Edgar Morin et la pensée complexe

edgar_morin_pensée_complexe_méthodeEdgar Morin, Michel Serres nous sont familiers.
Grands philosophes et chercheurs, ils interviennent avec jouissance à la télévision, ou la radio pour éclairer notre monde.
Edgar Morin a écrit avec intelligence un volet de six livres, autour de la complexité du réel.
Sa force est celle de remettre à plat tous nos préjugés appris, ou acquis dans notre vie scolaire, culturelle, spirituelle.
Et à bousculer les Grandes Idées, pour revenir à une réflexion du bas.
Et surtout à rendre transverse nos savoirs.

Fi des experts dans leurs domaines. Décloisonner nos connaissances.
Focus sur un grand Directeur de recherches !

La Méthode et la pensée complexe.

La connaissance, acquise dans nos livres depuis des siècles nous a appris des lois, concepts fondamentaux, pensant qu’ils expliquaient tout.
C’est la limite de l’apprentissage qui se doit d’être synthétique, et balayer des siècles de connaissance.
Appréhender l’ensemble des connaissances était encore possible au XVIème siècle.
Un grand génie qui maîtriser divers sujets dans tout domaine est Léonard de Vinci : scientifique, artiste.
Aujourd’hui la connaissance est cloisonnée dans chacun des domaines, et par des experts.
Edgar Morin a introduit le concept de pensée complexe, et décliné dans un tome de 6 livres, autour de « La Méthode« .
Non pour écrire un principe qui expliquerait et rassemblerait toute la connaissance.
Mais au contraire écrire une façon de tisser des liens entre les pans de la connaissance.

La pensée complexe se réfère à l’étymologie du mot « complexus » : « ce qui est tissé ensemble ».
Appréhender le réel c’est d’entrecroiser les domaines, d’entrelacer les connaissances.

Edgar Morin nous apprend par sa Méthode à reprendre « par le bas » chacun des sujets de connaissance plutôt que « par le haut ».
Il n’y a pas de concept absolu qui explique tout, mais plutôt une superposition, par strates, de concepts qui s’entremêlent.
La capitalisation de la connaissance se fait ainsi par rétroaction, thème cher de la cybernétique.

Je vous propose ici de casser nos schémas mentaux sur la toute puissance de l’esprit humain, construit sur le schéma du progrès humain continu.

Qu’est ce que l’intelligence ?

Les raisonnements qui auraient permis aux homme de vivre plus heureux ont abouti à la Terreur, aux totalitarismes les plus froids à la religion la plus fanatique.
Quelles déviances ont permis cette bêtise humaine aussi flagrante ?
L’absurde de Camus ou la parole du sage sont pourtant clinquantes ; c’est la mesure des choses et la raison du cœur les seuls salvatrices.
Raisonner, penser en évitant de projeter les quelques axiomes d’un système , une théorie jusqu’au boutisme creux et totalitaire.
Lazaret Bickel dit :

« L’intelligence est notre faculté de ne pas pousser jusqu’au bout de que nous pensons afin que nous puissions croire a la réalité. »

Voilà le point crucial qu’il faut développer ici.

Résumé des épisodes. Une science confortante.

penseur_rodin_pensee_nue_outilLa science n’a pu exister qu’en séparant à un moment donné la croyance de l’observation.

Autrefois, on projetait un phénomène dans une représentation cosmogénique, religieuse.
On n’explique pas : on intègre l’inconnu dans un système de valeurs, de représentations.

Observer le phénomène de la lumière et l’expliquer nécessite un observateur détaché du phénomène même.

L’observateur et l’expérience sont les postulats de la science qui apprend la mesure, le caractère de reproductibilité du phénomène en dehors de toute considération personnelle.

Les instruments de mesure commencent à donner les outils au scientifique.

Pascal y ajoute la décomposition du problème en somme de problèmes plus faciles à appréhender. La somme des parties forment le tout.

Ces axiomes, les lois formulées, cette réflexion ont apporté la rigueur.
Les résultats ont permis ce dont nous jouissons aujourd’hui. En aucun cas, il n’est question de fustiger cette façon empirique et rationnelle de considérer la science.
La science a construit un formalisme, un système de lois dont les corollaires expliquent le monde.
l’ordre est créé. tout phénomène s’intégre dans un ordre du monde très réconfortant, abouti.
Une horlogerie mécanique bien huilé par les forces de la gravitation les forces électromagnétiques etc..

La rupture scientifique.

les principes de la la thermodynamique vont faire craquer la mécanique.

Il s’agit des principes de Carnot :

  • le premier principe de Carnot définit l’énergie.

Toute transformation mécanique peut se convertir intégralement en énergie électrique chimique et inversement.
C’est cela qui a permis par exemple la locomotives qui transforme l’énergie thermique en énergie mécanique.
Et transforme l’énergie dégagée par la combustion du charbon en énergie mécanique et fait avancer le train.

  • Le second principe de Carnot montre cependant que l’énergie calorifique ne se transforme pas intégralement en d’autres énergie, mais pire se dégrade.

