous suis pas, que voulez vous dire ?  ». «  Que signifie sophomore ? Sophomore est un étudiant de seconde année ». L’apprentissage de la langue maternelle par un enfant jour largement de ces opérations métalinguistiques.

Fonction « référentiel » ou contexte :

Elle est la troisième personne, le « quelqu’un » ou le « quelque chose » dont on parle.

Fonction poétique :

Reste donc le message lui même, que Jakobson englobe dans la fonction poétique. « La visée ( Einstellung )  du message en tant que tel, l’accent mis sur le message pour son propre compte, est ce qui caractérise la fonction poétique du langage. Toute tentative de réduire la sphère de la fonction poétique à la poésie n’aboutirait qu’à une simplification excessive et trompeuse.

« Pourquoi dites vous toujours «  Jeanne et Marguerite », et jamais « Marguerite et Jeanne ». Ca sonne mieux ainsi. Jakobson rappelle les deux modes des opérations linguistiques : la sélection et la combinaison.

Sur le thème de l’enfant, le locuteur fait un choix parmi une série de noms existants : enfant , gosse, mioche, gamin. Ces mots sont plus ou moins équivalents. La sélection est produite sur la base de la similarité, dissimilarité, de la synonymie et de n’antinomie.

Pour commenter ce thème « enfant », le locuteur fait le choix d’un des verbes sémantiquement apparentés «  dort / sommeille / somnole ». Les deux mots choisis ( enfant dort ) se combinent dans la chaîne parlée. Cette combinaison, la construction de la séquence repose sur la contiguité. « La fonction poétique projette le principe d’équivalence de l’axe de la sélection sur l’axe de la combinaison. »

Six fonctions du langage sur six facteurs de la communication ; voilà l’instinct génial de Jakobson.

A nuancer : la communication, basée sur les théories scientifiques de Shannon ne doivent pas faire oublier que communiquer ne se réduit pas à véhiculer un message, mais donner tout ce qu’on communique : la parole , les intonations, les gestes, les silences. Eléments qui ne rentrent pas dans les concepts de Jakobson.

On lira un exemple pratique, sur les fonctions du langage : Les fonctions du langage Jakobson, par l’exemple.

Jakobson s’est inspiré du modèle défini par Claude Shannon, sur ces 6 fonctions du langage, basées sur les fondements techniques d’un modèle de communication unique : Claude Shannon, sur une définition mathématique de la communication. C’est l’intuition de Jakobson d’y appliquer les fonctions du langage associées.

Les fonctions du langage peuvent s’appliquer dans nos usages numériques, tels que les réseaux sociaux ( Facebook, Twitter ). On retrouvera un exemple de ces fonctions appliquées à Twitter, sur cette grille de lecture : Les 6 fonctions du langage de Twitter selon Jakobson.

On lira un exemple de fonction phatique, par le mot « bonjour », qui initie la communication sur le canal communicationnel : le bonjour ou une communication ordinaire.

La théorie décrite par Jakobson sur ces fonctions a été décriée, car elle limite les fonctions à une communication représentative ( rationnelle, voire digitale ), et centrée sur l’émetteur du message. Elle ne met pas en évidence les intéractions entre les personnes communiquant, et interagissant. La communication expressive est plutôt conceptualisée par l’école Paolo Alto.

On lira l’approche différente : une logique de la communication.

  • Textes relatifs :

La communication représentative, ou « télégraphique »

il n’y a que 6 fonctions du langage de Jakobson, et non sept comme le sous entend le roman « la septième fonction du langage » de Romain Bine

On lira également un avis sur le monde de la communication en entreprise. Dans le contexte des fonctions de Jakobson : La vie en entreprise, selon Jakobson.

Paul Watzlawick Une logique de la communication

Points de repère

Plus loin

Source 1967. Une logique de la communication. Watzlawick, Janet Helmick Beavin, Don Jackson.

« La logique de la communication » est un texte célèbre des recherches du Mental Research Institute de Palo Alto, de psychiatres. Les axiomes de la communication de l’école Palo Alto, de Watzlawick.

Elle remet en perspective de la dimension relationnelle de la communication.

Communiquer n’est pas seulement envoyer une information d’un émetteur isolé dans l’absolu à un destinataire, comme le suggère la théorie mathématique de Shannon.

