La rhétorique, l’art de l’éloquence.

Notre monde est paradoxal. A l’heure où on ne communique bientôt plus qu’avec son pouce, sur son smartphone, le renouveau de la « parole » est là.

Vivre dans le monde, c’est se mettre dans l’orchestre de la vie. Se montrer, vivre avec les autres. Et donc, savoir exprimer son être.

La parole redevient légitime.

Et je vous propose de revenir aux fondements, celle de la rhétorique.

 

Le renouveau de la rhétorique et de l’éloquence ?

Les formations en communication permettent d’aider et d’appréhender les techniques de communication.

Faire un bon pitch est devenu indispensable pour convaincre en quelques minutes une idée.

L’esprit des startup remet au goût du jour l’art de l’éloquence, de convaincre.

Xavier Niel, incubateur de startup et PDG de free soutient lui même les concours d’éloquence.

Le slam, la poésie saccadée, dynamique joue des mots dans les cités, les lieux populaires d’expression ordinaire.

L’éloquence et la rhétorique sont redevenus des sujets d’intérêt.

Paradoxal à l’heure de la communication réduite, pauvre en mots. Et largement inscrite dans les communications numériques faites de sms augmentés par l’intelligence des assistants orthographiques qui vous chuchotent les mots à l’oreille.

 

Les techniques de la rhétorique.

La meilleure façon d’appréhender cet art de bien communiquer, c’est de revenir aux basiques.

L’art de la persuasion est née dans l’antiquée grecque. Et comme le souligne l’helleniste Laurent Pernot, membre de l’institut de France, les techniques pour convaincre, léguées par l’Antiquité n’ont pas pris une ride.

Dans l’Antiquité grecque, la rhétorique est inventée :

«  c’est un effort pour comprendre et réguler la persuasion, ce phénomène énigmatique qui fait qu’on amène quelqu’un à changer d’avis sans aucune contrainte, uniquement par la parole ».

Ce sont les Grecs qui ont inventé cet art.

Les 3 sources de persuasion

  • les arguments rationnels
  • L’autorité, la manière de se présenter de celui qui parle.
  • La psychologie de celui qui écoute, son auditoire.

Ces 3 sources sont les 3 éléments formalisé par Aristote dans ´ rhétorique ´ :

Le logos, l’ethos, le pathos.

Bien communiquer, convaincre c’est utiliser dans la façon de parler ces 3 composantes.

Le discours doit procéder de bons arguments. C’est l’aspect rationnel du sujet dont on parle. Ce qu’Aristote nomme le logos.

Ensuite, la personnalité de l’orateur influe le discours : il s’agit de la façon dont on s’exprime, notamment avec sa voix, ses gestes. Les convictions et les ´tripes’ en soi. Ce qu’Aristote nomme l’éthos.

Enfin, l’inflexion sur son auditoire en le rendant non indifférent, mais surpris, captivé, ému. C’est considérer que le public fait partie de ce discours puisqu’il le boit dans toute sa mesure. Ce qu’aristote nomme le pathos.

 

Les 5 étapes d’une communication réussie .

La rhétorique nous apprend également comment mettre en pratique l’éloquence, la réussite dans la communication.

Il existe une vraie méthode pour faire un discours, formalisée en 5 étapes.

Idema.

 

  • L’invention. Il s’agit de concevoir des arguments.
  • La disposition. Il s’agit de la mise en ordre efficace des arguments.
  • L’élocution. C’est à l’idée le style et l’expression.
  • La mémorisation. C’est à dire fixer le discours dans son esprit.
  • L’action. C’est à dire la prononciation. La mise en parole de ces mots.

 

Maîtriser ces 5 étapes en même temps sont indispensables. Car comme l’explique Laurent Pernot : « c’est très important, car chacun peut briller dans l’un ou l’autre de ces domaines. On peut être intelligent et avoir une présentation qui n’est pas bonne, et inversement ».

 

Le bon communicant, beaucoup de blabla ?

Chris Anderson, grand patron des conférences TED ( qui excellent dans l’art de communiquer un sujet ) explique :

« Nous vivons une véritable renaissance de la parole en public « .

« Je répète inlassablement à mes étudiants que diriger, c’est parler ! Plus on grimpe dans les échelons, moins on fait, moins on écrit, plus on parle. Un entrepreneur doit plaider tout le temps. Au début, il doit convaincre des banquiers, puis ses futurs employés ».

 

Le changement s’opère dans un monde où la communication à tout va a laissé sceptique.

Celui qui sait bien parler paraît louche. On le considère comme improductif, juste à flatter les égos et prendre la place.

La parole ne crée pas, pourrait on dire.

Les hommes politiques sont souvent décriés dans leurs paroles sans acte.

La communication a été largement méprisée dans son incapacité à faire corps avec l’action, le réel.

Cette méfiance vis à vis du bon orateur ou communiquant s’est inscrite depuis le début de l’humanité dans l’Antiquité grecque .

Platon déjà se méfiait du langage perverti par des techniques de manipulation.

C’est le mouvement des sophistes qui déréglera la pratique saine d’une argumentation démocratique et sincère.

