Ma vie de ver de terre et de powerpoint !

Ma vie de ver de terre et de powerpoint.

Suis-je un ver de terre ?

Je suis un ver de terre qui s’alimente de powerpoint. Petit instant de condition humaine !

Temps de lecture : 20 minutes. Juste ce qu’il faut pour découvrir Zeboute à nu, comme le ver de terre 🙂

Une vie lente du ver de terre.

Je pourrais être un ver de terre.

Celui qui toujours avance. Lentement.

Devant.

Ne pas regarder derrière, ce n’est pas là où tu vas.

Chaque jour, et même pendant la nuit, les vers de terre se meuvent doucement aspirant la terre pour y trouver la subsistance. Les minéraux.

J’en sais quelque chose. Bébé, j’avais avalé la terre du pot de fleur dans l’appartement rue des aubépines. A Grande-Synthe.

Provoquant la fureur et le désarroi de mes parents.

Je n’avais pas compris que manger la terre n’était pas le propre de l’homme, même en tant que bébé.

Mais j’avais compris que la vraie vie, c’était d’être un ver de terre et de se nourrir de la terre. L’autonomie.

Alors je suis resté ver de terre. Cette lenteur salvatrice ?

Alors j’ai commencé à kiffer les vers de terre :

Le ver de terre bouge lentement, dans une grâce universelle.

Un élément artistique de contorsion, de lenteur propre à la lenteur du monde. La slow attitude. Prendre le temps, faire les choses lentement. Maintenant médiatisée.

Le management 3.0 fait l’ode à la lenteur. Take Time. Prendre son temps. Le ver de terre donne l’exemple.

Malheureusement, on voit peu de reportage à la télévision sur la vie des vers de terre.

Au même moment, les abeilles butinent.

Elles, elles accélèrent. Et j’ai du mal à les suivre. Et je ne veux pas trop les suivre. J’en ai eu l’amère expérience de me faire piqué, tout petit.

Elles vont vite, là de la ruche, elles sortent, vont sur les fleurs, l’une, l’autre. L’autre. Encore l’autre.

Sans se poser de question.

Ne pas se poser de question et avancer.

( encore).

Le ver de terre et les abeilles ont ce point commun. Se propulser dans son univers.

Qui suis-je ?

Je ne suis pas qu’un ver de terre. Je suis aussi un être humain. Et je marche sur deux jambes.

Sur deux jambes. Point.

Marcher sur des deux jambes, c’est pour avancer.

Une troisième jambe aurait pu faire trépied et rester là, dans la contemplation. Mais nous n’avons pas trois jambes.

Deux suffisent à exister, bouger. De son corps, son esprit.

Alors avec deux jambes. Il faut avancer. Toujours.

Écouter l’éclat des voix dehors.

Sentir ses muscles respirer.

Et sentir le souffle sortir,

Sortir ses états d’âme.

Sortir ta puissance de vie.

Le soleil est au zénith. Il est toujours là, encore.

Il irradie d’énergie.

Pendant ce moment, je pense.

Et… la pensée doit pointer l’action.

Nombriliste, Et moi ?

Le contemplatif est stérile. Sauf si j’écris des vers ( encore ). Comme encore un ver. Un peu de poésie, quoi !

Et faire bouger le monde.

A sa hauteur bien sûr.

Laisser une trace, un peu.

Et peut-être mettre de coté ses peurs, ses fantasmes, ses doutes.

La nature s’en fout de mes doutes. Elle naît et renaît. Toute seule.

Et nous, petit homme de l’humanité, on regarde ces traces. Derrière, devant.

Nombrislite, dit-on.

Et juste imprimer de son corps dans le monde notre trace indélébile qui ne demande rien.

Comme des pas sur le sable. Qui disparaîtront, effacés par la mer.

D’autres traces ? Un verre où notre empreinte de nos lèvres a laissé une vapeur humaine. Moi même.

Mon odeur. Moi. Tiens, oui ; mon empreinte. Ma sueur.

J’existe un peu, physique, imprimé. Même provisoirement sur ce verre qui sera nettoyé, lessivé. Oublié.

Ces traces réelles. Loin des traces numériques que je laisse partout.

 

Mes traces virtuelles : le powerpoint.

Loin des schémas et powerpoint qui resteront sur le disque dur de l’entreprise.

Le ver de terre ne comprend pas mes slides sur PowerPoint que j’ai pourtant soigneusement préparé pour une réunion importante. Pff..

J’en ai parlé à la caissière de carrefour market avec qui j’échange souvent. Elle ne comprend pas non plus powerpoint.

«  A quoi ça sert ? ». Heu.

Décidément, powerpoint est l’outil des cadres qui souvent écrivent un peu ce qu’ils ont dans la tête. Pour ne pas oublier.

