Ces petits changements qui ne changent rien !

willi_dorner_bodies_in_space_dunkerqueDevant la difficulté, chacun a ses petites solutions. Changer un peu les choses suffit généralement à régler ces petits cailloux qui nous gênent au quotidien !

Le bon sens ou la raison nous met parfois sur de mauvaises pistes. Et plutôt que de changer les choses de façon positive, on les empire..

Ces écueils sont à décrypter, ici. Et c’est ce que je vous propose de lire, à travers la théorie du changement.

Modifier un comportement peut résoudre la plupart des problèmes.

Si on me trouve toujours triste, alors que je ne le suis pas, je fais l’effort de sourire, et puis le problème est réglé.
Je suis fatigué pendant quelques jours ; aussi je me couche plus tôt et tout va mieux ; je retrouve la forme !
Il fait froid dans la maison, je met davantage de vêtements.
Ces petits changements réalisés règlent les problèmes.
Et permettent de revenir à un équilibre.
En cybernétique, on appelle cela la rétroaction négative. Afin de revenir à un état d’équilibre, dit d’homéostasie, un mouvement contraire permet de revenir à un état stable.
Ces changements sont appelés changement de niveau 1, c’est à dire qu’ils permettent de revenir à un état initial.
Dans les comportements humains, on peut considérer ces changements comme de la résistance au changement : on préfère ces petits changements pour aller mieux, que de remettre en question le système…

Contre exemples.

lit_individualisme_etude_histoireCertains problèmes ne peuvent pas se régler aussi facilement.
Ce que Watzlawick, Weakland et Fisch formalisent dans son ouvrage « Changements, Paradoxes et psychothérapie« .
En voulant régler un problème on a tendance à faire  « plus de la même chose ». Mais plutôt que le régler, le problème s’aggrave.
L’exemple, dans une classe où les élèves sont bruyants, le professeur peut décider d’élever la voix. Mais en élevant la voix, les élèves sentent que le professeur ne maîtrise pas la classe, et deviennent plus chahuteurs. De ce fait, le professeur monte encore le ton, etc…

  • Le problème de la prohibition d’alcool est un autre exemple.
    Pour réduire les méfaits de l’alcool, la loi se rigidifie : il est interdit pour les plus jeunes, puis à partir de certaines heures. Jusqu’à son décide de la prohibition. Aux Etats-Unis, cette prohibition a été pire ; elle a créé de la mafia, de la contrebande, en plus des méfaits initiaux de l’alcool.
    Les changements législatifs ont apporté plus d’inconvénients que de bénéfices.

 

  • L’exemple du dépressif.
    Devant une personne déprimée, l’entourage a toujours le même réflexe : positiver. « Regarde ! Tu as une femme et des enfants merveilleux » !
    Avec bienveillance, on tente de réconforter. Pour la personne triste, l’effet est catastrophique. Elle sait très bien qu’elle a des idées noires, et lui montrer qu’elle ne doit pas être malheureuse, c’est accentuer la difficulté du déprimé à résister à son état de tristesse.

 

  • La jalousie.
    Watzlawick et les psychiatres de l’école Palo Alto ont vu défilé des centaines de patients, et en tirent ces mêmes conclusions.
    Le cas typique dans les écueils du couple est le suivant :
    la femme ne se sent pas considérée dans sa vie familiale ( notamment lorsque la femme est au foyer ). Elle aimerait que son mari lui dise un peu plus ce qu’il fait. Cela part d’un bon « sentiment ». Le mari, lui, pense que sa femme est soupçonneuse. De ce fait, il a naturellement envie de moins lui dire.
    De ce fait, la femme change son comportement, et a tendance à en vouloir savoir davantage. Pose plus de questions, surveille son mari dans ses comportements, conversations. Accentuant le changement de comportement du mari : il en dit de moins en moins, quitte même à mentir pour ne pas inquiéter sa femme. Le diagnostic du mari ( et d’un mauvais psychiatre ) serait de qualifier la femme d’une tendance à la jalousie.
    Le constat des psychiatres est celui illustré par le dessin :

equilibre-watzlawick-theorie-changement-systémique

Changer en faisant plus, comme on l’a montré sur les exemples précédents revient à ne pas régler le problème : « plus ça change, plus c’est la même chose ».
En pensant qu’en faisant plus, on arrivera peut être au résultat souhaité…

Les changements radicaux sont de la théorie des types logiques. On est à un autre niveau. A la différence du niveau 1, il faut aller au stade du niveau 2.
Celui qui ne remet pas dans l’état stable, homostatique. Il déstructure. C’est le vrai changement !
Par exemple, l’insomniaque a dû mal à trouver le sommeil. Ce n’est pas en tentant de respirer, compter dans sa tête qu’il trouvera le sommeil. Car le sommeil est spontané. Et ne se décrète pas. Passer au niveau 2 est nécessaire : c’est à dire se lever, faire autre chose. Et se trouver dans un état de fatigue plus tard qui poussera à dormir, spontanément.

