Contre l’écriture inclusive

Le #Metoo et les violences faites au femme sont devenues un sujet de société ; et c’est génial !

Sur le respect, la protection des femmes, il n’y a pas débat.

Cependant, sur la grammaire qui devrait sauver et intégrer la condition féminine, est-ce un vrai débat ? est-ce utile ?

Cet article reprendra rapidement la définition de l’écriture inclusive ( vous pouvez scroller pour voir la suite ). Et les arguments relatifs à l’écriture inclusive. Pourquoi non ?

Définition de l’écriture inclusive.

La définition de l’écriture inclusive, selon wikipedia,  est :

 l’écriture inclusive et le langage dit « non sexiste » ou « dégenré » sont différentes règles et pratiques qui cherchent à éviter toute discrimination sexiste par le langage ou l’écriture.

Parmi ces attentions, trois conventions sont retenues :

• Accorder en genre les noms de fonctions, grades, métiers et titres.
• Ne plus employer de figures de style pour remplacer le nom commun “Femme” et “Homme”.
• User du féminin et du masculin

On privilégiera l’écriture grammaticale : « Merci aux Etudiant-e-s  » à « Merci aux Etudiants ».

D’une bonne intention, relative à la parité homme / femme , l’écriture inclusive veut renverser dans la grammaire française le synchro saint principe : « le masculin l’emporte sur le féminin ».

L’objet de l’écriture inclusive est de considérer que ce sont les mots, la grammaire qui structure la pensée, et donc ; remettre le féminin et la parité permettront de changer la structuration de notre pensée humaine. Pour rétablir une injustice criante et légitime. Et changer le monde, pour remettre la place de la femme.

En tant que sémiologue, et des sciences de l’information, voilà quelques considérations qui permettront d’éclairer ce sujet de l’écriture inclusive !

La langue Française permet la subtilité et intégrer la dimension féminine.

L’objet originel de la démarche de l’écriture inclusive est légitime, et on ne peut la remettre en question, bien au contraire !

Il s’agit de réfléchir à un monde machiste, où la femme n’a pas la place qu’elle mérite. Que ce soit dans la vie familiale, dans les violences qui leur sont faites, dans la présence dans les entreprises, dans le décalage de salaire.

Comment rendre visible la place de la femme ?

Par quelques lettre d’orthographe ?

User de l’alphabet, des mots est  à la portée de tous. Et la richesse de la langue française permet l’utilisation des mots, sans y ajouter des appendices.

Chacun peut choisir les lettres, les mots, les tiroirs même de formules géniales sur la place des femmes. 

Et parler des femmes, utilisons mieux que l’alphabet. Et ne pas opposer. Et utiliser les phrases, en juxtaposant les hommes et les femmes. Car n’opposons pas trop. Nous nous aimons, homme et femmes.

Aussi, si on veut célébrer un étudiant : utiliser tout simplement « Etudiants et étudiantes », plutôt que « étudiant-e ». Le résultat est le même ; et mieux : on intègre bien tout le monde.

L’écriture inclusive, portée par les mouvements américains, est différente dans la langue française. Qui est plus nuancée que l’anglais. 

La vie de nos mots et de la grammaire. L’inversion de l’usage.

Les mots structurent notre pensée ; en ce sens l’objectif de l’écriture inclusive a du sens, dans le « formatage » de nos structures de comportement. 

Mettre le féminin dans les structures grammaticales permettraient de structurer aussi la pensée, et surtout celles des hommes.

Cependant, la grammaire, l’orthographe, les mots et la langue ne sont pas des lois écrites, qu’on impose.

L’écriture, les mots sont vivants, et vivent seuls, selon la vraie vie. Pas imposés par des principes, aussi légitimes soient-ils !

L’écriture, l’usage des mots vivent en permanence. Le dictionnaire Robert retire tous les ans des mots inusités, et en intègre de nouveaux. En fonction de l’usage, de la vie humaine. Et non par « décret ».

C’est l’usage au quotidien du mot, de la langue qui modifie notre langue Française ; et pas l’inverse.

Les nombreuses réformes de l’orthographe d’ailleurs ont fait quelque flop. Car légiférer n’est pas  imposer.

Aussi, imposer des structures grammaticales, de conjugaisons est une utopie. Un mouvement temporaire que des siècles ont sédimenté, avec toutes les subtilités de la langue française. 

Signe et symbole.

L’écriture inclusive précise les normes sur l’utilisation des mots.