A un moment donné, à force de transformations, l’énergie a atteint un maximum ou plus aucun travail n’est possible.
Or il apparaît que le l’énergie calorifique est un mouvement désordonné des molécules.
Il arrive donc un moment où toute transformation physique aboutit à un état stationnaire d’énergie calorifique.
Qui est un état pur de désordre inimaginable.
Toute modification, tout travail physique aboutit donc à un état stationnaire non fait d’ordre, comme on le pensait, mais au contraire à un état désordonné maximal.
Les choses ne sont pas en ordre serein d’équilibres tranquilles ; mais au contraire elles correspondent à un degré de désordre maximal.
On pensait le mouvement du monde plaqué sur des lois déterministes.
Or cet ordre au final est construit à l’inverse sur un désordre monumental des plus infimes parties du monde, les molécules.

Voilà un premier pan de la science qui s’écroule.
les pratiques scientifiques de plusieurs siècles font défaut.

La belle horlogerie du monde est plus compliquée que cela..

L’erreur qui a subsisté le long de cette histoire des sciences et des idées, c’est de penser que l’organisation, la construction du monde venait « d’en haut ».
c’est d’abord la religion la première responsable. Le monde est créé par Dieu et l’explication des choses suit une logique divine.
Lorsque la science s’est détachée de la religion, elle a gardé le caractère d’une force supérieure qui puisse tout régenter.
Les premières découvertes des grandes lois de la gravitation ont confirmé cette première analyse.

La seconde chose c’est que le spectacle de la nature pousse évidemment à penser que tout cela est concerté et que la beauté des mécanismes physiques ( beauté du ciel ) biologiques ( beauté de la vie ) était due à une nature omnipotente, « dame nature » comme on l’appelait.
Tout vient d’en haut. Et jusqu’ à l’homme.

les dernières découvertes qui datent du XXème siècle tendent à montrer que tout vient au contraire d’ en bas, et que l’esprit humain n’est pas supérieur.
Le monde régenté par l’Esprit s’écroule.

les fractures sont les suivantes :

  • Découverte que l’ homme n’est pas au centre du monde, avec Galilée et Copernic.
  • Découverte que l’homme n’est pas un être absolu, figé, fini comme créature suprême de la nature. La théorie darwinienne indique qu’il est comme tout être biologique soumis à l’évolution. l’homme aujourd’hui n’est qu’une espèce en sursis et en mouvement…
  • Après avoir ainsi découvert que l’homme n’était ni le centre du monde, ni le centre de l’espèce, il s’avoue vaincu aussi dans ce qui est en lui :

sa conscience n’est pas le centre de l’esprit. L’inconscient révélé par Freud pose que conscient et inconscient coexistent dans un jeu où l’Esprit humain n’est pas toujours le maître de ce qu’il est, et de ce qu’il pense. L’ordre des choses n’est pas là où on le pensait…

  • La découverte suivante achevé l’homme dans ce qu’il pense avoir le plus puissant de son être : la rationalité.

Le théorème de Godel montre que lorsqu’on définit un système d’axiomes donnés, il existe toujours une contradiction, un paradoxe qui empêche à ces axiomes de coexister entièrement et totalement dans me système de pensée construit.

L’exemple du Crétois en est une illustration :
le crétois nous dit : les crétois sont des menteurs. Aussi, si la formule est vraie, c’est que le crétois ment. La formule n’est donc pas vraie. Si la formule est fausse, c’est que le Crétois ne ment pas, et que la formule est vraie. On se mord la queue !

La raison est prise au piège. La rationnalité qui a porté tant de progrès dans la pensée humaine trouve sa limite.
Les contradictions de la pensée humaine et de sa connaissance ont quelques exemples dans la science.

Les scientifiques observant la lumière s’aperçoivent ainsi que la lumière a une nature différente selon le point de vue de l’observateur.
Selon le point de mesure adopté, la lumière est tantôt particulaire, tantôt ondulatoire. Sa nature dépend du protocole de l’expérimentateur. Le postulat de base de la science qui excluait l’observateur du phénomène qu’il expérimente devient erroné : l’observateur agit lui-même sur le résultat de son expérience.
Comment travailler alors ? la théorie qu’on formule dépend intrinsèquement de la façon dont est menée l’expérience. Un non-sens pour un scientifique !

Quelles conclusions ?

L’erreur initiale de l’homme est d’appliquer abusivement pour des raisons historiques et pragmatiques un principe général, supérieur régissant la loi de la nature.
Non que ces lois soient fausses, mais le raisonnement jusqu’au boutisme a amené les erreurs.

Et surtout de penser que l’esprit humain et l’homme était le centre de tout.

Ensuite, l’homme ne peut concevoir une connaissance du monde avec l’outil rationnel seulement, car cet outil est insuffisant.

Repenser le monde non d’en haut, de principes absolus mais repenser le monde et sa complexité avec tous les outils dont on peut disposer maintenant.
C’est le sens d’une pensée complexe, selon Edgar Morin.

A suivre, la suite, sur la méthode et la Nature, sur l’origine du monde  : Edgar Morin, la Méthode d’un monde complexe.

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3 Commentaires

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3 réponses à “Edgar Morin et la pensée complexe

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