Killing an Arab. Ou comment les mots nous dépassent.

« Killing an arab » est le premier single du groupe The Cure.

La chanson, traduite par « Tuer un arabe » peut heurter, et être considérée comme raciste.

Pourtant, elle fait référence au roman « L’Etranger » d’Albert Camus.

Robert Smith, le compositeur est plutôt humaniste.

L’oeuvre créatrice, une fois produite, a dépassé l’auteur.

Une  histoire à picorer !

L’Etranger.

the_cure_killing_an_arab_camus_etrangerRobert Smith est plutôt intelligent, puisqu’il lit Albert Camus, un des plus grands romanciers de notre civilisation.
Albert Camus a toujours prôné la tolérance, le respect de l’Autre.

Son essai « L’homme révolté » retrace d’ailleurs l’ensemble des initiatives humaines pour répondre à
la question de ce qu’est l’homme révolté face à l’injustice.

La chanson « Killing an arab » fait référence au roman  « l’Etranger« , qui se déroule en Algérie.

Dans ce roman, le protagoniste principal tue un arabe, sans motivation, aveuglé par le soleil.

La chanson « Killing an arab ».

killing_an_arab_camus_cureA la sortie du single, le compositeur envoie aux maisons de disque un exemplaire du livre d’Albert Camus ; pour expliciter que la chanson n’est pas raciste.

Mais l’oeuvre est détournée par les mouvements racistes, et devient même un hymne pour le Front National Britannique.

Le groupe The Cure doit apposer un autocollant sur les disques, pour justifier que la chanson n’est pas haineuse.

Le groupe a par la suite, pendant des décennies, dû continuellement justifier l’aspect humaniste de la chanson. Seul le titre « killing an arab » renvoie à un propos haineux.
Plus tard, pendant la guerre du Golf, cette chanson est diffusée à des fins de propagande guerrière.

Là encore, le groupe The Cure doit intervenir, et le compositeur s’il a à regretter une chose dans sa carrière ; c’est celle de ne pas pouvoir changer le titre de sa chanson ; dit-il.
Finalement, le groupe The Cure décide de modifier cette chanson, par « Kissing an arab », ou « killing another ».

Le média, et le poison.

La méfiance des grecs à l’égard de l’écrit, à l’époque grecque, est intéressante à évoquer :
La pensée lorsqu’elle est écrite, et médiatisée ( sur un support tel le livre, une chanson ) n’appartient plus à l’auteur, à celui qui tient le discours.
On ne maîtrise plus sa pensée.
Le média ( de Medius, « entre » ) devient cet intermédiaire entre l’auteur et le récepteur.
Platon parle de « Pharmakon » à propos de l’écriture : un poison.
Pour lui, l’écriture permet aux sophistes, au Vème siècle avant Jésus Christ, de diffuser des idées toutes faites.

De là d’ailleurs une méfiance plus globale vis à vis des médias, qui perdure encore au XXeme siècle et de nos jours :
on se méfie toujours de cet objet, le média : les films violents à la télévision, la télévision abrutissante, les jeux vidéos violents.
Demandez pourtant à quiconque ce qu’il pense de la télévision : il vous dira que c’est bête, qu’il n’y a rien d’intelligent.

Même si au final, tout le monde la regarde ( ou presque ).

Le réflexe « reptilien » ( ancré dans notre cerveau primaire ) est bien de dénoncer cette « chose » maléfique qu’est le média.

Ici, l’exemple de « Killing an Arab » n’est pas exactement le même. Il s’agit plutôt de la portée d’une oeuvre artistique.
Mais le mal est le même :
les mots nous échappent. Dans un contexte, ils sont détournés.
Troublant, Albert Camus a lui même été victime d’une phrase prononcée :

En ce moment, on lance des bombes dans les tramways d’Alger. Ma mère peut se trouver dans un de ces tramways. Si c’est cela la justice, je préfère ma mère.

Cette phrase sera détournée, et on retiendra « Entre la justice et ma mère, je choisis ma mère« .

Phrase qu’Albert Camus n’a pas prononcé.
Histoire de téléphone arabe, qui fait de Camus un chantre du terrorisme. Quel écueil.

De fait, sans être artiste, notre vigilance quant à nos positions, nos messages est importante.
Un commentaire, un tweet, une phrase mal formulés peuvent nuire, qu’on le veuille ou pas.

l’etranger aujourd’hui !

killing an arab renvoit aujourd’hui au populisme, au repli sur sur soi. L’Europe comme les États Unis sont confrontés à une vague prévisible d’un monde où il  faut trouver un endroit stable , de l’amour . Et c’est l’humanité qui doit primer tout en conservant l’exigence : accueillir et rester soi !

On lira la règle des 3I sur les réseaux sociaux, et la règle des 3P pour une communication sereine ; qui permettent de bien prendre conscience de l’environnement où l’on communique, et le contexte qu’il faut aborder clairement.
On lira aussi l’univers d’Albert Camus : Albert Camus.
Pour ne pas tuer un arabe. Mais l’embrasser.

Crédit photographique : Edouard Caupeil Sur les traces d’Albert Camus.

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Classé dans Billet, Bonnes pratiques de communication, buzz information et communication, Condition humaine

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