La féminisation ( une auteure ) ou l’ajonction de « e » sur les mots ( « étudiant-e » ).

Revenons à la définition des mots, structurellement.

Ferdinand de Saussure a bien résumé ce qu’on appelle dans la langue la notion de signifiant et signifié.

La langue s’appuie sur des signes et symboles, qui sont des « concepts » balise.

C’est à dire qu’ils renvoient à des notions génériques. Le mot « cheval » renvoie à l’idée du cheval. Peu importe que le cheval soit une jument ou pas.

De même, le concept « étudiant » regroupe des caractéristiques qui n’ont rien de genre. Il s’agit d’un concept, d’un symbole, tout simplement. Et l’image du concept, le mot ne renvoie rien sur la sexualité du concept. Vouloir le féminiser revient à détruire la volonté même de ce mouvement d’écriture inclusive. 

L’écriture est une structuration et opposition de mots. Pas de genre.

La fluidité de la lecture, lorsque vous lisez, le cerveau imprime ces « paradigmes ».

Permettant la lecture facile, vous n’énumérez pas toutes les lettres.

Le mot renvoie à un concept. Et le cerveau permet cette lecture fluide. Détruire les mots  qui sont des « balise » et « paradigme » c’est annihiler la lecture naturelle. 

Langue et langage.

L’écriture inclusive est proprement « écrite ». Mais ne se lit pas, ne se prononce pas.

Lisez à haute voix : « Merci aux Etudiant-e-s ».

La sonorité retiendra au final le féminin.. Et non la neutralité promue par l’écriture inclusive. Pire, à la voix, à l’écoute, tout est féminisé, comme ici. Et la fameuse « parité » n’est plus là.

L’objet de l’écriture inclusive est limité. Car ce ne sont pas les mots qui structurent, mais surtout l’usage des mots, par la langue.

C’est la dialectique de la parole et de la langue.

Car c’est par la parole qu’on apprend une langue, et non en lisant un dictionnaire, ou un roman.

Un enfant n’ouvre pas un livre pour apprendre à parler. La langue n’est possible qu’à partir de la parole. Il est inconcevable d’apprendre la langue, avant la parole et inversement.

De fait, la parole fait fi des appendices « -e » des mots. 

Et donc l’objectif de cette écriture inclusive est stérile. C’est la langue qui structure l’enfant, dans son apprentissage. Pas l’écriture.

Comme le précise Roland Barthes, ( à lire ici : Langue et parole selon Roland Barthes ) à propos de la langue  : 

c’est à la fois une institution et un système de valeur. L’individu ne peut à lui seul la modifier, ni la créer. La langue est essentiellement un contrat social.

Voilà pourquoi les réformes de l’orthographe inscrites dans les lois n’ont pas d’écho. Et voilà pourquoi l’écriture inclusive subira le même sort.

Vouloir changer la perception de l’humanité Homme / Femme par l’écriture est vaine, car c’est d’abord le langage qui fait. 

L’atomisation de la pensée.

Penser que ce sont les lettres additionnelles ( le fameux -e ou la féminisation des mots ) qui vont changer la perception de la condition humaine est un leurre.

Si l’on fait le parallèle avec nos usages numériques, aujourd’hui, tous les usages ( messagerie, blog, roman,  video, photographie, musique ) sont portés par le petit atome qu’est le « bit » : 0 ou 1.

Ce qui fait la richesse des photographies, de ces supports médias n’est pas incrit dans ce fameux bit. C’est leur combinaison, et l’aggrégation. L’écriture inclusive par comparaison voudrait définir une nouvelle valeur entre le 0 et le 1… Ce n’est pas l’enjeu. C’est la sophistication et l’intelligence humaine augmentée qui fait le sens ; et le combat. 

Réduire la pensée à une lecture grammaticale est un non-sens. Pourquoi ?

Ce ne sont pas les lettres et les mots qui font l’honneur des femmes, ce sont plutôt les phrases, les textes, les hymnes, les romans. Pas atomisé dans quelques lettres.

Ce sont les textes de Colette, de Simone Veil, de Marguerite Yourcenar qui ont produit de grands mouvements autour du respect des femmes. Pas des lettres d’alphabet juxtaposées.

Je suis triste que c’est l’orthographe et la grammaire qui doivent donner l’expression des femmes.

Le discours sublime de Simone Veil pour les droits des femmes quant à l’avortement en France a plus de profondeur, de classe, que limiter le droit des femmes à des formules orthographiques !

