Le bouton « off » ou comment éteindre sa vie numérique

Dans notre monde réel, point de désillusion. On ne peut jamais s’arrêter de communiquer. C’est l’axiome fondamental, révélé par Watzlwawick . « On ne peut pas ne pas communiquer ». L’exemple simple à comprendre, c’est le voyageur dans l’aéroport, affalé sur son siège en train de dormir. Malgré lui, il communique : « je suis fatigué, j’ai un voyage fatiguant ».

A la différence, dans le monde de nos usages technologiques, il suffit de peu. On appuie sur le bouton « off ». On éteint la radio. On ferme sa session « Facebook », ou on pose son status à « je suis occupé / je suis absent ».

L’objet de cet article n’est pas de fustiger les réseaux sociaux, mais de réfléchir à notre rapport fusionnel avec lui.

Les effets dévastateurs du « tout connecté ».

La sphère privée connectée sur la sphère internet

Dans le domaine privé, la connection en permanence devient addictique.

3 populations sont concernées :

  • Les surfers d’internet : les jeux en ligne ( poker) , les jeux vidéos, les réalités virtuelles ( second life ) : elles rassemblent une population isolée face au monde numérique. Peu de contact, d’échanges existent . L’objet du rapport au monde virtuel est purement de se confronter à un monde froid.
  • Les influenceurs du web : que ce soit twitter, les forums, les bloggeurs, leur objet se concentre sur leur visibilité sur le web. Etre présent. En visibilité, et aussi capter le maximum d’informations utiles pour soi.
  • Les réseaux sociaux addicted : attribués à la Génération Y, les réseaux sociaux immergent toute les générations. Partager, commenter, se retrouver. Le bouillon chaud de la fusion avec ses « potes », sa famille, ses amis.

Nous nous attacherons ici sur l’analyse des 2 dernières populations.

le « Human Rank » : être sur la toile et avoir une légitimité.

Le « google rank » est un indicateur populaire dans le monde de l’internet, sur la visibilité et l’importance d’un site. C’est se confronter au fameux algorithme de Google qui permet de mettre en avant son site, dans les recherches sur le moteur de recherche google.

Ici, je définie le « Human rank », car aujourd’hui, c’est l’importance de soi, et non plus forcément de son site qui devient un enjeu. Etre reconnu sur Twitter, sur facebook, sur l’ensemble des différents réseaux sociaux.

Les blogueurs souhaitent le maximum de visites sur leurs sites. Les « curators », qui aggrègent des liens, sous forme de journaux ( comme paper.li , un exemple : paperli d’Olivier Parent ).  Ne plus être présent, on-line, c’est vite être oublié, puisque les réseaux sociaux et le monde virtuel vit dans le présent, et dans l’immédiat.

De nouveaux outils permettent de déterminer sa « popularité » sur la toile. Par le nombre d’abonnés qui vous suivent sur Twitter. On prendra l’exemple de Jean Luc Raymond, dont ses messages sont lus par 200 000 abonnés. Autant qu’un journal ou qu’un magazine.

Etre visible sur internet, c’est aussi ne pas l’être.

Les moments de « pause » numérique sont là pour respirer, et alimenter ses réflexions, sa pensée. Par soi même, et pas toujours penché sur la sphère numérique, qui va trop vite.

Les réseaux sociaux, ou une génération Y seule au monde virtuel .

L’adolescence est un moment particulier et difficile.

Aujourd’hui, la génération Y est incarnée par cette adolescence connectée sur le téléphone par les SMS, ou les réseaux sociaux. Pour l’ado, rien de plus facile de communiquer avec sa « tribu ».

Ou de pouvoir intimement communiquer sans rougir avec une copine ou un copain, en lui disant « J t eme », en quelques lettres. « Message envoyé ». Avec son tissu relationnel, être présent sur les réseaux sociaux est primordial.

Dire ce que l’on fait, qu’on a beaucoup d’amis. Quitte à tricher.

Car le monde virtuel n’est pas plus magique que le monde réel. Et dans le monde réel, l’ado s’ennuie souvent, et n’a jamais une vie sociale hyper développée.

Se forcer à se donner une image sur le virtuel que l’on n’a pas dans la réalité, voilà un décalage qui peut perturber. Rester en contact devient un leitmotiv, peu importe le contenu du contact, du message, du contenu.

