La fin d’internet et de notre société de communication numérique

La fin de l’internet que l’on connait est annoncée pour 2012.

Les commentaires des spécialistes du web nourrissent des buzz, des interrogations, commentaires. Mais le sujet est sérieux.

Au delà de l’avenir du web, c’est bien une société de communication qui est dans le doute.

Aujourd’hui, la communication par les usages numériques est primordiale , et a remplacé un grand nombre d’usages dits « traditionnels » : les courriers de la poste, les SMS préférées aux communications au téléphone.

Menacer internet, c’est menacer notre façon quotidienne de communiquer.

Cela n’est pas un hasard que le conseil constitutionnel a retoqué la Loi Hadopi, en France, comme une menace, directement à l’article 11 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

Alors ?

Je vous propose de structurer , au delà des annonces, des fantasmes, des réponses concrètes et factuelles.

J’ai écrit les articles, en me reposant sur les conférences pertinentes et jouissives de  Benjamin Bayart, président du FDN ( French Data Network ).

Le premier article, ici est de répondre à cette question : qui contrôle internet aujourd’hui ?

On lira prochainement d’autres articles, sur ce blog, sur ceux qui VEULENT contrôler internet :

  • les anciens Mass Media ( l’industrie du disque, de la video, des journaux, du livre ) ,
  • le politique ( la perte de la parole publique et politique )
  •  les nouveaux acteurs de l’industrie numérique ( les opérateurs des télécoms, les géants du web ).

Qui contrôle internet ?

Aujourd’hui, disons que, avant 2011 (?), personne ne contrôle internet.

C’est là la grande force de ce qu’on appelle le « réseau des réseaux ».

Et sa définition même. Un réseau qui ne serait plus neutre ne serait plus internet.

La neutralité d’internet repose sur deux caractéristiques :

– Une organisation de mise en oeuvre, neutre et purement technique.

– une implémentation technique : internet est idiot, et neutre.

1. Une organisation de mise en oeuvre neutre, et purement technique

Internet est un réseau dit « a-centré », c’est à dire sans point central, sans organisation centralisée.

A la différence par exemple du Minitel, qui était un réseau de terminaux dits « passifs », tous connectés à un ordinateur central.

Internet est simplement l’interconnection de plus de 60 000 opérateurs informatiques.

Pour pouvoir fonctionner techniquement, certaines règles techniques sont cependant nécessaires.

Notamment par exemple, l’attribution de numéros ( qu’on appelle adresses IP ).

Dans un réseau téléphonique, on ne peut se voir attribuer qu’un seul numéro. Deux personnes ne peuvent avoir le même numéro, sinon cela ne fonctionne pas. Des règles d’attributions de ces numéros sont nécessaires, pour le téléphone, comme pour Internet.

C’est l’objet du seul organisme centralisé, l’ICANN ( Internet Corporation for Assigned Names and Number ), qui fédère les règles techniques : l’attribution des adresses IP, et des noms de domaine.

Il s’agit d’une association de droit californien, à but non lucratif, et elle est reconnue d’utilité publique en France.

Structure réseau association ICANN

Son pendant technique est l’IANA ( Internet Assigned Numbers Authority ), qui implémente techniquement les règles fixées par l’ICANN.

L’ICANN et l’IANA ne contrôle pas, mais délègue à d’autres organismes régionaux ( par continent : Europe, Pacifique .. : Arin, Apinc, RIPE ) l’implémentation et le contrôle de ces règles.

Qui eux-même délèguent à 10 000 / 20 000 entités locales.

Ces organismes sont composés essentiellement d’ingénieurs. Ils n’ont qu’une vocation à faire « marcher » techniquement internet. Ils élaborent des règles techniques, permettant de développer des protocoles. Ils anticipent également, par exemple, la montée grandissante des numéros IP.

Les considérations politiques, commerciales n’entrent donc pas dans leurs prérogatives.