Ou comme Anne Franck qui a écrit son journal. Libre, elle a écrit et génère une condition, au delà de l’orthographe. Ce sont ses mots, ses phrases qui sont touchants.

Penser que le sexisme sera résolu par des mots : le sexiste utilisera toujours son propre univers.

Le politiquement correct, made in USA.

La France intègre avec toujours 10 ans de retard les principes américains.

C’est le cas des violences de gang, qui apparaissent maintenant ; après les violences aux Etats-Unis.

Sur la pensée « politiquement correct », le mouvement impulsé par les Etats-Unis vient s’inscrire.

Faisant fi de l’histoire de notre pays.

Si l’écriture inclusive voulait aller jusqu’au bout de la logique, et du respect de tous les genres humains, qu’en est il des genres neutres ? Comment intégrer légitimement ces gens que je respecte qui n’ont pas de genre. Dans les universités américaines, certaines proposent les toilettes Homme / Femme / Neutre.

Comment l’écriture inclusive peut elle alors intégrer la neutralité de genre.

C’est l’absurdité , par l’exemple ici .

 

L’exemple ici utilise l’écriture inclusive.

Interessons nous à ce cas d’exemple.

Bizarrement, le sujet sur les protections périodiques ne devraient concerner que les étudiantes. et non les étudiants.

L’écriture inclusive est utilisée ici… 

Sur les réseaux sociaux, cette image a fait débat… Seules les femmes sont concernées.

Mais non , la réponse est qu’il y a des genres neutres ( ni homme, ni femme ) qui pourraient être concernés.

De fait, comment faire de l’écriture inclusive pour qu’elle soit compréhensible, et intégrer le « troisième sexe », si la volonté des féministes ( légitime ) est de proposer une égalité…

Doit on inventer dans l’écriture inclusive un nouvel élément, le « neutre » ?

La novlangue.

Imposer une langue, et des principes n’est pas nouveau.

Georges Orwell, dans « 1984 », avait réfléchi à cet usage, et c’est intéressant.

Car il met en lumière ce fait, dénoncé dans son roman : imposer des mots, un langage pour imposer une idée, un dogme.

Imposer des principes de langue, de mots, c’est l’usage de la dictature peignée par George Orwell.  George Orwell a beaucoup réfléchi sur la « politique » de la langue. Et de refuser un diktat imposé. Dans un contexte de dictature.

Il insiste notamment sur le jargon ( comme ici l’écriture inclusive ), qui tend à imposer des idées par la répétition. Et c’est bien l’objet de l’écriture inclusive : par la répétition, imposer des principes.

Orwell précise ainsi :

ce qui importe avant tout, c’est que le sens gouverne le choix des mots, et non pas l’inverse

La particularité de la langue française.

Le mouvement « écriture inclusive » a largement été propulsé par les américains, dans les études, dans les universités américaines.

La différence avec la France, est que la langue française est plus subtile. Suivre le mouvement de l’écriture inclusive en France est différent.

La plupart des mots anglais et/ou américains sont déjà « neutres ». 

Reprenons le mot « étudiant / étudiante ». En anglais, c’est le même mot : « Student ».

De fait, l’appropriation dogmatique des concepts américains se heurte en France à un brouillon quant à la langue. Et voilà pourquoi, il faut une politique différente du respect des femmes, dans le langage, la langue. Plutôt portée par le sens que les mots, et la grammaire.

Le brouhaha malheureux. 

Les réformes de l’orthographe ont fait les dégâts, auprès des professeurs, des élèves.

Le mot « relais » s’écrit désormais « relai » ou « relais ».

L’appropriation d’une langue nécessite des règles ; pas des propositions malheureuses. Que retenir ?

Aussi, l’écriture inclusive fait des dégâts, auprès des dyslexiques, par exemple.

L’écriture inclusive, par définition veut « inclure » ; et injustement elle exclue toute une population. Celle qui a des difficultés à lire, et celles qui ont des problèmes de dyslexie.

Pour les lecteurs débutants, qui n’ont pas automatisé la reconnaissance des mots, et pour lesquels le décodage explicite de chaque syllabe demande un effort considérable d’attention, la perturbation des repères orthographiques, avec l’insertion de ponctuation, va représenter une difficulté supplémentaire.

Et d’ajouter :

“L’écriture inclusive ajoute de la confusion dans la conversion entre ce qu’on entend et ce qu’on écrit, le travail de “conversion grapho-phonétique”

[ source : Férération des dyslexiques ]

Le sexe des mots

Pour finir, laissons place à ceux qui aiment les mots, les cotoient !

