Le 45 tours, cet objet désuet du 20 ème siècle

Le 45 tours vinyle est il mort ?
Les puristes et fétichistes de l’objet qu’est le 45 tours rétorqueront que non !

il a une vie encore aujourd’hui.
Pourtant, constatons, que le lent mouvement du tourne-disque s’est arrêté, lentement…

Retour sur un objet fabuleux.

L’usage du disque physique contre l’usage numérique volatile de la musique…

L’objet physique et palpable.

Tenir le disque dans sa main, et le placer sur une platine est un acte sensuel.
Prendre l’ objet plastique du bout des doigts pour ne pas l’abimer, le salir ; ce qui rendrait l’écoute parasitée.
Placer l’objet dans la platine est un rituel, au fond, un geste intime avant l’écoute, et de respect, d’attente vis à vis de l’artiste.
Loin de l’écoute numérique d’aujourd’hui : d’un doigt, on zappe, on revient sur le premier morceau…
Au delà de l’acte technique et incantatoire, l’objet physique rend l’écoute de la musique comme une forme finie d’un moment.
Car le déroulement progressif de la musique jusqu’à la fin suit le même mouvement de fin de l’aiguille qui lit le morceau vers le point central de la platine.
Et de ce fait, visuellement ( la vue ) , l’instant musical suit l’ouie.
Avoir le disque dans la main , en 45 ou 33 tours, la taille est différente.

Le rapport au temps ( d’écoute ) est proportionnellement linéaire à la taille de l’objet.
D’un point de vue sémiotique, associer l’objet physique à sa durée instaure une clôture sémiotique :

Mon monde musical est fini ( limité et visuellement déterminée par la taille de l’objet ), et assure intellectuellement la donnée d’une finitude de mon acte de jouir d’une bonne musique.

Clôturer son espace intellectuel ( qu’il soit littéraire, musical ), c’est clôturer son espace par rapport au monde.

Fi du monde extérieur, fi de la confusion.

Avec mon 45 tours, j’ai un objet qui coule les minutes d’écoute.

La caractéristique technique comme nom d’usage.

Parler de 33 tours ou de 45 tours, pour le consommateur est naturel.
Parler pourtant de caractéristique technique d’un usage ( 33 ou 45 tours signifie que la platine tourne 33 ou 45 fois par minute ) est incongru.
Dans les années 1970, 1980 et 1990, parler d’un objet par sa caractéristique technique est originale.
Aujourd’hui, on parle d’Iphone 4, d’Iphone 5, de version de téléphone portable.
A l’époque, un téléphone est un objet d’usage, point. Pas de marque, ni de version technique.
Le disque a lancé le vocabulaire technique dans nos usages de technologie, fait assez particulier, pour le souligner.

L’objet analogique par excellence.

La musique aujourd’hui véhiculée est numérique, ou digitale.
C’est à dire que la musique est codée ( en une suite de 0/1 ou bits ), enregistrée sur un support, puis décodée.
Le 45 tours, lui, est analogique.

La vibration acoustique que l’on entend est une onde analogique, une variation de fréquence, qui est directement imprimée et restituée.

D’où le craquement, ou le « bruit », lorsque l’aiguille qui lit le disque est usée, ou qu’on a rayé le disque.
Beaucoup considèrent que cet aspect analogique du disque rend l’écoute plus « vraie », naturelle.

Les usages du « jogging » :

Dans mon introduction, je fais référence aux « addict » du vinyle.
Car l’usage des vinyle est encore d’actualité. Dans les discothèques, via le « scratching ».
Le vinyle n’est pas mort.

D’ailleurs, les sociétés de production des vinyles reprennent de l’essor. Et en temps de fin d’année, le cadeau du bon vieux vinyle est redevenu dans l’air du temps.

Quitte à ne pas pouvoir suivre la cadence : Vinyle crainte sur les capacités de production ( septembre 2016 ).
On remarquera cependant que l’usage de cette technologie remplacée par le numérique perdure.
Régis Debray la qualifierait d’usage « rétrograde » face à la technologie.

A côté de nouveautés technologiques coexistent des usages « rétrogrades », ou anciens pour contourner la réalité technologique d’aujourd’hui. C’est l’effet « jogging », qu’on lira ici : l’effet jogging.

Ecouter son artiste , les Beatles, Les Smiths, pour un fan relève de la religion.
Et sortir de la pochette un disque, le placer sur la platine, d’un mouvement fébrile.

En attendant que l’aiguille met en musique les premières notes est un moment indiscible.

Inconnu dans notre monde numérique.

Mais jouissif pour ceux qui ont connu ce moment de grâce !

A lire , les objets oubliés, dans la catégorie Les objets désuets du XXeme siècle.

4 Commentaires

Classé dans ces objets oubliés, Fin du XXeme siècle, médiologie, Mes propres textes

4 réponses à “Le 45 tours, cet objet désuet du 20 ème siècle

  1. Pingback: Le silence, cet objet oublié du XXème siècle | Zeboute' Blog

  2. Je crois que vous avez tout dit, oui, il y a un acte sensuel dans le fait de sortir le disque de sa pochette et de le mettre délicatement sur la platine avant de diriger le saphir pour le jouer. On savoure d’autant plus l’écoute. Vive l’analogique !! N’oublions pas de préciser qu’à l’époque bien des 45 tours ont eu des Face B qui furent de gros tubes .

  3. Pingback: Le disquaire day, ou le retour du Vinyle ? | Zeboute' Blog

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