De plus, le modèle est celui du monde du logiciel libre : ceux qui ont voix, et qui sont influents sont ceux qui ont « réalisé », qui construisent. Leur notoriété et l’écoute qu’ils suscitent reposent par ce que ce sont ceux qui implémentent.

Il n’y a pas de voix gouvernementales, comme dans une assemblée de l’ONU.

En résumé : associations techniques et ni commerciales ou politiques. Périmètre limité à des considérations techniques.

2. Une implémentation technique : internet est idiot, et neutre

Reprenons l’exemple du réseau téléphonique.

Un vieux téléphone ( ceux avec un cadran ) est techniquement pauvre. Il ne fait rien. Le cadran téléphonique permet essentiellement de composer un numéro de téléphone. Il ne s’agit que de couper le réseau pour numéroter le numéro de celui qu’on veut appeler.

La mise en relation avec le correspondant, sa recherche, le décrochage, etc.. n’est pas faite pas le téléphone. c’est le réseau téléphonique qui s’en charge.

A l’inverse, sur le réseau internet, le réseau ne fait rien. Il n’a aucune intelligence. C’est l’ordinateur ( via le browser qui affiche une page, indique quel site consulter ,etc… ) et le serveur web de l’hébergeur qui traduisent les navigations de l’internaute.

Entre d’eux, le réseau ne fait que transiter des paquets de messages ( les octets ) entre un point A et un point B.

D’ailleurs, le réseau ne sait pas qui est B, et les messages qu’il transporte sont véhiculés à d’autres intermédiaires, d’autres réseaux, tous interconnectés.

Lorsqu’on est abonné chez Free, ce n’est pas Free qui transporte depuis mon PC jusque le serveur web que je veux consulter. Mon message transite par des milliers de réseau, Orange, SFR, et tous les réseaux internet mondiaux.

Comme pour un courrier par voie postale, le courrier est juste transmis au destinataire. Et la poste ne sait pas si c’est une demande d’information que j’ai envoyé, ou si c’est une réponse…

Les menaces de la neutralité.

Respect des libertés individuelles. L’exemple Hadopi.

A propos du téléchargement illégal, ou les faits criminels sur internet, ce n’est pas au réseau de surveiller, de contrôler.

Vouloir contrôler le réseau, c’est comme ouvrir le courrier ; ou écouter une conversation au téléphone pour savoir si ce qui est fait sur le réseau est bien ou mal. La Poste n’ouvre pas le courrier pour savoir si les propos écrits dans une lettre sont racistes ou homophobes. Ou si le courrier transporte de la cocaine. C’est la douane, la justice qui s’en charge. Le réseau, lui, est neutre.

Comme le souligne Benjamin Bayart ( Président du FDN ) :

« la neutralité du réseau, c’est la définition même d’internet.

C’est ce qui a fondé internet, et ne plus vouloir cette neutralité, ce n’est plus vouloir internet

Vouloir faire gérer par le réseau par x ou y règle ( pour gérer un problème,  quel que soit le problème)  c’est commettre une erreur« .

La loi Hadopi a été violemment décriée, et les experts du domaine basent leur argumentation non sur le fait que télécharger une oeuvre illégalement est bien ou pas, mais sur ce principe de neutralité.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la première mouture de la loi Hadopi a été rejetée par le Conseil Constitutionnelle. Elle heurte l’article 11 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

« la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme  tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi ».

Et le fait qu’internet soit devenu un outil de communication essentiel dans notre monde, restreindre la liberté ( en coupant l’accès à un internaute fautif ),  c’est restreindre la liberté. Et comme un emprisonnement ( restriction de la liberté par l’enfermement en prison ), ce n’est pas au réseau de s’acquitter de cette tâche. Mais un juge.

Filtrer le réseau, c’est enfreindre une liberté, c’est une restriction de liberté.

Comme on l’exposait plus haut, ce n’est pas le postier qui contrôle et punit. Mais un juge, un douanier.

Imposer aux opérateurs de filtrer leur réseau, en empêchant certains sites, c’est demander aux opérateurs de devenirs des justiciers.