Communiquer c’est composer avec les autres ; on ne communique pas qu’avec des mots, mais avec tout son corps. « La logique de la communication » s’intéresse ainsi à la pragmatique, c’est-à-dire la relation de sujet à sujet dans l’échange.

Proposition pour une axiomatique de la communication.

1  L’impossibilité de ne pas communiquer.

« Le comportement n’a pas de contraire ». Autrement dit il n’y a pas de « non-comportement ». Notre comportement a valeur de message, pourrait on dire.

Dans une intéraction, un échange à partir où il y a 2 sujets au moins, le comportement a valeur de message, « c’est-à-dire qu’il est une communication, il suit qu’on ne peut pas ne pas communiquer ».

Même dans le silence. Un passager dans un aéroport qui ferme les yeux, assis en silence, signifie aux autres passagers qu’il veut rester tranquille, qu’il ne faut pas le déranger.

On ne peut pas dire qu’il n’y ait communication que si elle est intentionnelle, consciente ou réussite. Comme l’exemple du passager. Communiquer, ce n’est pas forcément volontaire.

On remarquera que la communication n’est  pas que verbale, mais se manifeste par des gestes, des postures, des intonations.

2 Niveau de la communication : contenu et relation / 2 approches de la communication.

Les auteurs se réfèrent aux termes empreintés à Bateson : « l’indice » et « l’ordre » .

« Une communication ne se borne pas à transmettre une information, mais induit en même temps un comportement ». Ces 2 opérations représentent l’aspect « indice » et « ordre » de toute communication. « Un message sous son aspect d’indice transmet une information ; dans une communication humaine, ce terme est donc synonyme de contenu du message ».

« L’aspect ordre désigne la manière dont on doit entendre le message, et donc la relation entre partenaires ».

Exemple. Soit les 2 messages « Desserre l’embrayage progressivement et sans à coups » et « tu laisses aller l’embrayage et la transmission sera cassée en un rien de temps ». Les 2 messages ont le même contenu informatique, mais la relation, la façon de prendre le message n’est pas la même.

[ on remarquera que dans une relation spontanée et « saine », la relation est rarement explicite ou consciente ; et passe au second plan. Les relations « malades », se caractérisent au contraire par un débat incessant sur la nature de la relation, et le contenu de la communication finit par perdre son importance ].

[ en informatique, la communication avec une machine nécessite également ces aspects « indice » et « ordre » ; les indices étant les données ( exemple : 2 chiffres) et l’ordre une information sur la façon dont on doit considérer les donnés ( multiplier les 2 chiffres ). C’est une méta information, par ces instructions ].

Cette méta communication peut être :

–          Verbale (« je plaisantais »).

–          Non verbale ( par le sourire, le cri ).

–          Définie par le contexte où s’effectue la communication ( entre soldats en uniformes ou sur la piste d’un cirque ).

Toute communication présente 2 aspects : le contenu et la relation, tels que le second englobe le premier et par suite est un méta-communication.

3  Ponctuation de la séquence des faits.

Une série de communication peut être considérée comme une séquence ininterrompue d’échanges. « Les partenaires introduisent dans ce que Bateson et Jackson on appelé « la ponctuation de la séquence des faits ». Dans une séquence, le sujet « stimule » un échange et le destinataire envoie une réponse. « Dans un long échange, les êtres humains ponctueront de fait les séquences de manière que l’un et l’autre paraîtra avoir l’initiative, ou la prééminence ou un statut de dépendance.

La nature d’une relation dépend de la ponctuation des séquences de communication entre les partenaires.

4  Communication digitale et communication analogique.

« Les unités fonctionnelles ( ou neurones) du système nerveux central reçoivent ce qu’on appelle des «  quantas » d’information qui excitent ou inhibent son excitation. On peut considérer ainsi que l’information transmise est digitale binaire.

A la différence du système neuro-végétatif qui communique en envoyant dans la circulation des quantités discrètes de substances spécifiques. Ce mode de communication est analogique. Certaines machines sont digitales ( ordinateur ), ou analogique ( système à dents crantés ).

Dans la communication on peut désigner les choses par des dessins, des images. Cette communication, par la ressemblance est analogique.

On peut aussi désigner les choses par des mots, de façon arbitraire ( le mot « chat » ne ressemble pas à un chat ). La communication analogique est tout ce qui n’est pas verbal.

L’homme est un des seuls organismes à utiliser ces 2 modes de communication.