« Les sophistes tels Gorgias, Protagoras , représentent le premier grand moment de théorisation de la rhétorique. Ils venaient de l’extérieur et ont fait sensation à Athènes. En affirmant comme le fait Protagoras que sur tout sujet, on peut soutenir aussi bien un point de vue que le point de vue inverse, en usant d’un argument égal ».

Et si Platon se méfiait de la rhétorique, c’est que son mentor, Socrate, avait été condamné à mort devant un jury populaire , faute d’avoir convaincu par ses arguments.

 

A l’époque de la Grèce antique pourtant, la parole est l’outil de fonctionnement de la société. Le débat public, judiciaire dans les forums est l’élément clé qui nourrissait la politique l’éthique, la philosophie…

Le story telling revisité.

Aujourd’hui, la communication est indispensable. On ne peut pas ne pas communiquer.

Alors autant bien le faire, comme nous l’explique nos ancêtres antiques de la Grèce.

Le story telling est l’art de raconter des histoires.

Cette méthode largement remise au goût du jour dans les années 2000, contre la culture du silence dans les entreprises renoue avec la narration.

Et la rhétorique aide ce mouvement de story telling.

 

En effet, la rhétorique donne un cadre de référence pour se poser les bonnes questions. Lorsqu’il faut prendre parole devant un auditoire.

La démarche, en 5 phases est celle-ci :

 

  • l’exorde : rendre attentif le public au début, en le harranguant. Donner l’envie au public que ce qu’on va raconter va l’intéresser. On se concentre sur la fonction conative, c’est à dire sur l’auditeur.
  • la narration : il s’agit ici de raconter des faits. Et de placer le contexte de la narration. On se concentre ici sur la fonction référentiel des fonctions du langage, selon Jakobson : parler du contenu.
  • la proposition : on identifie ici les points à traiter. Cela permet de structurer un peu son discours. Et ne pas perdre son auditoire.
  • l’argumentation : utiliser les exemples, les références à la loi, à de grands principes. Reprendre ses propres questions et points à traiter, et les mettre en lumière à la vue de ces éléments essentiels que sont les traditions, les lois, les jurisprudences.
  • la conclusion : on peut faire ici appel à l’émotion, comme le font les avocats. On s’intéresse ici à la fonction conative de nouveau : tournée vers l’auditoire.

 

Les figures de style de la rhétorique !

Les mots sont une saveur.

Les techniques qui les mettent en valeur ont été écrites dans l’antiquité.

Alors savourez, et utilisez ces mots de la rhétorique ancestrale !

 

  • La métaphore.

La métaphore est une comparaison raccourcie et renformée dans un mot mis à la place d’un autre.

Le mot vient du grec metaphorá qui veut dire « transport.

Aristote, dans sa Poétique, en faisait déjà mention comme l’un des principaux procédés de la langue.

La métaphore, selon la réthorique de Platon est unne figure de style qui consiste à désigner une idée ou une chose en employant un autre mot que celui qui conviendrait.

« Ma jeunesse ne fut qu’un ténébreux orage« , Baudelaire, « L’Ennemi ».

La différence avec la compaison, c’est que la métaphore est imagée. Elle n’est pas explicite.

 

  • La métonymie.

La métonymie est une formule qui désigne un contenant pour le contenu. L’artiste pour l’oeuvre, la ville pour ses habitants.

Exemple : « Paris a froid, paris a faim ». La ville n’a pas faim, mais ses habitants.

 

  • Antonomase.

L’antonomase, selon la réthorique de l’antiquité grecque est de prendre un nom commun pour un nom propre, ou inversement.

Ainsi, on parlera d’un don Juan, pour un séducteur ; ou un Apollon, pour un bel homme.

 

  • L’apostrophe

L’apostrophe est une technique qui permet de prendre à partie son locuteur.

Plutôt que de débiter un discours auto-centré sur soi, ici, on prend l’avis de l’autre. On s’adresse à quelqu’un pour mieux intégrer la relation de communication.

 

  • La prosopopée.

A utiliser avec discernement, la prosopopée permet de faire référence à des gens qu’on ne peut toucher, car ils sont morts. On utilise avec bienveillance leur souvenir, leur mémoire.

 » si ton grand père père était là, tu dirais … ».

 

  • L’anaphore.

L’anaphore, selon la réthorique grecque est de commencer ses phrases pa un même mot, ou groupe de mots.

Le président de la République François Hollande l’a largement utilisé lors de son débat avec Sarkozy : « Moi président, ». François Hollande utilisera la formule qui lui donnera une stature d’orateur.

 

  • La concaténation.

Une technique souvent utilisée par les orateurs de la Grèce antique, et spécialistes de la rhétorique, c’est de reprendre le dernier mot dans la phrase suivante. « Tou renaissait pour s’embellir ; tout s’embellissait pour plaire ».

 

Ces mots, ces techniques de réthorique donnent cette beauté aux mots, aux phrases.

Elles ont un vrai pouvoir qui procède à la persuation. Et surtout, à cette belle jouissance des mots qu’on écoute.

 

A vous de jouer !

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