La loi aux Etats Unis, le SOPA ( Stop Online Piracy Act ) impose ce filtrage, à l’encontre de cette neutralité du web. En Europe, le projet ACTA a été ratifié.

Respect de la concurrence.

La neutralité du réseau, comme nous l’avons vu, implique pour tout usager d’accéder aux mêmes réseaux, aux mêmes serveurs web, aux mêmes services, quel que soit mon opérateur.

Si je suis abonné à Free, je dois pouvoir accéder aux mêmes videos,sur YouTube que si je suis chez Orange. C’est le principe de neutralité du réseau.

Voilà pourquoi a été annoncée la mort d’internet.

Parce que si j’achète un outil nomade, et qu’on me fournit des applications par défaut, et des services déjà paramétrés, je n’ai plus le choix, ou l’opportunité, ou la curiosité de tester d’autres applications, d’autres sources d’information.

Les accords commerciaux entre opérateurs de réseaux, et de services ( vidéos, sites de photographie, moteur de recherche … ) limitent l’innovation.

Et la concurrence.

Souvenons-nous de Microsoft, qui embarquait dans son système d’exploitation les services, le moteur de recherche.

Il aura fallu des années et des combats juridiques pour sortir d’un système clos.

A l’heure d’un monde de concentration des acteurs numériques ( Google, Facebook, YouTube, Apple, etc.. ), un monopole de fait excluera les start-ups, les petites entreprises « nées dans un garage ».

L’aventure Google ou de Facebook serait une success-story qui ne serait plus possible.

S’abonner chez Free, serait s’abonner au moteur de recherche Google, au service de photo picassa, à la messagerie Gmail.

Les autres services seraient filtrés.

Xavier Niel, le président de Free véhicule déjà ces idées, en demandant à ses internautes de regarder ses vidéos sur DailyMotion, et non sur YouTube.

Car la bande passante, le réseau n’est pas « fiable » vers YouTube : Xavier Niel et DailyMotion

pour un opérateur qui se dit « révolutionnaire », c’est surtout penser à une stratégie de destruction de la révolution numérique ).

Le filtrage des réseaux, ou rendre leurs connections moins fiables selon les opérateurs, ou les fournisseurs de service est une violation de la neutralité du réseau. Et de détruire internet.

En résumé, internet, par sa conception,  ne peut être qu’un réseau neutre. Les violations de cette neutralité visent à réduire la liberté de communication, et la libre concurrence.

On lira la sute des articles :  une analyse sur ceux qui souhaitent contrôler internet : qui veut controler le Web ? (1/3 ) : les anciennes industries, les nouvelles industries  et ceux qui disposaient de la parole publique : le controle d’internet : parole publique et politique.

A suivre ! Et suivez la suite, sur Twitter : ici

[ Crédits photographiques réservés, merci à Bebopix ]

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18 Commentaires

Classé dans Communication, Mes propres textes, Point de repère

18 réponses à “La fin d’internet et de notre société de communication numérique

  1. Intéressant.

    PS : je le dis avec bienveillance : quelques erreurs de grammaire et de syntaxe. Cela nuit à la qualité du propos.

  2. Merci pour cet article. Il complète mes informations et ma vision. En fait est-on témoin d’évolutions ou de catastrophe (au sens de R. Thom) ou d’un « changement de paradigme?

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  5. Le propos de cet article est de dresser une vigilance, et ne pas être Apocalyptique, au sens d’Umberto Eco. ne pas refuser le monde, mais l’accepter. Les dernières avancées technologiques ne doivent pas nous faire oublier que rien n’est jamais acquis, notamment la neutralité du web. Et résister, au sens de tendre l’arc de la vie, selon Albert Camus.
    Bonne l’écoute, merci de votre oeil attentif,
    Guillaume.

  6. Sur twitter : @LaetitiaLangeix: fin d’internet et de notre société de communication numérique wp.me/pWtTD-1sU +++ Excellent article! A lire svp !! +++ #in

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