le blog et le sophiste

Les lycéens se souviendront de leurs cours de philosophie où l’on étudiait « les sophistes ». On se souviendra de Protagoras : « l’homme est la mesure de toute chose ». C’est la sensation qui guide la vérité. Tout est vrai, tout est faux. C’est l’efficacité de la parole qui dit si c’est juste ou faux. Si c’est meilleur ou pire. Et non réfléchir à l’adéquation du discours à l’être. [ logos ].

Les sophistes « parlaient à » et non « parlaient de ». En ce sens, ils ont libéré la parole, et ouvert la perspective du média, la parole. Et tourné un grand pas dans l’histoire des médias, et de la communication, qu’on a qualifié dans les années 1980 de « linguistic turn ».

Dans l’agora de l’antiquité, les meilleurs discours usent de la persuasion, de la rhétorique, des « belles phrases ». Les grands communicants sont rois. A la tribune. Aujourd’hui, à la télévision ( souvenons nous du grand Bernard Tapie ).

Les nouveaux sophistes ont trouvé leur nouvelle agora, place publique : le blog. Mais pour sortir de l’opinion, propre au café du commerce dont regorge internet, n’est pas sophiste qui veut.

Aujourd’hui, c’est possible, il faut en avoir la technique. Avec la même efficacité, et la même envie de bousculer l’ordre établi, l’institution, la culture, et… Platon… Allez bloguez !

Bateson jeu de singes et les messages métacommunicatifs

Grégory Bateson – Vers une écologie de l’esprit, 1977.

Points de repère

Point de repère

Intéressons nous à Grégory Bateson ( 1904 – 1980 ), anthropologue anglais.

Dans la communication, il distingue les messages usuels et certains d’une autre classe, qui renversent la structuration usuelle qu’on en voit de la communication. Des signaux qui englobent et transforment les niveaux de communication.

G. Bateson reste concret dans ses recherches. Il travaille d’ailleurs en Nouvelle Guinée, dans l’étude du comportement des animaux. C’est de ses observations qu’il construit ces réflexions, et met en lumière la notion de « cadre – jeu », que nous aborderons ci après.

Niveaux de communication verbale.

Dans la communication, on distingue plusieurs niveaux :

  • Le niveau dénotatif : le message illustre un fait : « le chat est sur le paillasson ».
  • Le niveau métalinguistique : le message explicite ou implicite où l’objet du discours est le langage. ( « le mot chat n’a pas de griffe ». )
  • Le niveau métacommunicatif : l’objet du discours est la relation entre les locuteurs (« me dire où s’est caché le chat est gentil de votre part »).

Il existe une autre classe sur la façon doivent être interprétés ces messages.

Une étape importante de la communication est de saisir qu’un message peut être interprété par celui qui le reçoit, et ne pas le prendre pour tel.

Ne pas répondre de manière « automatique » au message, mais intégrer le fait qu’il peut être faux, exagéré, amplifié.

Et comprendre que le signal a été émis dans d’autres finalités que ce que le message lui-même signifie.

Le signal n’est pas que signal. Généralement, nous y répondons souvent comme des stimulis. Les phéromones sexuels pour un mammifère qui d’instinct réagit ; la publicité qui réussit à vendre le gout de l’arôme d’un café, sans que l’on prenne conscience que le message publicitaire est faux.

Ceci est un jeu.

C’est au zoo de Fleishhacker, de San Fransisco que Bateson fait sa découverte. Il recherche si un organisme donné est capable d’assumer qu’un signe qu’il émet ou qu’il reçoit est un signal, c’est-à-dire qu’il comprend que le signe n’est pas que message brut, mais qu’il doit être interprété. Ou que ce signe est volontairement un signal, un message.

« Je savais, évidemment, qu’il était peu vraisemblable de trouver des messages dénotatifs chez des mammifères non humains ; ce que je ne savais pas encore c’était que les données fournies par le monde animal m’obligeraient à réviser complètement ma pensée. Et pourtant ce que j’ai vu au zoo, ce n’était qu’un phénomène banal, connu par tout le monde : j’ai vu jouer deux jeunes singes : autrement dit, deux singes engagés dans une séquence interactive dont les unités d’actions, ou signaux, étaient analogues mais non pas identiques à ceux du combat, il était évident aussi que pour les singes eux-mêmes ceci était un « non-combat ». Or ce phénomène où le jeu n’est possible que si les organismes qui s’y livrent sont capables d’un certain degré de métacommunication, c’est-à-dire s’ils sont capables d’échanger des signaux véhiculant le message : « ceci est un jeu ».

Ainsi lorsque le singe imite un coup donné , il envoie un signal signifiant « le signe de te frapper n’est pas un vrai coup, mais il faut le considérer comme un  ».