L’effet pervers est la sensation que l’on perd quelque chose si on n’est pas toujours en contact. Avec ses amis, ou avec l’information ( au sens large ). La peur de manquer, de passer à côté de. Cela a un effet , car plus on alimente la sphère numérique de ses états d’ames, smileys, textos ( par téléphone, tweet, ou post ), plus on est sensibilisé aux autres, et leurs propres .

C’est un effet, formalisé, sous le concept du Fomo. Voir le Fomo, ou le blues des adolescents.

La sphère professionnelle

Dans le domaine professionnel, l’usage des ordinateurs, et surtout des portables est devenu central.

Dans les réunions, devant le locuteur, tous continuent de rester connecté à leur vie numérique : messagerie, travail annexe.

Le syndrome de la réunion no man’s land. Cas d’étude.

Les réunions, seul au monde réel.

Dans les grandes entreprises, où les cadres se réunissent, un nouveau syndrome est arrivé, subtilement.

Bien que présent physiquement avec ses collègues, l’ordinateur portable est toujours là. Et on écoute à la fois l’animateur de la réunion, et en même temps on lit ses mails, on y répond, etc…

C’est oublier les basiques de toute communication entre individus.

Cette communication se fait entre un locuteur et un destinataire.

Si le destinataire n’est pas réceptif, car concentré ailleurs, l’émetteur le sent, et perd ou ses moyens, ou toute considération.

Dans l’analyse faite en entreprise, beaucoup de « connectés » répondent :

  • « 1. j’ai beaucoup de travail . Pendant la réunion, je continue seul à travailler . »

C’est remarquer que les travailleurs ne peuvent s’arrêter et se déconnecter.

Stopper son activité une ou 2 heures devient impossible. Dans un monde où rien ne s’arrête est . Faisons référence à la sieste,  dans le monde méditerranéen qui oblige la « pause », la déconnection avec le monde. C’est l’absence de recul sur nos modes de travailler qui empêche chacun de s' »arrêter ».

Dire que l’on est débordé, et que j’ai BEAUCOUP d’autres choses à faire c’est dénigrer l’animateur de la réunion qui,lui, aurait le temps de faire sa présentation ?

  • 2. » je suis « multi tâche », en substance : je peux écouter le locuteur et faire autre chose en même temps. »

C’est d’abord « dénigrer » l’effort du locuteur, qui a besoin d’un retour des personnes qui l’écoutent.

Les sciences de l’information s’attachent largement au « feedback », la rétroaction, dans la communication, du retour de celui qui envoie un message .

Parler à des collaborateurs dont on ne sait pas s’ils écoutent déstructure la forme élémentaire de la communication.

Montrer que l’on est attentif est gage de respect, en entreprise.

L’animation en entreprise d’une réunion est en ce sens primordiale :

1. La préparation de la réunion doit se focaliser sur ce qui peut rendre le plus attentif les collaborateurs. « Comment susciter l’attention ? ».

2. Indiquer en début de réunion « Rallumez vos ordinateurs si ce que je dis n’est pas intéressant » ; ou « Rallumez vos ordinateurs en fin de réunion ». Ou plus politiquement corporate : « Usez de votre ordinateur pour prendre des notes, ou pour régler un problème urgent, je compte sur vous ».

Bien faire comprendre que l’on peut se déconnecter, un peu…

Quitte à donner l’exemple à l’auditoire  : « Ma fille est toujours connectée, ça me soule, moi, je me déconnecte. Je suis à vous ! »

Article relatif, à propos du FOMO : Fear of Missing Out.

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11 Commentaires

Classé dans Billet, Bonnes pratiques de communication, médiologie, Mes propres textes, Usage internet

11 réponses à “Le bouton « off » ou comment éteindre sa vie numérique

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  3. ImAlexGauthier

    Intéressant ce billet sur la cyberdépendance. J’apprécie particulièrement le truc pour avoir des réunions « offline ». Je vais essayer dans ma prochaine rencontre lundi !

    • Bonjour,

      Merci de votre commentaire.
      Dire « Stop » aux réunions avec les PC allumés est délicat, j’essaye de l’appliquer , quitte à tourner en dérision parfois les collègues trop plongés dans leur messagerie mail pendant que je fais une présentation.
      Je préconise aussi d’inviter les participants à eux-même présenter quelquechose en quelques mots.
      Je suis intéressé par ces « quickwin » permettant de convertir nos usages numériques en énergie humaine !
      Cordialement,
      Guillaume

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