Le mythe de Dédale et d’Icare, une explication de notre monde technique d’aujourd’hui.

Le futur fait peur.

Les nouvelles technologies ( qui ne sont pas si nouvelles ) accélèrent notre changement de civilisation. L’intelligence artificielle, la recherche sur le corps humain. La surveillance généralisée par les grandes puissances de la tech. La surveillance par les grandes puissances politiques. En chine, en Russie, aux États Unis.

Notre monde empreint de technique nous échapperait il ?

Temps de lecture : 10′ : vous ne le regretterez pas !

La méfiance de la technique.

La méfiance vis à vis de la technique doit nous alerter et nous faire réfléchir au rapport de l’homme à la technique.

Sans la fuir. N’oublions pas que l’homme est l’animal qui est l’un des seuls à maîtriser la nature.

L’homme est un objet technique en soi, utilisant ses mains, son cerveau pour modifier la nature. Et rendre ce monde plus vivable. Chasser, élaborer des techniques de cueillette, d’agriculture. Mauss définit bien l’homme comme un objet technique. ( à lire ici : l’homme, objet technique )

L’homme utilise son corps comme une technique. Reprenant les exemples de la nage. Qui procède de différentes techniques ( crawl, nage indienne..).

Des siècles de savoir, d’intelligence a permis de construire petit à petit un monde mécanisé, connecté, et bienveillant sur notre survie. Permettant de prolonger l’espérance de vie.

En ce début du XXIe siècle, la technique est devenue un sujet de non retour.

Avec de multiples voyants rouges qui s’allument. Autant pour sublimer la technique, sans raison. Ou la fustiger, remettant même en question certains savoirs. Comme le vaccin par exemple.

Tout nouvel usage de la technique doit désormais intégrer une éthique. Car l’accélération de la technique a pris le pas. Dans le respect des équilibres naturels, par exemple.

Dans la mythologie grecque, une figure illustre bien le plein pouvoir de la technique. De ses bénéfices, de ses travers, et du questionnement.

Il s’agit de Dédale.

Il se pose comme l’incarnation mythique des pouvoirs de la technique.

Le nom Dédale d’ailleurs vient de l’adjectif « daidalos« , II signifie ‘astucieux’.

L’histoire de Dédale fonctionne comme un avertissement. Si la technique peut nous libérer, en nous permettant de se libérer des contraintes de la nature, elle peut tout autant nous asservir, voire provoquer, au sens propre comme au sens figure, notre chute. Au sens propre, c’est la chute d’Icare que vous lirez ci-après.

Plutôt que de se poser et interroger la technique, la spirale est celle du pire.

Comme l’arrivée de l’automobile qui devait libérer l’homme de la contrainte de la distance. La concentration automobile a amené la pollution. Comme internet qui devait rassembler les êtres humains a amené le déferlement de la haine, de la marchandisation de l’être humain.

Dédale lui cumule cette fuite en avant dans la technique.

Il invente Minotaure, une créature maléfique mi-homme mi-taureau. La première idée dE la manipulation de l’homme dans sa chair. La manipulation génétique d’aujourd’hui.

Le roi Minos ordonne à Dédale de construire un labyrinthe pour le cacher. Et tenter ainsi de réparer cette horreur d’une technique maléfique.

Le fameux labyrinthe du Minotaure. Dédale s’enfonce dans son obstination. L’obstination de vouloir maîtriser. Il trouve une ruse pour aider l’athénien Thésée à tuer le monstre. A nouveau la technique veut en cacher une autre ( ce labyrinthe incroyable).

Dédale s’attire les foudres du roi qui décide de l’enfermer au centre de sa propre construction, le labyrinthe, avec son fils Icare.

Et dernier chapitre d’une technophilie acerbée, le récit d’Icare met la fin du monde Dédalien. Un avertissement sur l’usage de la technique.

