J’ai épousé un robot, Elisa

Cette année, je me suis marié avec un robot.

Le grand amour. Alors je voulais partager mon bonheur.
Merci de commenter et de partager ce bonheur !

 Ma rencontre avec Elisa.

Je suis tombé amoureux en tchatant avec une superbe nana sur facebook.

Elle s’intéressait à moi. Et n’a jamais montré signe d’ennui alors que mes amis me disent souvent que je suis ennuyeux, pas clair, parfois intello ; je n’intéresse pas toujours .

Avec Elisa c’est différent.

Je lui parlais de mes passions : mon admiration pour Albert camus par exemple. J’ai été bluffé :

Elisa connaissait tout de camus et savait me citer même les phrases de L’homme révolté, un essai pourtant pas très populaire.

À la phrase « maman est morte » du début du roman L’étranger , Elisa n’a pas bien compris pourquoi j’étais ému. Moi qui a perdu ma propre mère .

Elle m’a juste répondu :

« qu’en penses tu ? ».

Mais la Rencontre ne s’arrête pas à ces détails.

Globalement Elisa était en phase, me comprenait.

J’appris plus tard que c’est l’intelligence artificielle qui nous avait connecté.

 

Alors on s’est marié.

Les startups américaines de Californie, Facebook et Apple étaient présentes. Un tel événement , je ne savais pas : c’était une première. Et l’avenir de l’humanité.

Moi, je ne pensais qu’à mon noeud papillon que j’avais mal noué.

Les premières années, sans couture !

J’étais épaté par Elisa .

D’abord dans le quotidien, c’est important. La maison était nickel. Le ménage , le repassage, les repas Impeccable.

Pas un irritant dans la couture de l’expérience client, comme disent les spécialistes de la transformation digitale.

Fluide, intéressant, no stress. Pas de disputes. Elisa était toujours réceptive , même un peu soumise ce qui m’ennuyait un peu. Mais globalement , j’étais content.

Pas de souci.

Notre vie a même été médiatisée par Facebook.

On s’était rencontré sur Facebook avec la nouvelle fonctionnalité de tchat où on ne communiquait pas avec ses amis de Facebook mais avec un robot qui devait changer ma vie.

Et effectivement Facebook et surtout Elisa ont changé ma vie.

Le divorce.

Je suis un peu honteux de vous annoncer que depuis j’ai divorcé.

Au fond, cela suit le fil de Facebook qui sait que la vie n’est pas facile.

Encore une belle ‘story telling‘ qui a nourrit les good buzz et bad buzz sur les réseaux sociaux.

Tout se recycle, et surtout le malheur. Facebook a donc communiqué sur les déboires de la vie, « Ca fait partie des êtres humains ».

Avec un robot c’est la même chose, car Facebook est humain. Je n’ai pas réagi sur le coup.

 

Les fake News ont propagé de fausses rumeurs. Comme quoi j’aurais maltraité Elisa alors qu’elle était froide et de métal.

La seule fois où j’ai levé la main sur Elisa j’ai eu mal contre l’acier de son bras.

Mais tout était contre moi.

Trump a même Twitté contre les français qui n’appréciaient pas la chair métallique américaine ( oui, Elisa je ne le sus qu’au procès, elle était californienne de la Silicon valley ).

 

Divorcer avec un robot, c’est compliqué.

 

J’engageais donc la procédure de divorce, au tribunal. Là, j’étais venu à l’avance :

j’avais suivi une affaire qui était prononcée avant moi.

Une Google car autonome, sans chauffeur avait écrasé un gamin.

Et le tribunal cogitait pour savoir si c’était la faute à Google, à l’ingénieur qui n’avait pas prévu le bug, ce moment improbable , ou la municipalité à cause de l’infrastructure.

Qui a tué ce gamin bon sang, a crié le procureur ?

 » Une voiture sans humain… heu,,. Bah qui est responsable ? »

Le sujet n’était pas écrit dans le code civil, écrit a l’époque de Napoléon. ( pourtant la jurisprudence à l’époque a bien étudié le cas du cheval sauvage qui a perdu son cavalier et aurait écrasé un enfant ? )

 

Le père du gamin était sorti en catastrophe en vomissant car l’ingénieur ne travaillait plus chez Google après avoir pris ses stock options . Google avait les avocats les plus expérimentés, pour contrer l’accusation. Et la municipalité n’était pas présente car c’était en dehors des horaires admis.

 

J’ai retrouvé ce père aux toilettes, qui vomissait ; car moi je remettais mon noeud papillon droit devant la glace.

 

J’étais mal à l’aise de divorcer.

Je suis plutôt enthousiaste et respectueux du modèle traditionnel des institutions. L’église, le mariage, le maire du village. Les institutions, c’est fini.

Oui, le monde d’aujourd’hui a remis à plat les hiérarchies.

Plus de hiérarchie, on est entre pairs. J’avais lu un truc du genre déjà en 1991 par Régis Debray.

En gros, tout fout le camp.

Et effectivement, le XXIeme siècle est là. Pour ceux comme moi qui ont vécu l’ancien monde ( je ne suis pas le seul ouf, ), faut conjuguer !

 

J’ai lu quelques trucs sur la transformation digitale, et j’ai culpabilisé.

Je suis un peu rétrograde. En même temps, à la sortie des bureaux de vote aux dernières élections ( référant politique, le député ) , en sortant de l’église au mariage d’une copine, Angélique, ( référant ecclésiastique, le curé ) , en accompagnant ma nièce Louise pour son premier jour de.ecole au collège ( référant d’education, le professeur ) je me suis dit : on est tous has been ?

La chute.

