Les 4 paradoxes de la communication

Communiquer est toujours un acte fragile. C’est l’intérêt de cette discipline, et peu structurée dans les sciences.

Qui se souvient de sa torpeur en avouant à une étrangère son amour ?

Trouver les mots qui reflètent tout son corps, et qui sauront convaincre… Moiteur juvénile qui poursuit notre monde. Effectivement, la communication, c’est beaucoup de paradoxe.

Dans un monde hyper communicationnel, il est intéressant de dégager les 4 niveaux de paradoxes de communication , formalisés par la communauté de sociologues et de scientifiques.

Le paradoxe structurel du cerveau.

La communication verbale, ou écrite, repose sur un échange structuré. Elle est liée au fonctionnement propre du cerveau, qui repose sur le « calcul » , la « computation » de signes électriques par les neurones.

La communication est donc d’abord rationnelle.

Des idées, des mots, des argumentaires. La longue évolution de l’espèce et de l’esprit humain a permis de conforter nos modes de pensée. Et de penser que la réflexion ultime ne permet plus d’approximation dans notre pensée, si on se focalise sur la raison pure. Erreur ! Et paradoxe !

Car depuis des siècles, un « bug » hante notre logique cartésienne et axiomatique de l’Antiquité :

Le paradoxe le plus étrange est le paradoxe du Crétois, découvert il y a plusieurs siècles, le paradoxe d’Epiménide. Le crétois dit « tous les crétois sont des menteurs ». Si le Crétois dit vrai, la phrase est fausse, et donc il dit vrai, et inversement. Ce paradoxe, formalisé en mathématique par le théorème de Godel, ou en informatique, par Alan Turing, rend définitif notre pensée rationnelle comme immiscée par un « bug » dans l’esprit humain. Un paradoxe insurmontable…

D’autres paradoxes usuels relèvent du quotidien, dans le sens où ils laissent la raison indécise, ou en contradiction ; ou en « boucle étrange ». Par exemple, dans le dictionnaire, le mot « temps » renvoie au mot « période ». En recherchant le mot « période », celui renvoie au mot « temps ». Les boucles étranges ont été formalisées par Douglas Hofstadter. On lira un article percutant, dont il obtient le prix Pulitzer : Godel, Bach et les boucles étranges.

[ Les boucles étranges de Bach, Godel, Turing ]

Le paradoxe ontologique.

Communiquer, c’est être avec l’autre, et entrer dans le monde. Le bébé, propulsé dans le monde, comprend peu à peu qu’il n’est plus fusionnel avec sa mère, mais qu’il est à part entière. Et qu’il doit survivre seul. Ou plutôt avec les autres. Vivre avec les autres est primordial, et la communication est le moyen de comprendre, et d’interagir.

Pour pouvoir parler avec le « monde », il faut être consensuel. Adopter le langage, les codes, les conventions. Etre consensuel. Etre avec les autres c’est souvent ne pas être avec soi. Il faut conjuguer avec, « rentrer dans l’orchestre », pour s’harmoniser. Ce qui peut impliquer des décalages, des paradoxes entre la société, sa normalité pesante, et sa liberté d’expression. De là, les problèmes psychologiques ( lorsqu’une inadaptation survient ), les rejets culturels ( la différence comme le racisme, l’homosexualité, le regard de l’autre ).

Communiquer, c’est un peu s’oublier, et essayer de conjuguer avec les paradoxes de la société.

Watzlawick, entrer dans l’orchestre ]

Le paradoxe analogique et digital.

La communication relève d’abord de l’échange verbal, ou écrit. Il appelle à la réflexion, au discours, à l’argumentaire. Ce qu’on appelle la communication digitale, c’est à dire en relation avec une communication de « computation », de calcul, d’usage . C’est la communication dominante qui régit notre monde rationnel. Cependant, la communication analogique, dite « non verbale », est aussi présente, mais souvent ignorée. L’intonation de la voix, des gestes parasites, qui en disent aussi long qu’un long discours. Communication digitale ( le discours ), et analogique ( le non verbal ) interagissent souvent en même temps, et peuvent se parasiter. Voir se contredire. L’exemple de la mère qui n’aime pas son fils, lui offre un cadeau fabuleux, en lui faisant un reproche, ou une attitude contradictoire à son sujet. Ou la phrase « sois grand mon petit ».  Ou le photographe qui demande de « faire naturel » devant la pose, tout en forçant les sujets à ne pas l’être. Il s’agit de la « double contrainte ».

Communiquer c’est conjuguer le paradoxe de 2 formes de communication qui peuvent s’opposer.

[ logique de la communication, les axiomes ]

Le paradoxe médiatique.

Les médias, les réseaux sociaux, les politiciens n’ont qu’une finalité tactique, de maîtriser , de capter un auditoire, un public ( sur des finalités économiques ou électorales). Ils considèrent l’ampleur de la communication comme une réception totale et naive du message par leur auditoire. C’est un paradoxe dont la science de l’information a largement montré qu’elle était illusoire. En nuançant par exemple l’impact de la propagande des médias ( pendant la guerre par exemple ) :

Harold Lasswell, politologue, et spécialiste de la communication de masse, a travaillé sur l’impact et l’utilisation des techniques gouvernementales. [Propaganda Techniques in the world war, 1927 ].

L’idée reçue selon laquelle, par exemple, le nazisme a pu influencer les plus faibles socialement, par la propagande est à revoir. Hitler n’a jamais obtenu la majorité des voix lors des élections. Et il n’a pris pouvoir que sur décision d’Hindenburg : le lien entre la montée du nazisme, et celle de la radio n’est pas établi. [ bilan de Larsen, Hagtvet et Myklebust ]. Comme le souligne Lazarsfeld «  on oublie souvent qu’Hitler n’a pas accédé au pouvoir grâce à la radio, mais presque contre elle, puisqu’au temps de sa montée vers le pouvoir, elle était aux mains de ses ennemis ».

La propagande existe bien dans l’esprit de l’émetteur, mais elle ne permet pas de comprendre les actes du récepteur qui dispose des capacités de fuite ou de contradiction. ( les Russes sous la dictature communistes savaient « blaguer » avec ironie de leur appareil d’Etat ).

Le paradoxe est d’ailleurs criant, au quotidien. Demandez aux gens ce qu’ils pensent de la télévision, des jeux vidéos, d’internet. Beaucoup ont un constat de déni, mais force de constater qu’ils utilisent ces médias  à profusion.

Ces paradoxes définissent des ruptures dans la communication. Et doivent éclairer toute analyse de nos échanges. En nuançant les schémas simplistes d’une « toute communication efficace, totale ».

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