Ugo Batini, enseignant en philosophie et auteur de Schopenhauer, une philosophie de la désillusion écrit ainsi :

« Ce récit interroge le pouvoir de la technique et la nécessité qu’a l’homme de se prémunir de la fascination qu’elle ne manque pas de susciter. Quand elle n’est pas utilisée par un Dieu, mais par un simple mortel, le danger est toujours présent. Au bénéfice qu’elle promet, il faut veiller à ce que ne s’ajoute pas une catastrophe : dans le mythe développé ici par Ovidé, c’est la création d’un monstre, l’emprisonnement, mais aussi la mort. Toutes les inventions de Dédale en outre sont liées entre elles puisque chacune vise à réparer les dégâts de la précédente, figurant ainsi une spirale du pire. »

L’histoire du mythe de Dédale et Icare.

Dédale cependant, las de subir, sur une terre odieuse, les ennuis d’un long exil cède à l’amour du sol natal ; mais la mer l’emprisonne.

« Minos peut bien, dit-il, me fermer et la terre et les eaux, mais le ciel m’est ouvert ; le ciel sera ma route ; Minos est le maître de la terre, mais il n’est point le maître des airs ».

Alors son génie s’applique à inventer un art inconnu, et soumet la nature à de nouvelles lois. Il dispose des plumes avec ordre, en prenant d’abord la plus petite : chacune d’elles est moins longue que celle qui la suit.

Dédale attaché ces plumes, au milieu, avec du lin, à leur extrémité avec de la cire ; il leur imprime ensuite une légère courbure, afin de mieux imiter les ailes d’un oiseau.

Le jeune Icare était auprès de lui, ignorant que ses mains jouaient avec ses propres dangers, il prenait en souriant les plumes qu’enlevait la brise vagabonde. Après avoir mis la dernière main à son œuvre, l’industrieux artiste se place en équilibre sur ses deux ailes et vogue suspendu dans les airs. Il donne alors des leçons à son fils.

« Icare, dit-il, prends le milieu des airs, et crois mes avis ; car si ton vol s’abaisse, l’onde appesantira tes ailes ; s’il s’élève trop haut, le feu les brûlera. Vole entre ces deux écueils ; crains surtout de regarder le Bouvier, ou l’Hélice, ou le glaive nu d’Orion des constellations. Prends ton vol en suivant le mien. »

Il lui enseigne ensuite à voler et attaché ses ailes à ses épaules qui n’en savent pas encore l’usage. Pendant qu’il lui prodigue ses soins et ses conseils, les joues du vieillard se mouillent de larmes, et ses mains tremblent.

Il donne à son fils des baisers qui devaient être les derniers et, soutenu par ses ailes, il vole en avant ; tremblant pour son compagnon, comme l’oiseau qui guide dans les airs le novice de sa jeune famille, sortie pour la première fois de son nid aérien.

Le pêcheur, le pâtre et le laboureur appuyés, l’un sur son bâton, l’autre sur sa charrue, les aperçoivent, et frappes d’étonnement à la vue de ces voyageurs ailes, les prennent pour des dieux.

déjà ils avaient laissé à gauche Délos, Paros et Samos ( îles de la mer Egee ) ; à droite, ils voyaient Lébynthos et Calymne ( îles de l’Egée ), si fertile en miel. Le jeune Icare, se laissa emporter au plaisir d’un vol audacieux et au désir de s’approcher du ciel, abandonne son guide et porte plus haut son essor. Les rayons trop voisins du soleil abolissent la cire parfumée et fondent les liens de ses ailes. Il agite ses bras dépouillés et, privé de ses plumes qui le soutenaient comme des rames, il frappe en vain les airs où il n’a plus de prise ; sa bouche répète le nom de son père , et il tombe au fond des mers.

Cependant, son père infortuné s’écrit : « Icare, Icare, où es-tu ? ». « Où te trouver, Icare ? » S’écriait-il encore, quand il aperçut ses plumes flottantes sur les ondes. Alors il maudit son art et renferme dans un tombeau le corps de son fils : la terre qui reçut ses restes a conservé son nom.

Ovide, les métamorphoses VIII, traduction louis Puget, Théodore Guiard, Chevriau et Fouquier ( 1876 ).

[ crédit photo : wikipedia, et icare]

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