La communication analogique est du domaine de la relation. « Bateson a montré que chez les animaux, les mouvements signalant une intention et les signes indicatifs de l’humeur étaient des communications analogiques par lesquelles ils désignaient la nature de leurs relations, au lieu de désigner par là des objets ». Exemple, si j’ouvre le réfrigérateur et que le chat vienne se frotter contre mes jambes en miaulant, cela ne veut pas dire «  je voudrais du lait », mais renvoie à une relation spécifique «  Sois une mère pour moi ». Parce qu’un tel comportement ne s’observe que chez les chatons envers les chats adultes, mais jamais entre deux animaux adultes.

« Inversement, les animaux ne comprennent pas nos mots, mais toute la richesse analogique dont s’accompagnent les paroles ». Cette communication semble plus archaique.

La communication digitale permet la logique. Mac Culloch et Pitts [ A logical calculus of the ideas immanent in nervous activity, 1943 ] ont montré que les 16 fonctions de vérité de calculs se représentent en combinant les opérations élémentaires « et », « ou », et « non ».

Dans la communication analogique, cela n’est pas possible. La valeur négative n’existe pas.

De fait, la complexité et l’abstraction du matériel digital sont beaucoup plus grandes que l’analogique. Difficile de représenter par une image un concept qui n’a pas de similitude, ressemblance avec le réel.

Les larmes peuvent être de joie ou de pleurs ; le sourire peut traduire la sympathie ou le mépris. Ces messages analogiques sont ambigus. La communication analogique ne possède pas de discriminants, indiquant en face de 2 sens contradictoires lequel il faut prendre. L’homme doit sans cesse traduire l’un dans l’autre.

Les êtres humains usent de 2 modes de communication : digital et analogique. Le langage digital possède une syntaxe logique très complexe et très commode, mais manque d’une sémantique appropriée à la relation. Par contre, le langage analogique possède bien la sémantique, mais non la syntaxe appropriée à une définition non équivoque de la nature des relations.

Les erreurs de communication, relatives aux axiomes de Watzlawick

Aux axiomes définis plus haut, par Paul Watzlawick, les erreurs de communications usuelles sont décrites, ici :

Il n’est pas possible de ne pas communiquer. Ces erreurs font référence aux déni, aux essais de ne pas vouloir communiquer.

Erreur de communication : si tu m’aimais tu aimerais l’ail : ces erreurs font référence à la superposition des messages contenu et relation.

Erreur de com’? la joie ou la tristesse de la larme : les problèmes de traductions entre communication analogique et digitale.

Erreur de com ? Personne ne m’aime : les problèmes de ponctuation des relations.

Apports de l’école Paolo Alto dans la communication des réseaux sociaux :

La communication sur les nouveaux supports numériques ( mail, réseaux sociaux comme Facebook ) n’utilise que la communication digitale. On lira l’article La communication sur les réseaux sociaux.

Claude Shannon Théorie mathématique de la communication

Points de repère

Plus loin

Source Claude Shannon [1916-2001]. 1948, Mathematical Theory of Communications .

Introduction

Voilà un des textes les plus essentiels qu’on puisse connaître dans un siècle. Comme la théorie générale de Darwin. Ce texte définit une science de l’information, et une théorie mathématique, qui permet aujourd’hui d’écouter la 5ème symphonie de Mozart sur son i-phone, user de l’ordinateur, de la télévision, du fax. Claude Shannon a dématérialisé tout contenu de communication en suite logique de « bits ». Peu importe le contenu ( visuel, son, ..).

Avant Shannon, on pressentait qu’un message, télégraphique par exemple, pouvait être codifié, transporté, et « redéballé » pour le restituer à l’humain. Les laboratoires Bell travaillaient déjà sur le sujet. Robert Wiener, maître de Shannon, par ses réflexions sur la probabilité des états de transmission d’un signal a influencé cette théorie.

L’apport de Shannon a été de cristalliser des courants de pensée, et les formaliser dans ce texte essentiel.

On n’abordera pas ici les théorèmes relatifs à la capacité d’un canal de communication à transmettre la quantité d’information.

Système de communication.

Claude Shannon définit le système de communication [ schéma de Shannon ] :

Modèle de communication de Shannon

source → encodeur → signal → décodeur → destinataire, dans un contexte de brouillage

L’information.

Shannon définit la notion d’information, d’un point de vue scientifique.

