Bonjour, le mot simple d’une communication ordinaire

Les usages nous ont appris, depuis le plus jeune âge : dire « bonjour ».

A l’enfant, on explique que c’est de la politesse de dire bonjour. Souvent, les conventions, mêmes rébarbatives, ont une explication, un sens. Et voilà le sens millénaire : Dire bonjour, c’est le mot qui nous met en relation de communication.

Le BaBa , oui, bonjour !

Les lecteurs de ce billet trouveront curieux de revenir sur une pratique ordinaire.

Pourtant, dans notre quotidien, force est de constater que cela n’est pas de vigueur.

Dans le monde de l’entreprise, où on croise trop de gens pour s’arrêter, on peut croiser les gens, sans répondre  à cette politesse. Dans le monde social, on  s’enferme dans une « bulle ». Je donne mon « bonjour » à celui que je connais. Pas les autres ?

La peur de l’Autre.

La relation à l’étranger, ou à celui que l’on ne connaît pas est toujours anxiogène. Dans un ascenceur, par exemple, à l’hôpital, à l’hôtel,  me voilà rapproché de quelques centimètres d’un inconnu. Une distance génante, « intime ». Avec un collègue ou un ami, je n’ose m’approcher que d’1 mètre. Alors dans un ascenceur, et des inconnus, la gêne est légitime.

La proxémie,  est la distance physique qui s’établit entre des personnes prises dans une intéraction [ selon Wikipedia ]. La sphère intime est de 15 à 45 cm ( pour chuchoter à sa femme un mot doux ).  Pour les amis, elle est de 1.20 m.

Se retrouver confronté  à l’autre dans des circonstances, dans un ascenceur, le train, le bus, à cette même distance intime est délicate.

Face à ce malaise,  il est nécessaire de se protéger. Et les mots font force.

Le bonjour est le premier moyen de briser le silence, la gêne. Voilà la pratique universelle. Elle permet de rencontrer l’autre, avec une convention, un usage, une politesse.

La fonction phatique du bonjour.

Entrer en communication avec l’autre, c’est simple, avec le mot « bonjour ».

Cela permet d’amorcer une conversation, une relation, avec des conventions.

La communication avec l’Autre, intime, ou inconnu part du même principe : face au silence, la gêne, ou les retrouvailles, initier une relation de communication est primordiale. Il est abérant de communiquer avec autrui en lui parlant de son quotidien, sa fonction, ce qu’il est ou « j’ai mal à la tête ».

La relation avec l’autre, c’est d’abord entrer en contact. Et occuper le « canal » de communication. Tisser un lien.

C’est ce qu’on appelle la fonction phatique du langage : peu importe ce qu’on dit, et peu importe le contenu ; l’essentiel est d’abord d’échanger.

D’entrer en contact. Cette fonction du langage est aussi essentielle que le contenu de ce que l’on dit.

Jakobson a répertorié ces fonctions du langage, et la fonction phatique est celle qui permet l’échange : blaguer, parler de la pluie et du beau temps.

Non que la météo soit intéressante ; mais elle prolonge le contact avant d’entrer dans une discussion approfondie.

En ce sens, le « bonjour », est le mot ( la data, le bit ) primaire qui prévaut à toute communication.

Les informaticiens seront friands de ce fait : il correspond à l’occupation du canal informatique ; cela correspond au canal de communication, le réseau, dont on veut qu’il soit optimal, et toujours disponible.

Modèle de communication de Shannon

Théorie mathématique de la communication

Dans l’usage du téléphone, par exemple, s’assurer qu’on est toujours en contact avec l’autre :  « tu m’entends toujours ? » , « hum… » .

Ces éléments de communication permettent d’entretenir un lien, de le prolonger. Dire bonjour et demander comment ça va, ce n’est pas idiot ; c’est le bon usage d’une communication efficace !

La relation sur les réseaux sociaux.

Sur internet, et les réseaux sociaux, la relation est directe et instantanée.

Entrer en contact avec l’Autre est plus directe. Mais souvent, c’est entrer ( comme dans l’ascenseur ), entrer en contact avec l’inconnu.

Sur Facebook, entrer en contact avec l’autre passe par une demande d' »ami ». Il est possible d’ajouter un message. Mais la pratique usuelle de l’internaute est d’envoyer une invitation sans un mot. Erreur.

Sur Twitter, l’arrivée d’un nouveau contact se traduit par un mot identique au « bonjour » : « Twelcome » ( raccourci de Tweet et Welcome ). Il est une invitation.

On lira :

la fonction phatique chez le coiffeur.

Les 6 fonctions du langage de Jakobson.

La théorie mathématique de la communication.

Et on dira « bonjour ». 

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4 Commentaires

Classé dans Billet, Bonnes pratiques de communication, Communication

4 réponses à “Bonjour, le mot simple d’une communication ordinaire

  1. Thomas

    Le « ça va ? » renforce un peu plus les conventions entre personnes se connaissant déjà et pour lesquelles il y a une empathie. Convention là encore, puisque la réponse n’est pas nécessairement attendue…

    • Effectivement, le « ça va » est là pour lancer un autre sujet de conversation, fonction phatique. L est d’ailleurs préjudiciable d’avoir une réponse, si l’on répond que tout va mal… Le tact veut qu’on réponde que tout va bien même si on ne va pas pas bien ( peut on annoncer un cancer au détour futil d’une conversation d’entrée de jeu ? ). La notion de tact, et de protection, est un sujet étudié par Goffman. J’en ai écrit un article, bientôt publié.. À suivre. Merci de votre commentaire, bonne lecture !

  2. Ju

    Pour revenir à la situation de l’ascenseur, il n’y a pas que le « bonjour » intéressant à observer. Il y a aussi toute la communication non verbale, notamment les regards. Dans l’ascenseur, tout le monde fuit le regard. (Oh il est beau le sol! Oh des boutons pour monter et descendre! etc.) Alors que bien souvent le bonjour est accompagné d’un regard, même furtif. Il y a aussi la situation de la salle d’attente où celui qui entre est obligé de dire bonjour parce que tout le monde le regarde et le lui dit. Il y a bien plus de place dans la salle d’attente, mais on a que ça à faire de regarder les gens qui entrent.
    Sinon, j’espère que tu vas bien (pour de vrai et pas pour la forme!)

    • Oui ces bonjours sont un peu un passage obligé pour ne pas rester angoissé dans l’ascenceur.
      Merci pour les autres circonstances qui obligent à ce même usage, celui de dire bonjour.
      Petite astuce, pour ne pas être pris au dépourvu, toujours anticiper. Et arriver avec un grand sourire et un grand bonjour donnent bien l’impression de ce que vous êtes.
      Au delà des salles d’attente, tous les endroits un peu fermés et qui nous mettent en face à face nécessitent ce bonjour, certes artificiel, mais qui permet de mettre les mots sur une gêne.
      Sinon, merci, je vais bien 🙂 Terriblement bien, en lisant ton commentaire.
      Guillaume.

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