Le problème n’existe pas !
Le fossé des générations est récurrent dans notre société : la jeunesse, ce n’est plus comme avant ! Aucun respect..
Pourtant, ce fossé des générations est structurel, et universel. Déjà, sur une tablette d’argile babylonienne datée de plus de 3000 ans :

« La jeunesse d’aujourd’hui est pourrie jusqu’au tréfonds, mauvaise, irréligieuse et paresseuse. elle ne sera jamais comme la jeunesse du passé et sera incapable de préserver notre civilisation ».

Accepter ce fossé indiscible entre les générations est plus raisonnable que de vouloir changer l’état des choses.
De la même façon, vouloir supprimer l’alcoolisme par la prohibition est un leurre et il faut accepter le taux incompressible d’incurables.
Il suffit en somme de ne rien faire. Et cela supprime bien des mauvaises postures, changements qu’on veut imposer et inefficaces !

« Nous commençons par soulever de la poussière, et puis nous prétendons être incapables de voir ». ( George Berkeley ).

Parfois, il ne faut rien faire, ne pas provoquer de changements.

Les 3 erreurs des changements.

vertu_ménage_tâches_ménagères_hommeUn problème s’aggrave :
1. quand on pense qu’il n’y a pas de problème : une intervention qui s’impose n’est pas faite.
2. quand on s’efforce de modifier une difficulté, qui en fait est inaltérable ( le fossé entre génération, le % d’alcoolique), ou inexistante. On intervient quand on ne devrait pas.
3. on commet une erreur de type logique, c’est à dire que l’intervention ne doit pas s’arrêter à vouloir rester dans un état stable ( changement de niveau 1 ), mais au contraire changer radicalement de niveau. ( le sommeil de l’insomniaque .. ).

Bien changer les choses !

  • Lâcher du lest. En faire moins.

L’exemple illustré précédemment par les efforts du couple à essayer de maintenir le voilier en équilibre doit éclairer , et donner la solution :
Le voilier est en équilibre, sans qu’on ne fasse rien. Et pourtant, le couple par le comportement de chacun dans un sens tend à déstabiliser le voilier. Et de faire redoubler les efforts de l’autre pour maintenir l’équilibre.
La solution ( concrètement sur l’image du voilier ) est de ne rien faire. Et effectivement, parfois, il n’y a rien à faire, car il n’y avait pas de problème.
( c’est le cas de la lutte sur le fossé générationnel ).
double_contrainte_communication_bloqueeDans le cas de problèmes inextricables, il faut lâcher du lest, c’est à dire ne pas systématiquement tirer la barre d’un côté. Mais au contraire lâcher prise.
Petit à petit, chacun des protagonistes doit moins en faire pour maintenir l’harmonie. Et retrouver le calme du voilier en équilibre.

  • Changer de niveau de résolution du problème.

Le changement qui ne change rien doit rapidement faire tilt, et nous faire interroger si finalement, il ne faut pas changer de niveau ( au sens de la théorie des types logiques de la théorie des changements ).

Les changements de « niveau » possibles sont les suivants:
* la méta-communication est une communication « sur » sa communication.
On change alors de niveau, au niveau de la communication. On est plus dans le problème. On parle du problème.
Parler du problème est donc souvent efficace. Il permet à chacun de prendre le recul ; la perception globale du problème. Parfois, il pouvait s’agir d’un malentendu.

* le changement radical : sortir du cadre.
un élève peut avoir de grandes difficultés dans une classe, malgré tous les efforts entrepris par l’équipe pédagogique. Dans ce cas, le changement n’est pas de le pousser plus dans un sens, s’il est vain. Le changement de classe est une solution « radicale ». On change totalement l’environnement où le problème a lieu.
Le changement radical est à manier avec prudence, car il peut déstabiliser, et il est souvent irréversible. Parfois, il n’était pas utile.

* Elargir le cadre.
Vouloir changer, oui. Mais il faut changer là où il faut. Se tromper de piste peut amener à se conforter dans une attitude qui ne change pas le problème. D’où le résultat inefficace où plus ça change, plus ça ne change rien… Elargir le cadre de la problématique doit permettre.
La règle des 5 pourquoi : ce système est une méthode de résolution de problèmes, souvent utilisé dans la gestion de la qualité.
Elle permet de ne pas s’arrêter aux causes premières, mais au contraire aux causes profondes et initiales.
On élargit ainsi le cadre du problème, pour mieux en sortir.
L’image est celle « de sortir du bocal » où est plongé le poisson qui ne connaît que l’eau où il navigue.

A lire également : Théorie du changement selont Watzlawick fisch et Weakland

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