Théorie du changement, selon Fisch, Watzlawick et Weakland

ascenceur_proxémie_distance_geneProblème de couple, problème avec ses enfants, problème au boulot, où rien ne change…
Comment changer les choses ?
L’école de Palo Alto, aux Etats-Unis a révolutionné le mode de compréhension des problèmes humains, et de leurs solutions.
Et a su inspiré les changements, en terme psychiatriques, en terme de conception de la communication.
Texte de référence « Changements » ; à découvrir ici.

L’innovation du changement.

Paul_Watzlawick_paolo_alto_communicationL’école Palo Alto, près de San Francisco a rassemblé divers psychiatres, qui ont su bousculé dans le milieu des années du XXème siècle l’ordre des choses.
Et de la thérapie psychanalytique.
L’analyse freudienne des problèmes des malades a vécu ; et cette nouvelle équipe de psychiatres a révolutionné au delà de la pathologie tout ce qu’on pensait de la communication.

[ A lire également, la logique de la communication ]
Dans un modèle familial, où les problèmes n’ont pas de solution : les disputes, les incompréhensions, cette école a fait le « buzz », comme on dirait aujourd’hui.
Pour pouvoir expliquer les réussites fulgurantes de cette « école », Watzlawick, Fisch, et Weakland ont tenté d’écrire leurs « secrets », et de la formaliser.
Comment peuvent ils à la sortie de quelques interviews de leurs patients les guérir définitivement, quand la médecine traditionnelle de l’époque échouait ?
Ici, on s’intéressera à la notion de changement, qui est terriblement d’actualité dans notre quotidien.
Notre monde, au XXIème siècle change. Ou si peu, dans le quotidien de certains.
Et pouvoir changer les choses, de manière générale, au delà des problèmes humains, est un paradigme récurrent.
C’est l’objet de l’ouvrage « Changements, paradoxes et psychothérapie ». Terriblement d’actualité.

Plus ça change, plus c’est la même chose.

Le proverbe selon lequel plus les choses changent plus elles restent pareilles est davantage qu’un mot d’esprit.
Il exprime, en effet, avec une admirable concision, la relation paradoxale entre la permanence et le changement.

Voilà comment commence l’ouvrage « Changements, paradoxe et psychanalyse« .

Perspective théorique.

comportement_psychologie_lewinLongtemps, dans la littérature du sujet, le changement et la permanence ( qui est son contraire ) ont été étudiés séparément.
Pour l’équipe de ces chercheurs, les deux théories doivent être considérées ensemble.
Ainsi, dans le domaine humain, lorsqu’une famille a une difficulté, les deux questions doivent être posées ensemble :
« comment cette situation non voulue persiste-t-elle ? » et « Que faut il pour la changer » ?

2 théories abstraites mathématiques permettent d’illustrer ces 2 notions.
Ces théories sur lesquelles s’appuient ces chercheurs permettent de formaliser les conclusions que ces soignants ont pu tirer, de leurs expérimentations au quotidien auprès de leurs malades.
Devant les succès surprenants auxquels ils sont arrivés, ces chercheurs ont tenté de décrire de manière plus formelle une théorie.
Cette théorie s’appuie donc sur deux théories mathématiques, connues de tous : la théorie des groupes, et la théorie des types logiques.

La théorie des groupes.

( inventée par le mathématicien français Evariste Galois ).
Selon cette théorie, un groupe est un ensemble qui répond aux propriétés suivantes :

  1.  Il se compose d’éléments qui ont tous une propriété en commun. Peu importe leur nature. Cela peut être des nombres, des objets, des concepts.. La seule chose est que leur combinaison doit être elle même un élément du groupe. Exemple : le groupe de nombres pairs. La composition ( addition ou soustraction ) d’un nombre pair : 2+4=6 donne un nombre pair.
    Bien qu’il y ait eu changement ( composition de deux éléments du groupe ), le résultat est invariant : on a toujours un élément pair.
    Cette notion de « grouper » est indispensable dans notre vie : bien que les choses ne soient pas toujours exactement les mêmes, les rassembler permet de rationaliser notre conception du réel, qui serait sinon un chaos de choses incompréhensibles.
    Cette multiplicité des changements à l’intérieur d’un groupe est ainsi possible, mais empêche tout élément de se placer à l’extérieur du système.
  2.  si l’on séquence les éléments du groupe entre eux, de manière différente, le résultat est également le même.
    Exemple : si je prends le groupe des étages qui me permette de monter dans un ascensceur pour arriver au 10 étage.
    La loi de composition étant la somme des arrêts que je fais dans l’ascenceur. Que je m’arrête au 1er, 3ème puis au 10ème, on obtient toujours le même résultat si je m’arrête au 5eme, 6ème puis au 10ème.
  3. Un groupe contient un élément neutre, c’est à dire que sa composition avec tout autre élément donne ce même élément.
    Pour l’addition, par exemple, c’est le zéro ( 4+0 = 4). Pour le groupe des sons, c’est le silence. Pour le groupe des nombres pairs, c’est le zéro.
    L’importance de cet élément neutre est qu’il peut agir sans affecter les autres.
  4. Pour chaque élément du groupe, il existe un élément symétrique ou inverse, tel que la composition d’un élément et de ce symétrique donne l’élément neutre.
    Dans un groupe dont la composition est l’addition, c’est la soustraction qui donne l’élément neutre : 5 + (-5) = 0.