L’information est une mesure scientifique. Elle n’a pas de lien avec la signification en tant que telle d’un message. Il s’agit bien d’une théorie des signaux. On ne s’intéresse pas au sens des messages. C’est ce qui fait la force de cette abstraction. « il n’y a de science que le général ». Shannon refuse la spécificité du message ( sa signification par exemple ) au profit de ses caractéristiques physiquement observables. C’est en cela que « par une série d’élargissements successifs, un modèle de communication partant de l’échange de signes parfaitement définis depuis un point jusqu’à un autre », Claude Shannon a pu intégrer plus globalement ensuite la musique, la parole, l’image.

L’information est une mesure de la liberté de choix, dont on dispose lorsqu’on sélectionne un message. Une mesure mathématique de l’originalité de la situation, créée au récepteur par l’avènement d’un message.

Lorsque j’ai le choix entre 2 messages («  noir  » ou « blanc  »), j’ai deux possibilités que je représente par 0 ou  1. Plus généralement, la quantité de l’information est définie par le logarithme du nombre des choix possibles. 2 puissance n, lorsqu’il y a n choix possibles. Pour le choix le plus simple, l’unité d’information est 2  (2 puissance 1 ). Cette unité d’information est appelée bit ( mot proposé par John W. Tukey pour « binary digit » ).

De sorte que le « digit binaire » ou « bit » est naturellement associé à une situation de double choix constituant une unité d’information. Dans un système à 3 choix possibles, j’ai 2 puisse 3 soit 8 possibilités, formalisée par 000, 001, 010, 011, 100, 101, 110, 111.

Entropie et probabilités d’information.

Plus on a le choix dans l’élaboration des messages, plus la probabilité de choisir un des messages est forte,  et plus grande est l’information. ( entropie forte ).

Plus une situation est hautement organisée et prédictive ( « le soleil se couche en fin de journée »), le  hasard ou le choix sont limités, plus l’information ( ou entropie ) est faible.

« La quantité précisément nécessaire à l’établissement de l’information correspond exactement à la notion thermodynamique d’entropie. Elle s’exprime en termes de probabilités. Celles nécessaires pour l’accession à certains stades de processus de formation des messages, et celles une fois ces stades atteints, prévoyant le choix suivant de certains symboles. »

Soit le mot « joie » ; le « e » est déterminé, ne laisse pas le choix à celui qui écrit le mot. Il s’agit de la fraction de structure de message qui est déterminé non par le libre choix de l’émetteur mais plutôt par des règles statistiques admises gouvernant l’emploi des symboles en question ( ici la langue française ). On l’appelle « redondance », car cette fraction du message n’est pas nécessaire, et redondante.

Le bruit.

Le bruit modifie le message, lorsqu’il y a parasite sur une ligne téléphonique par exemple. Une erreur dans la transmission du message. Ces éléments « perturbateurs » de la transmission sont appelés « bruit ». Naturellement on peut penser que le bruit abime le message transmis ( on n’a pas tout entendu ),et donc que l’information transmise diminue . Paradoxalement, l’incertitude du message augmente, et donc l’information.

L’impact de ce texte est fondamental. Sa synthèse d’une dimension communicationnelle de son modèle a inspiré les linguistiques.

Jakobson, par exemple, s’est inspiré du modèle de Shannon , pour structurer les 6 fonctions du langage. Ses études ont elles même marqué les sciences linguistiques.

Au code, émetteur, destinataire, canal,   message et bruit, Jakobson en a déduit les fonctions du langage ordinaire : les 6 fonctions du langage de Jakobson

Ce texte reste moderne : aujourd’hui avec les nouveaux réseaux sociaux, ces concepts demeurent.

On lira ainsi : les 6 fonctions de Twitter, selon Jakobson : un exemple appliqué à ce réseau social

Le modèle de Shannon a structuré toute une école de la pensée autour de la communication. On lira cette évolution : l’évolution du concept de la communication.

Claude Shannon : en savoir plus !

Claude Shannon a laissé son nom à un prix décerné chaque année par l’association de la théorie de l’information (IEEE), pour récompenser les avancées sur la théorie de l’information. Site officiel : IEEE Information Theory Society.

Claude Shannon a vraiment bousculé notre monde.

Aujourd’hui, le bit, l’octet ont permis de révolutionner le monde. Notamment le monde numérique : les photos, les textes, les vidéos, et bientôt le monde des objets connectés du monde réel suivent ce même trajet, tracé par Claude Shannon.