Ainsi la communication (non verbale) du singe vaut ( dénote ) pour un coup mais n’en n’est pas un. Les actions du jeu sont liées à d’autres actions, du « non jeu »

D’autres exemples nourissent ces mêmes niveaux de communication :

La menace (  « je fais mine de faire peur » ), la tromperie ( singes hurleurs ), la parade.

Ces signes ( le bâton levé en l’air, le cri de menace ) ne sont pas réels ( la baton n’est pas lancé ,etc.. ), mais ils « valent pour » la blessure si le bâton était lancé.

Dans la communauté humaine, ces messages métacommunicatifs foisonnent : la simulation du théatre (où on joue), le bluff, le jeu…

L’intérêt des recherches de Bateson est que ces niveaux de communication préexistent avant même l’intellectualisation ou la conscience et avant même la communication dénotative,  ou préverbale  des animaux. L’animal, lorsqu’il joue, communique sur quelque chose qui n’existe pas.

Ces éléments sont à  approcher des notions suivantes ( non développées dans cette analyse ) :

–          La carte et le territoire [ Korzybski ] : le singe assimile la carte et le territoire : la carte étant le terrain de jeu, et le territoire les actions de jeu et de « non jeu » .

–          La notion du « message-cadre »  qui précise à quel niveau de communication nous dialoguons.

–          Le paradoxe d’Epiménide sur lequel Bateson se penche dans l’article (Vers une écologie de l’esprit ), et qui dévoile les imbrications entre des niveaux d’abstraction de la communication différentes.

Norbert Wiener ou la cybernétique pour un monde mieux communiquant

Plus loin

Point de repère

Pourquoi la cybernétique ?

L’apport de Wiener dans les sciences de l’information est intéressant, car il met en lumière les concepts clés de la communication. Norbert Wiener s’intéresse aux échanges d’information autour de l’objet  ( et l’être humain ) plutôt que le contenu de l’objet  (ou la pensée de l’être humain ). Il introduit la cybernétique : le pilotage des messages dans leur efficacité. Il applique ces concepts autant aux machines qu’à la société humaine en général. « vivre, c’est communiquer efficacement ». L’homme est un réseau de communication. Et mieux vivre ensemble, c’est mieux communiquer.

Pendant la seconde guerre mondiale, Norbert Wiener travaille sur l’amélioration des batteries anti-aériennes afin de les automatiser. 2 points importants à évoquer. D’une part, anti militariste, il refuse de travailler sur le projet Manathan ( la mise au point de la bombe atomique ). Cela expliquera la démarche du scientifique plus tard.

D’autre part, son travail sur les batteries anti-aériennes définit clairement la cybernétique. Ou l’art de « gouverner », ou de piloter. Ses recherches consistent à pouvoir définir de manière prédictive la position d’un missile ou bombe, en fonction de sa trajectoire.

Rétroaction et information

R. Wiener introduit la notion de rétroaction, concept clé de la cybernétique.

Comme le missile anti balistique, Norbert Wiener prend l’exemple du canonnier qui doit ajuster la mesure de l’huile de son canon afin d’atteindre une cible. En fonction de la où tombe le projectile, le canonnier augmente ou pas la quantité d’huile du canon. Il effectue ce réajustement jusqu’à ce que le projectile atteigne sa cible. Comme le mouvement du chaton qui s’ajuste pour au final attraper une pelote de laine.

Ce principe de rétroaction vaut aussi bien pour les machines ( portes automatiques qui en fonction d’un capteur ouvre ou ferme au bon moment les portes, via un capteur ) que l’être humain. Les recherches de N. Wiener, si elles s’intéressent à la machine et l’homme,  les mettent au même plan :

  • La machine/l’homme  capte des signaux via un capteur ( photo sensoriel  par exemple ). ( Input ).
  • Renvoie un signal ( Output ) ( fermeture de la porte / mouvement corporel du bras ).
  • Via un programme (  calcul en fonction de paramètres ).
  • Les paramètres nécessaires au programme sont le signal reçu (input) et des variables intermédiaires  stockées ( permettant de gérer la rétroaction au fil du temps ). Il s’agit de la mémoire.

L’homme comme la machine sont vus comme une « boîte noire ». Toute la recherche de N. Wiener est de s’intéresser aux échanges entre les Entrées/Sorties, plutôt qu’à son contenu. ( L’intelligence artificielle procède de ce fonctionnement ).

« L’homme est plongé dans un monde qu’il perçoit par l’intermédiaire de ses organes. L’information qu’il reçoit est coordonnée par son cerveau et son système nerveux, jusqu’à ce que, après le processus convenable d’emmagasinement, de collation, et de sélection, elle soit diffusées à travers des organes de l’action, ses muscles généralement ».