A quoi sert la théorie des groupes dans la théorie du changement ?
Elle sert à expliquer la permanence des choses, et ce fameux proverbe « plus ça change, plus c’est la même chose ».
Comme on l’a vu, on a beau eu composer les éléments du groupe, on arrive au même résultat.
Et c’est ce qui permet d’entrevoir que parfois, on a l’impression de changer les choses, mais pas comme on l’a souhaité. On reste plutôt au status quo.

La théorie des types logiques est, elle, plus radicale, car elle change les niveaux de structures où on est.

La théorie des types logiques.

reseau_saint_simon_rouvroy_industrie_francaiseLa théorie des types logiques s’occupe aussi des objets qu’on classe, et qui ont une propriété en commun.
Ces éléments constituants ce qu’on appellera une collection d’objets sont appelés membres. La totalité prend le nom de classe, et non plus de groupe.
L’axiome essentiel de cette théorie des types logiques est que « ce qui comprend tous les membres d’une collection ne peut être membre de la collection« .
C’est la définition écrite par Russel et Whitehead dans l’ouvrage « Principia Mathematica ».
Exemple : l’humanité est la classe de tous les individus mais l’humanité en elle même n’est pas un individu.
Fisch insiste : « toute tentative de parler de l’un en terme de l’autre, aboutit fatalement au non-sens et à la confusion ».
La confusion est souvent de prendre le même terme de classe et de membre, et qu’une classe ne peut être membre d’elle même.

L’exemple repris de Bateson est le suivant :
On peut considérer que la forme de changement la plus familière est le mouvement, c’est à dire le changement de position.
Mais le mouvement peut être aussi source de changement : c’est à dire l’accélération ou la décélération. Cela constitue un changement de position ( un métachangement ). Mais parler de changement de position, et de changement de vitesse ( accélération ) n’est pas la même chose.

« On peut concevoir, écrit Bateson, que les mêmes mots soient utilisées pour décrire à la fois une classe et ses membres et que cs mots soient justes dans les deux cas. Le mot « vague » désigne une classe de mouvements de corpuscules. Nous pouvons dire aussi que la vague elle-même est en mouvement, mais nous ferons alors référence à un mouvement d’une classe de mouvements. Sous l’effet de la friction, ce métamouvement ne perdra pas de vitesse comme le ferait le mouvement d’un corpuscule ».

L’autre exemple de Bateson est celui du schizophrène qui est susceptible de manger la carte à la place du repas.
De même, on peut considérer diverses méthodes ( qui sont les étapes à suivre pour réaliser un but donné ). A un niveau supérieur de type logique, on parle alors de méthodologie ( qui est la science de l’étude des différentes méthodes ).
2 conclusions à noter:
1. les niveaux logiques doivent être rigoureusement séparés si l’on ne veut pas tomber dans le paradoxe et la confusion.
2. le passage d’un niveau au niveau supérieur ( c’est à dire de membre à classe ) comporte une mutation, un saut, une discontinuité ou une transformation ( en un mot, un changement ), qui permet de sortir du système.

Ainsi est résumé :

« la théorie des groupes nous fournit un modèle pour penser le type de changement se produisant à l’intérieur d’un système qui lui-même reste invariant ; la théorie des types logiques ne s’occupe pas de ce qui se passe à l’intérieur d’une classe, c’est à dire entre ses membres, mais nous fournit un modèle pour examiner la relation entre un membre et sa classe, ainsi que la transformation particulière que constitue le passage d’un niveau logique au niveau supérieur.
Si nous acceptons de faire cette distinction fondamentale entre ces 2 théories, nous en déduisons l’existence de deux sortes de changement :
l’un prend place à l’intérieur d’un système donné, qui, lui, reste inchangé, l’autre modifie le système lui-même. »

Fisch, Watzlawick et Weakland prennent l’exemple plus parlant, celui du rêve :
En proie à un cauchemar, le rêveur a la possibilité de faire différentes choses : courir, se cacher, hurler, sauter d’une falaise. Mais aucun changement issu de ce rêve ne changera et ne mettra fin au cauchemar. La seule possibilité de changer ce cauchemar est simplement de se réveiller : de passer de l’état du rêve à celui de veille. C’est là seulement un changement complet.

Voilà comment en théorie le changement procède.

On lira prochainement les applications et les exemples dans la vie concrète de notre monde humain.

Plus ça change, plus c’est pareil !

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6 Commentaires

Classé dans Plus loin, Point de repère, Textes essentiels, Théorie changement

6 réponses à “Théorie du changement, selon Fisch, Watzlawick et Weakland

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  5. NADIA EL GHALI

    merci pour cette contribution très enrichissante qui m’as permis certes de mieux me situer par rapport aux typologies de changement ainsi que les stratégies d’action appropriées en fonction du changement de type 1 ou bien de type 2.

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