D’un point de vue humain, l’être humain est ainsi devenu numérique, extension d’un monde improbable : le bit ou la sueur de la vie numérique

 

 

Von Neumann L’ordinateur et le cerveau

Points de repère

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L’ordinateur et le cerveau ( 1958 ).

Source « L’ordinateur et le cerveau », suivi de « les machines molles de Von Neumann », 1992.

John Von Neumann est mathématicien hongrois. Il fut l’un des fondateurs des neurosciences ( modélisation du cerveau par les mathématiques ), l’informatique, et l’investigation physico-chimique. On lui doit la construction de la théorie de l’informatique ( appelée architecture de Von Neumann ), qui distingue le hardware ( quincaillerie ) et le software ( logiciel ).

Dans ce texte, Von Neumann s’intéresse au matériel, le fonctionnement microscopique réel du cerveau. Von Neumann compare ici la structure du cerveau et celle de l’ordinateur. Dans ses similitudes et différences. On n’abordera pas ici les comparaisons chiffrées ( en capacité de traitement, et en volume de composants  électroniques des transistors) puisqu’elles ont largement évoluées depuis l’écriture du texte.

Description simplifiée des fonctions du neurone.

« Le composant de base est la cellule nerveuse, le neurone. Sa fonction est d’engendrer et de propager un influx nerveux. Ce processus d’influx comporte une variété d’aspects : électriques, chimiques, mécaniques.

La cellule nerveuse consiste en un corps dont partent directement ou indirectement un ou plusieurs branches. Ces branches sont appelées axones de la cellule.

L’influx nerveux est un changement continu, qui se propage habituellement à une vitesse fixe, le long de l’axone : la perturbation électrique a un potentiel de l’ordre du 50 mVolt, et d’une durée environ d’1 ms. »

Il ne s’agit pas que de perturbation électrique, mais aussi de changement :

–         Chimique : la constitution du fluide intercellulaire change.

–         Electro chimique : les propriétés des parois de l’axone, la membrane, change : conductivité, perméabilité.

–         Mécanique : les changements des différentes perméabilités ioniques produisent une réorientation de ses molécules ( par des changements mécaniques ).

« Ces changements sont réversibles : quand l’influx a passé, toutes les conditions qui prévalent le long de l’axone et toutes ses parties constituantes reviennent à leurs états initiaux ».

Tous ces changements ont lieu à l’échelle moléculaire ( l’épaisseur de la membrane de quelques dizièmes de micron 10-5 cm ), et les distinctions chimiques, électriques et mécaniques peuvent se confondre et interagir entre eux.

Le processus de stimulation.

Le processus d’induction ( la stimulation d’un influx nerveux ) peut réussir ou échouer. « Si elle échoue, une perturbation passagère se produit d’abord, mais après quelques millisecondes, elle s’éteint. Dans ce cas, il ne se propage pas de perturbations le long de l’axone. Si elle réussite, la perturbation prend très vite une forme standard, et c’est sous cette forme qu’elle se propage le long de l’axone. Les récepteurs de stimulations sont appelés dendrites. La stimulation lorsqu’elle vient d’une autre impulsion émane d’une terminaison spéciale de l’axone, la synapse.

Caractère digital de l’impulsion.

« Il est clair qu’on peut considérer les impulsions nerveuses comme des marqueurs ( à 2 valeurs ) au sens discuté précédemment : l’absence d’une impulsion représente alors une valeur ( disons le chiffre binaire 0 ) ,et la présence d’une impulsion l’autre valeur ( disons le chiffre binaire 1 ).

« Le neurone est donc un organe qui reçoit et émet des entités physiques définies, les impulsions. En règle générale, cette impulsion est conditionnelle, c’est-à-dire que seules certaines combinaisons et synchronismes d’impulsions primaires de ce type stimulent l’impulsion secondaire en question. Sinon il n’émettra rien. Cette description correspond à toute évidence à celle du fonctionnement d’un organe dans une machine digitale.

Stimulation par d’autres impulsions nerveuses.

La sortie normale d’un neurone est l’impulsion nerveuse standard. Elle peut être induite par diverses formes de stimulation, y compris par diverses formes de stimulations, y compris d’une ou d’autres impulsions venues d’autres neurones. D’autres sources possibles de stimulation sont les phénomènes du monde extérieur, auxquels le neurone est sensible ( comme la lumière, le son, la pression, la température ), et les changements physiques et chimiques intervenant dans l’organisme à l’endroit où le neurone se trouve stimulé.