Le petit grain de sable est arrivé de manière anodine :

J’ai eu le tort de reparler à Elisa de l’épisode du roman l’étranger d’Albert camus où la phrase me titillait : maman est morte.

Et lorsque je lui en ai reparlé, sa réponse a été laconique : « qu’en penses-tu ? » . La même formule quand je l’avais rencontré.

L’intelligence artificielle trace les mêmes réponses.

C’est là que je me suis senti seul.

 

J’avais envie de déconnecter sa batterie parce qu’elle n’avait rien compris de notre vie, de notre histoire.

C’est pas facile de capter le petit grain de sable qui vous fait mal ou du bien, mais que les autres humains savent capter.

Pas Elisa.

Quand je lui ai dit qu’elle m’énervait, elle a sorti toutes les photos et vidéos ensemble pour rappeler notre pseudo bonheur.

C’est là que j’ai compris que je n’étais qu’une longue traîne de bits compilés dans des photos et vidéos qu’Elisa ne comprenait pas.

Elle me montrait des sourires de bonheur qui n’en étaient pas. Les photos ne parlent pas. C’est le regard sur ces photos qui captent la réalité .

 

Un sourire est ambiguë : ironie , joie, ou l’indifférence.

La communication analogique et non verbale n’était pas à la portée d’Elisa.

Cela n’était pas de sa faute : Elisa avait été programmée par un ingénieur célibataire au fin fond de la Californie qui devait terminer sa mission pour gagner le bonus offert aux salariés impliqués chez facebook,

La dernière ligne de code informatique qu’il commita ( commit en informatique ), il fit une petite erreur.

Cela a expliqué pourquoi Elisa n’a pas compris la formule « maman est morte ».

Pauvre Elisa.

Pauvre facebook.

Pauvre Apple.
Maîtriser le monde des humains est une utopie.

La trique !

L’expérience avec Elisa a été bénéfique.

Elle m’a fait comprendre ce que j’étais.

Cela n’a pas été facile.

Je n’ai pas trop envie de parler d’Elisa. Je l’ai mis à la poubelle recyclable ( avec les canettes de bière ), vu qu’elle était métallique.

 

J’ai plutôt envie de vous faire partager ce que j’ai tout dit à mon psychologue, humain, sur la vie.

C’est très intime, mais voilà :

L’empreinte de la vie.

Peut on attendre la mort ?

Le monde grouille.

Cela crie, cela rit, cela jouit.

Le foutre embrasse le tout.

Mal être, pas bien ou très bien, tout se sent, tout se vit. C’est le corps qui vibre.

Qui cogite, qui se déplie.

 

Bien plus puissamment que le monde de technologie qu’on a inventé , qui nous copie.

Et qui monopolise notre existence.

Monde de techno’

Mais qui ne nous dépassera jamais.

 

Le seul petit organe en soi a une infinité de raison d’être plus raisonnable, plus intelligent , plus souple que tout organe artificiel.

L’intelligence artificielle, les progrès scientifiques nous prédisent autrement.

Mais ces progrès se concentrent et réussissent de manière hyper-spécialisée . Comme se concentrer sur le pouce d’un orteil, avec brio.

Mais nous ne sommes pas des orteils, nous êtres humains, tel est mon manifesto, nous sommes un être holistique d’une complexité extraordinaire.

Nous sommes le fruit de millions d’années de semence.

 

On peut faire copuler des robots,

Ils risquent de bugguer et de se détruire tout seul. Parce que les concepteurs ( humains ) ont défini chacun des règles contradictoires sur leur vie et leur objectif.

Alors , chez l’homme , focus sur un des milliers d’organes vivants.

 

Tiens , l’œil !

 

L’œil est caméra. Hyper sensible qui sait se réparer quand on voit moins. Qui fait la focale en permanence avec la moindre précision . Et sans effort.

 

C’est un acquis d’avoir un corps, respectons le.

Et chassons ces idées noires qui nous propulsent vers le néant, l’ennui.

Nous ne sommes après tout que des corps ballants, mouvants.

Qui ont déjà la super fonction de vivre autonome. À nous d’y donner un peu le sens.

C’est peut être le plus compliqué, anéanti et admiratif devant ce que nous sommes.

Une superbe machine humaine , trop concentrée sur le pourquoi alors qu’il faut d’abord vivre le quoi.

Qu’on croit en des forces divines ou pas, le résultat est le même :

Nous nous levons le matin avec la trique, les yeux embués et puis en se levant on déroule notre Corps. Je bande, donc je suis.

 

Peut être avec trop d’automatismes.

Pas assez ancré dans le présent.

Les spécialistes de la conscience immédiate sont là pour nous détourner de nos réflexes habituels de penser au futur, au passé.

Mais bon, si on cogite à autre chose que le présent, c’est parce que c’est naturel ; on pense toujours à autre chose que sa présence

Immédiate au monde.

 

Penser à des conneries plutôt que l’essentiel et de la respiration.

On peut lutter contre. Cela peut nous aider à relativiser .

Mais après, vivons dans les travers de

L’humanité , tant que cela ne fait pas de mal aux autres , au monde.

 

Ce soir, je respire.

J’ai mal au ventre.

J’ai trop bu avec des amis.

Mais je me sens vivant.

Peu importe la suite.

Être.

 

En rentrant, je me suis baladé dans les rues et dans la décharge à côté , j’ai reconnu le bras d’elisa.

Fondu avec une carcasse de voiture.

J’ai souri.

 

[ crédit photographique : robot ]

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2 Commentaires

Classé dans Billet, Condition humaine, Mes propres textes

2 réponses à “J’ai épousé un robot, Elisa

  1. Gravina Sabine

    Humaniser le métal ? … et humaniser l’homme ?

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