Alors qu’il est plus simple d’utiliser les mots, les sourires, les gestes.

Bref, avec la caissière , cependant , on ne parle pas que de prix ou du « Paiement avec ou sans contact ? » de la carte bancaire.

J’aimerais souvent lui dire que je préfère le contact. Mais souvent, elle baisse les yeux et me dit gentiment : « vous voulez le ticket ? ».

Ces rituels qui nous rassemblent.

Comme le rituel du ver de terre qui se mord la queue régulièrement. Discrètement. Il est seul dans la terre. Sauf quand je déterre à la pelle la motte de terre.

On s’oublie trop souvent. Et on a tous un rituel. Propre à soi. Celui d’une certaine condition humaine.

Alors , reconsidérons le geste quotidien qui nous meut ; sans trop savoir pourquoi parfois.

7h50.

A 7h50 précisément, la radio s’enclenche et vomit la fin du monde.

Je suis résistant et vaseux, j’ouvre les yeux. Il fait noir, mais ouvrir ses yeux c’est dire bonjour au monde. Là je pense à mon amour. Et rapidement mon corps se réveille. Les muscles raides. La queue dure. Conditionné par le quotidien. Comme le ver de terre qui écrit sur son carnet de bord qu’il aura à parcourir 3 mètres de terre aujourd’hui.

Je ne sais pas. Le ver de terre n’a pas de yeux.

Moi j’en ai; j’en profite. Je clignote et les yeux sont encore brouillés.

La douche et l’eau, l’élément essentiel de la vie. Un réveil du corps. Où suis-je ?

Je n’ose pas boire l’eau du jet d’eau de la douche. C’est la même eau du robinet que je bois à la cuisine, pourtant.

Ce bonheur de pouvoir boire à volonté; lorsque dans certains pays, la femme , les enfants font des kilomètres pour boire ces même gorgées d’eau.

Mais j’ai déjà oublié.

Je suis passé de la douche à la cuisine pour boire un café. A ce moment, je suis déjà un robot. Je pense déjà à la journée.

Non aux arbres qui fleurissent, non à mon corps qui se déploie. Non à mon existence.

Bon, je suis déjà propulsé dans une vie de travail.

De bien faire, au sens de l’artisan qui soigne le geste. Mes gestes sont virtuels. Ils manipulent des concepts, des powerpoints, des histoires virtuelles qu’on essaye d’ancrer dans la physicalité du monde.

Avec des cayons, des post’its. Un schéma régressif de l’enfant qui dessine.

Je ne me plains pas. Une manière de retrouver le style. Le réel. Celui d’une enfance chérie et qui plaît au quotidien.

Le monde change, l’entreprise change.

8 h 29.

Bodies in Urban Spaces, Willi Domer

Je suis dans la voiture.

La radio répète la même fin du monde.

Je pourrai écouter de la musique qui ferait oublier.

Mais non, c’est moi.

D’ailleurs, je n’écoute pas la radio.

Je pense déjà à mon univers virtuel d’un job qui me nourrit.

En ce moment, j’ai l’impression d’être un super man qui va casser le monde qui s’oublie. Et qui va se fracasser dans le pire.

Mes collègues ne comprennent pas tous mon horizon. Celui de remettre malgré eux l’humanité, le respect, la révolte. Mon job, c’est de créer des outils qui peuvent servir. Remettre un petit brin de condition humaine, ensemble, dans un monde plutôt préoccupé à se focaliser sur soi.

Son confort, son envie du tout tout de suite.

Comme ne pas attendre à la caisse, alors que c’est plutôt sympathique d’attendre à la caisse.

Et d’observer toute l’humanité, la diversité. Devant, dans l’attente, j’observe la maman qui prend main de son petit garçon. Derrière, une veuille dame, affaiblie, pose péniblement sa boîte d’œuf sur le tapis.

Un moment de grâce que je n’ai jamais retrouvé sur les pages blanches du site Amazon qui proposent de mettre notre vie et nos désirs dans le panier. Tout de suite. Toujours tout de suite.

L’ennui et la contemplation sont morts.

Et dans la queue de mon magasin de quartier, je sens vivre encore un dernier moment unique.

La vieille dame a sorti de son porte monnaie quelques pièces. La caissière l’a aidé à trouver la monnaie.

A ce moment, j’ai respiré.

Et j’ai juste lancé avec bêtise un sourire à cette vieille dame. Plein de grâce.

Une humanité.

Chère à camus.

9 h 00.

Je sens une petite légèreté. Mes collègues me sourient, on va faire des choses ensemble.

Et la journée que je pensais lente, comme le ver de terre s’accélère.

Tout devient urgent, tout devient passionnant.

J’ai vaguement parlé à mes collègues du ver de terre.

J’ai vu un regard interrogateur.

On est toujours seul au monde.

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