Logiques élémentaires ET / OU.

Si un neurone entre en contact par les axones de 2 autres neurones ( par l’intermédiaire de leurs synapses), et si la condition minimale de stimulation de ce neurone est qu’interviennent 2 impulsions simultanées, alors nous dirons que ce neurone est en fait un organe conjonctif ( ET ) : il effectue l’opération logique de conjonction ( verbalisé par « et » ), puisqu’il ne répond que quand ses stimulateurs sont simultanément actifs. Si, d’un autre côté, la condition minimale est seulement l’arrivée d’une impulsion (au moins), le neurone est un organe disjonctif ( ou ) , c’est-à-dire qu’il effectue l’opération logique de disjonction ( verbalisé par « ou ») ; puisqu’il répond quand l’un ou l’autre de ses stimulateurs est actif.

« et » et « ou » sont les opérations de base de la logique. Avec l’opérateur « non », elles permettent de déduire toutes les autres opérations logiques.

Une stimulation plus complexe, limite du cerveau à l’ordinateur.

Van Neumann précise lui-même que ce fonctionnement est simplifié, et une idéalisation de la réalité.

« Certaines neurones ont des synapses avec les axones de nombres autres neurones. Dans certaines circonstances, plusieurs axones issus d’un seul neurone forment des synapses sur un autre. On voit donc que les stimulateurs possibles sont nombreux, et que les structures de stimulation susceptibles d’être efficaces doivent être définies de manière plus complexe que dans les schémas de « et » et « ou » décrits ci-dessus.

S’il y a de nombreuses synapses sur un neurone :

1.      Le neurone réagira s’il reçoit un certain nombre minimal d’impulsions nerveuses ( pas forcément 2 dans le cas de « et »).

2.      Le neurone réagira en fonction des relations spatiales de ces synapses, en fonction qu’elles couvrent certaines zones, comme le corps du neurone, ou son système dendritique. Le seuil comme la présence d’un ensemble simultané d’impulsions stimulatrices n’est pas défini uniquement comme un nombre minimal à franchir, mais plus complexe.

3.      Récepteurs externes / internes.

La stimulation des récepteurs peut être l’intensité minimale de l’agent stimulant ( intensité minimale de la lumière, augmentation de la température ).

Cependant il ne s’agit pas de niveau minimal qui entre en jeu, mais à un changement.

Exemple du nerf optique : de nombreux neurones répondent à un changement d’éclairage ( dans certains cas de la lumière à l’obscurité ) et non à l’intensité minimale de la lumière. C’est l’augmentation ou la diminution qui fournit le critère de simulation ( id est la valeur de sa dérivée et non sa valeur ).

4.      Au-delà de l’aspect digital du cerveau humain, certaines complexités jouent aussi du cerveau humain ; certaines complexités jouent ainsi un rôle analogique, ou en tout cas « mixte ». Des effets électriques globaux peuvent influencer le fonctionnement du système nerveux. « Il se pourrait que certains potentiels électriques généraux jouent un rôle important et que le système réponde globalement aux solutions des problèmes potentiels théoriques.. Problèmes moins élémentaires que par des critères digitaux explicités plus hauts ». Néanmoins, comme le système nerveux est d’abord digital, de tels effets, s’ils sont réels, interagiraient probablement avec des effets digitaux. De sorte que l’on se trouverait en présence d’un système « mixte » plutôt qu’un système purement analogique ou digital.

Austin, Quand dire c’est faire

Points de repère

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Source : J.L Austin, « Quand dire c’est faire », 1962.

« Je te prends pour épouse » , cette phrase est plus qu’une description de la réalité, c’est une action. Les mots ont une action. Voilà le sujet de J.L. Austin.

Le langage décrit la chose, l’énonce. Il est extérieur au réel, et a une valeur énonciatrice. La découverte d’Austin, philosophe anglais, est ce qu’on appelle « les énonciations performatives ». Lorsque je dis « oui, je te prends pour épouse », il ne s’agit pas de décrire une chose, ou faire un reportage sur le mariage, mais il s’agit d’un acte. On ne décrit pas l’état des choses, mais on modifie l’état des choses et du monde. S’unir à jamais avec l’être aimé.

Austin découvre la distinction entre les 2 jeux de langage : le constatif et le performatif.

En ce sens, il ouvre une nouvelle réflexion sur la communication qui  n’est pas qu’échange des messages, des informations, mais produire le monde.