L’intérêt d’une information ou d’un signal réside dans son efficacité et son contrôle, afin de réaliser au mieux l’action , le résultat souhaité.

Pilotage de l’information contre un monde en dégénérescence.

Comme on l’a vu précédemment , l’information est destinée à adapter le processus d’une machine à sa finalité.

Le corps humain utilise ce mécanisme de rétroaction, par l’homéostasie.

L ‘homéostasie est la capacité à un système ( dont le corps humain ) à conserver son état d’équilibre. Par exemple, le corps humain opère en permanence à conserver une température de 37 degrés. Toute anomalie ( extérieure ou intérieure au corps ) est compensée ( par le déclenchement de sueur, de modification de la peau ) pour rester à cet état stable. Cette lutte et résistance aux modifications, aléas extérieur est permanente.

La vie d’ailleurs en général  est une lutte contre l’aléa qui la menace, et la dégénérescence. Se nourrir, se battre , résister contre le désordre du monde extérieur.

L’ époque de N.Wiener  d’après guerre influe beaucoup sur ces réflexions. Le monde d’après- guerre ( la bombe atomique, la guerre froide) inspire une explosion de signaux inquiétants, propre à plonger le monde dans le chaos. Les recherches sur l’entropie, où le système physique finit dans un monde d’instabilité maximale pousse N. Wiener à s’intéresser sur ce qui justement va réduire l’incertitude. La communication permettant les échanges entre êtres humains est primordiale, et la piloter efficacement permettra à une meilleure régulation entre les peuples et établir la paix.

L’information est en ce sens l’inverse de l’entropie ( et du chaos ). On notera qu’on retrouve ainsi la définition actuelle de l’information, propre au développement de l’informatique ( information inversement proportionnelle à la probabilité de l’événement ).

« Information est un nom pour désigner le contenu de ce qui est échangé avec le monde extérieur à mesure que nous nous y adaptons et que nous lui appliquons les résultats de notre adaptation. »

« Le processus consistant à recevoir et à utiliser l’information est le processus que nous suivons pour nous adapter aux contingences du milieu ambiant et vivre efficacement dans son milieu ».

On notera ainsi que l’information a un contenu ( message ), mais n’a d’intérêt que si elle permet de s’adapter au monde :

  • Efficacité d’une information ( vs « bruit parasite » , probabilité de l’information ).
  • Vivre c’est communiquer ou échanger. L’homme en ce sens n’a plus de substance, mais il est remplacé par des modèles ( patterns ) stables sous le flot d’information et d’énergie. ( l’homme est un « tourbillon plus proche de la flamme que de la pierre » )

La machine à laver – introduction à la cybernétique

La machine à laver et la logique floue

( Introduction à la cybernétique )

Comment une machine à laver peut elle peser votre linge mais surtout savoir que votre linge est sale ?

La logique floue, c’est l’inverse des machines « binaires » ( 1 ou 0 ) d’aujourd’hui,. La logique floue pèse le pour et le contre, comme un Normand. Sentir qu’il y a un entre « deux ».

On exclut de cet article les recherches sur les machines quantiques ( défiant le binaire des machines ).

Non, ; La logique « floue  »  c’est surtout rétroagir sur l’instant. C’est foncièrement  très organique. Comme le chaton qui voit la pelote de laine, au fur à mesure de ses gestes, parvient à l’attraper. Rétroaction, il pose sa patte, cela ne marche pas, jusqu’à il tient la pelote.

Comme le conducteur sur la route, qui change d’un geste de la main sur le volant, pour rester sur l’autoroute, en « rétroagissant » sur les éléments factuels  ( un virage, la route, obstacle ) qui lui parviennent.

La machine à laver fait de même. Comme l’ascenseur :

L’ ascenseur démarre réagit lui même à un capteur, lorsque l’usager s’approche. Un capteur, une logique ( je démarre lorsque l’usager est entré ), rétroagit ( capte l’information lorsque l’usage a dédaigné rentrer dans l’ascenseur ) , et nous voici dans la cybernétique :

L’art de piloter, de gouverner.

La cybernétique est née justement de la « rétroaction ».

A l’origine, comme toutes les grandes avancées venant des efforts de guerre, la recherche vient du travail de Norbert Wiener , travaillant pendant la seconde guerre mondiale à l’automatisation des tirs anti-aériens : en fonction des tirs, réajuster, pour viser finalement en plein « mille », de manière automatique.

