Le Mythe de la révolution 2.0

Les révolutions en Tunisie, en Syrie,  et en Egypte ont attiré l’œil des médias, comme des « révolutions 2.0 », en référence au « web 2.0 » ; c’est-à-dire comme une révolution par l’outil numérique, et des réseaux sociaux.

Les premiers signes d’accompagnement d’un soulèvement populaire par les réseaux sociaux sont apparus lors du soulèvement en Iran, en 2009. Les fondateurs de Twitter avaient eux même été surpris de ce détournement de l’usage de Twitter en vue d’informer sur la situation du pays. A l’intérieur, comme à l’extérieur.

Une censure des médias, pour quoi faire ?

Maîtriser l’information semble capitale pour les dictatures. Les médias sont vus comme un outil de propagande. La télévision d’Etat permet de canaliser l’information et la déformer. La télévision Egyptienne a souligné par exemple les troubles du pays comme fomentés par les occidentaux. Si les médias occidentaux ont applaudi cette formidable lutte pour la démocratisation par les réseaux sociaux et internet, c’est appuyer un peu trop sur leur force. Il faut nuancer. La propagande a un effet limité sur les foules.

La propagande d’Etat ou l’information révolutionnaire inefficace.

Harold Lasswell, politologue, et spécialiste de la communication de masse, a travaillé sur l’impact et l’utilisation des techniques gouvernementales. [ Propaganda Techniques in the world war, 1927 ].

L’idée reçue selon laquelle, par exemple, le nazisme a pu influencer les plus faibles socialement, par la propagande est à revoir. Hitler n’a jamais obtenu la majorité des voix lors des élections. Et il n’a pris pouvoir que sur décision d’Hindenburg : le lien entre la montée du nazisme, et celle de la radio n’est pas établi. [ bilan de Larsen, Hagtvet et Myklebust ]. Comme le souligne Lazarsfeld «  on oublie souvent qu’Hitler n’a pas accédé au pouvoir grâce à la radio, mais presque contre elle, puisqu’au temps de sa montée vers le pouvoir, elle était aux mains de ses ennemis ».

La propagande existe bien dans l’esprit de l’émetteur, mais elle ne permet pas de comprendre les actes du récepteur qui dispose des capacités de fuite ou de contradiction. ( les Russes sous la dictature communistes savaient « blaguer » avec ironie de leur appareil d’Etat ).

La propagande peut « marcher » si elle rentre en résonnance avec les attentes des populations auxquelles elles s’adressent. Cette analyse sur  la propagande d’Etat s’applique également sur la propagande de milieux révolutionnaires.

Le Mythe de la révolution 2.0

L’accompagnement des réseaux sociaux n’est pas à contester, puisque ceux-ci permettent de démultiplier une information au plus grand nombre, et surtout à ceux qui sont isolés.

L’instantanéité des réseaux sociaux permet d’accélérer la diffusion de ces informations. Cependant, les messages partagés ne sont soumis à aucune vérification objective, ni journalistique. La trainée de poudre provoquée par une information est à mettre en parallèle avec la rumeur, qui possède des caractéristiques communes dans ses mécanismes de diffusion.

Qu’est-ce-qu’une Révolution 2.0 ?

Avant le soulèvement populaire, on notera que les réseaux sociaux ( facebook, twitter, blogs ) étaient connectés « on-line », et que le déchainement d’information sur la situation est plutôt une conséquence qu’une cause ou un encouragement à la révolte.

Pourquoi ? Souvenons nous d’abord ce qu’est une révolte. Albert Camus [ L’homme révolté, 1951 ] définit la révolte comme un moment où l’opprimé considère que son oppression va trop loin. « Jusque là, oui, mais cela n’est plus acceptable ». Cela n’est plus tolérable. Le sentiment de révolte est d’abord nourri de tripes, de cœur, avant d’être intellectualisé, ou « médiatisé ». ( dans le sens d’utiliser un vecteur de média ). Au contraire, les réseaux sociaux, par leur pauvreté sensorielle, sont plutôt un jugulateur d’un malaise ; et peuvent appaiser une souffrance, une injustice par son expression par la raison ( les mots soignent les maux ). [ on nuancera par la diffusion de videos poignantes, qui appellent au cœur plutôt qu’à la raison ]

Le soulèvement soudain est une explosion de soi, de tout son être, et d’ailleurs le révolté va plus loin que ce qu’il a toujours accepté dans l’injustice. Il va oser revendiquer, voire tuer. Ce n’est pas la tête qui réfléchit à ce moment là, mais le corps.

Les réseaux sociaux sont donc surtout un moyen d’accompagner la révolte. Les moyens, s’ils sont mis en avant par un fascination pour les nouvelles technologiques [ voir Apocalyptiques et Intégrés, Définition ], sont multiples et ne sont pas que numériques : le téléphone, les tracts, les manifestations, le bouche à oreille. Ce qu’on pourrait appeler le « twitter pote à pote » : c’est-à-dire tout simplement raconter verbalement dans la rue ce qu’on à vu ( Tweet ) et raconter ce qu’on m’a raconté. ( reTweet ).

Ne parlons pas d’une révolution 2.0, mais d’une révolte humaine, qui utilise des moyens modernes ( la population de ces pays est jeune ).

Ne résumons pas ces révoltes douloureuses et exaltantes à un « buzz » sur l’usage du numérique dans la révolte.

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