Sa première conférence part de l’histoire des philosophes qui se limitaient à définir si une chose est vraie ou fausse ; qu’il n’y a qu’affirmation [ statement ] qui ne pouvait que « décrire » un état des choses. Austin découvre que parler, c’est agir.

Pour les philosophes, certaines affirmations, douteuses, étaient reléguées au « non sens ». Il s’agit des affirmations, avec les auxiliaires « pouvoir » ou « devoir », souvent des phrases à la 1ere personne du singulier de l’indicatif présent. Austin considère qu’à force de les mettre de côté, ces affirmations douteuses doivent être analysées…

Catégorisation des énoncés performatifs.

« on peut trouver des énonciations qui satisfont ces conditions et qui pourtant :

A)     Ne décrivent, ne rapportent, ne constatent absolument rien, ne sont pas vraies ou fausses ; et sont telle que

B)      L’énonciation de la phrase est l’exécution d’une action ( ou une partie de son exécution ) qu’on ne saurait décrire tout bonnement comme étant l’acte de dire quelque chose.

Exemples :

E, a ) : Oui [ je le veux ] ( c’est-à-dire je prends cette femme comme épouse légitime ) ; ce « oui » étant prononcé au cours de la cérémonie de mariage.

E, b) : « je baptise ce bateau le « Queen Elizabeth », comme on dit lorsqu’on brise la bouteille contre la coque.

E, c) : «  je donne et lègue ma montre à mon frère », comme on peut lire dans un testament .

E,d) : «  je donne et lègue six pence parce qu’il pleuvra demain ».

Pour ces exemples, il semble clair qu’énoncer la phrase ( dans les circonstances appropriées, évidemment ) , ce n’est ni décrire ce qu’il faut bien reconnaître que je suis en train de faire en parlant ainsi, ni affirmer que je le fais : c’est le faire. »

Les énonciations ne sont ni vraies ni fausses. Austin appelle ces énonciations comme phrase performative , dérivé de l’anglais « perform », action.

D’autres termes sont possibles : énonciations « contractuelles » ( « je parie »), ou déclaratoires ( « je déclare la guerre »). Voire l’impératif.

Prononcer ces mots peut être capital ( comme le message ou la déclaration de guerre ).

Austin insiste que les circonstances doivent être appropriées. Pour se marier, il faut que je ne sois pas déjà marié ( au sens chrétien ). Pour déclarer la guerre, il faut que je sois bien la personne appropriée ( un chef d’état ). Pour un pari, il faut qu’il y ait un partenaire qui l’accepte ( je dis « d’accord » par exemple ). Austin précise encore que ces mots doivent être prononcés « sérieusement », et qu’il s’agit d’un acte intérieur, voire spirituel. «  Notre parole, c’est notre engagement ».

Austin parle des conditions de « malheurs » ( infelicities ) que rencontrent les propositions performatives. Lorsque les conditions ou contexte ne sont pas réunis, ces propositions sont « malheureuses » car déplacées, sans action. Par exemple, si la phrase « la scéance est ouverte » est prononcée par le président autorisé de l’assemblée, un nouvel état au monde apparaît ( la réunion débute ). Par contre si c’est le pompier de service qui l’annonce, la proposition performative est nulle.

L’énonciation vraie ou fausse de ces affirmations n’a pas lieu d’être. « en aucun cas nous ne disons que l’énonciation était fausse », mais plutôt que l’énonciation ou mieux l’acte ( la promesse par exemple ) était nulle et non avenue [void], ou non exécutée.

La découverte des énonciations ( et non des énoncés ) performatives a eu un grand retentissement, à l’époque, et une grande influence de John L. Austin ; bien que ce philosophe anglais soit mort à 48 ans.

Le pouvoir des mots, ou l’insulte comme agression.

L’insulte est une expression, un comportement dégradant, offensif vers celui à laquelle on l’adresse.

L’insulte est en ce sens un acte performatoire : celui qui veut insulter veut déstabiliser, anéantir celui à qui l’insulte est adressée. Et c’est le cas, souvent. A « Sale Pédé », ou « Sale noir », ou « salope », l’insulté intègre ces mots, et le change même physiquement : peur ,  suée, colère.

Les mots ont ainsi une valeur d’action réelle, ici évidemment nuisible.

On lira le texte associé à l’insulte comme acte dégradant et productif d’une réalité soumise : L’insulte ? réagir.