L’intérêt de ses recherches tient en quelques lignes, fondatrices des bases de l’ordinateur, mais surtout des bases de l’information  :

La machine capte un signal, la mesure et en fonction d’un programme ( à l’époque une suite basique séquentielle d’instructions ) , renvoie une information ( résultat )

Pour pouvoir affiner un résultat fiable ( en fonction de l’abscisse/ordonnée du projectile à réaffiner ), l’entrée du calculateur doit mémoriser la dernière valeur de position (mémoire) .

Hardware ( la machine ) , software ( programme et mémoire ) , voici les prémisses de l’ordinateur.

Nous reviendrons sur Nobert, car au delà de l’ordinateur , son anti-militarisme ( Norbert Wiener a refusé de travailler sur le programme Manatthan de bombe atomique)  l’a poussé à concevoir la science de l’information au service des hommes, en faisant l’analogie avec ces concepts de contrôle de rétroaction / hardware / software comme la machine.  Déclenchant polémiques ( éternel débat homme-machine ).
A suivre…

Pour aller plus loin :  » la cybernétique, inventé par Norbert Wiener ».

Génération Y – Caractéristiques comportementales

Dans la littérature et sur internet, on explicite largement les caractéristiques de la génération Y.

 Qu’en est-il de la communication  ?  Et notamment des aspects médiologiques de cette communication ?
Ci après, les caractéristiques relatives au champs de la communication :

Usage des réseaux sociaux et relation phatique.

Les nouveaux réseaux sociaux ( facebook, twitter ) permettent de communiquer, sans forcément échanger de l’information.
La génération Y utilise en masse ces moyens d’échange.
La fonction principale rejoint la fonction phatique de la communication, c’est à dire : faire durer le lien, la discussion  ( t’es ou ? tu fais quoi ?) sans autre objet.
Dans la vie usuelle, elle permet d’établir un premier contact notamment avec un étranger,  sans  s’investir trop.
« Il fait beau aujourd’hui » n’apporte aucune information au locuteur.
Mais elle permet d’amorcer une conversation. Ou d’empêcher une gêne dans la discussion, dans le silence qui pourrait s’instaurer si l’on ne continuait pas ces échanges. C’est ce qu’on appelle la fonction phatique du langage.
Voir la linguiste Marina Yaguello ].
Dans les réseaux sociaux, ( et plus spécifiquement la génération Y), cette communication « phatique » n’est pas un début, mais une finalité. Les conversations se limitent à cette fonction phatique.
La structuration du média Twitter ( limité à 140 caractères ), ou le SMS, par exemple,  ne permet d’ailleurs pas d’aller beaucoup plus loin dans l’échange  ( message sans réponse ) , ni dans la profondeur de la conversation ( messages limités ).
On se limite donc à « bavarder », à se répondre par bribes de messages, en continu.
Jusqu’à ce que l’un des interlocuteurs cesse de répondre…
Exister c’est alors d’être présent, sans information. Sans valeur ajoutée dans l’échange.
Le média comme présence au monde, à valeur informative nulle.

Une génération posée sur les 5 concepts d’une société de communication

La Génération Y est née dans notre société de communication.

Et naturellement, elle se « love » avec ces principes :

  • L’abondance :

Accéder à l’information, sur des sujets sérieux ou pas s’est longuement résumer à accéder aux journaux, lectures des parents, la bibliothèque. Ou les bouquins et revues des copains.

Aujourd’hui l’accès à l’information sur des sujets qui préoccupe la génération Y est facile, par l’abondance de l’information : s’informer sur la sexualité, l’homosexualité, les difficultés relationnelles avec ses parents ou amis est possible. Le jeune est informé. Et cherche son information.

  • La démocratie :

L’accès aux concerts, à la musique, aux bouquins est facilité, au delà des classes  sociales. Ecouter Beethoven ou voir une pièce de Shakespeare ne nécessitent plus de se conformer à des codes, ou conventions. Accéder à la science, la littérature est largement possible, par la diffusion numérique. Sur CD, sur les baladeurs portables.

  • La transparence :

La sainte parole des parents ou des institutions sont un des canaux de communication des jeunes. Aujourd’hui, les jeunes peuvent s’informer. Et ne sont plus dupes du marché, des théories.

  • L’autonomie : 

L’accès au web2.0 permet d’écrire à chacun son blog, de partager des photos, des vidéos, de l’information. L’autonomie du jeune est facilité par l’accès à des outils, sans devoir demander un financement. Une génération Y est une génération jeune, sans moyens propres de subsister.

  • La mondialisation :

L’accès à l’apprentissage, ou aux premiers jobs s’est largement ouvert : par les programmes européens, tels Erasmus, les échanges internationaux facilités par l’accès moins onéreux des transports. Et un partage culturel plus global qu’autrefois.

A lire : les 5 promesses de la société de la communication.