André Marie Nef de l’Académie Française exprime avec recul le sujet :

Byzance tomba aux mains des Turcs tout en discutant du sexe des anges.

Le français achèvera de se décomposer dans l’illettrisme pendant que nous discuterons du sexe des mots.

La querelle actuelle découle de ce fait très simple qu’il n’existe pas en français de genre neutre comme en possèdent le grec, le latin et l’allemand. D’où ce résultat que, chez nous, quantité de noms, de fonctions, métiers et titres, sémantiquement neutres, sont grammaticalement féminins ou masculins. Leur genre n’a rien à voir avec le sexe de la personne qu’ils concernent, laquelle peut être un homme.

Homme, d’ailleurs, s’emploie tantôt en valeur neutre, quand il signifie l’espèce humaine, tantôt en valeur masculine quand il désigne le mâle. Confondre les deux relève d’une incompétence qui condamne à l’embrouillamini sur la féminisation du vocabulaire. Un humain de sexe masculin peut fort bien être une recrue, une vedette, une canaille, une fripouille ou une andouille.

De sexe féminin, il lui arrive d’être un mannequin, un tyran ou un génie. Le respect de la personne humaine est-il réservé aux femmes, et celui des droits de l’homme aux hommes ?

Absurde!

Ces féminins et masculins sont purement grammaticaux, nullement sexuels.

Certains mots sont précédés d’articles féminins ou masculins sans que ces genres impliquent que les qualités, charges ou talents correspondants appartiennent à un sexe plutôt qu’à l’autre. On dit: «Madame de Sévigné est un grand écrivain» et «Rémy de Goumont est une plume brillante». On dit le garde des Sceaux, même quand c’est une femme, et la sentinelle, qui est presque toujours un homme.

Tous ces termes sont, je le répète, sémantiquement neutres. Accoler à un substantif un article d’un genre opposé au sien ne le fait pas changer de sexe. Ce n’est qu’une banale faute d’accord.

Certains substantifs se féminisent tout naturellement: une pianiste, avocate, chanteuse, directrice, actrice, papesse, doctoresse. Mais une dame ministresse, proviseuse, médecine, gardienne des Sceaux, officière ou commandeuse de la Légion d’Honneur contrevient soit à la clarté, soit à l’esthétique, sans que remarquer cet inconvénient puisse être imputé à l’antiféminisme. Un ambassadeur est un ambassadeur, même quand c’est une femme. Il est aussi une excellence, même quand c’est un homme. L’usage est le maître suprême.

Une langue bouge de par le mariage de la logique et du tâtonnement, qu’accompagne en sourdine une mélodie originale. Le tout est fruit de la lenteur des siècles, non de l’opportunisme des politiques. L’Etat n’a aucune légitimité pour décider du vocabulaire et de la grammaire. Il tombe en outre dans l’abus de pouvoir quand il utilise l’école publique pour imposer ses oukases langagiers à toute une jeunesse.

J’ai entendu objecter: «Vaugelas, au XVIIe siècle, n’a-t-il pas édicté des normes dans ses remarques sur la langue française ?». Certes. Mais Vaugelas n’était pas ministre. Ce n’était qu’un auteur, dont chacun était libre de suivre ou non les avis. Il n’avait pas les moyens d’imposer ses lubies aux enfants. Il n’était pas Richelieu, lequel n’a jamais tranché personnellement de questions de langues.

Si notre gouvernement veut servir le français, il ferait mieux de veiller d’abord à ce qu’on l’enseigne en classe, ensuite à ce que l’audiovisuel public, placé sous sa coupe, n’accumule pas à longueur de soirées les faux sens, solécismes, impropriétés, barbarismes et cuirs qui, pénétrant dans le crâne des gosses, achèvent de rendre impossible la tâche des enseignants. La société française a progressé vers l’égalité des sexes dans tous les métiers, sauf le métier politique. Les coupables de cette honte croient s’amnistier (ils en ont l’habitude) en torturant la grammaire.

Ils ont trouvé le sésame démagogique de cette opération magique: faire avancer le féminin faute d’avoir fait avancer les femmes.

L’écriture inclusive n’inclut rien. Elle promet une utopie d’un autre âge. Les lettres de l’alphabet ne changent pas. C’est leur utilisation, le discours, les convictions.

 

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