Sémiotique de la croissance

déclin_croissance_décroissance_sémiotique_développementLe mot croissance est un mot plutôt positif.
Et les mots ont un pouvoir.
La nature croît, « mange ta soupe pour grandir« .
La croissance est un principal vital, dans la nature.
Dans notre monde d’économie, le mot croissance a la même valeur.
La croissance est ce qui permet au monde de progresser.

Pourtant, l’adage populaire nous dit que les arbres ne montent pas jusqu’au ciel.
Petit lexique d’un mot ordinaire, mais qui risque de nous empoisonner la vie, bientôt …

Le club de Rome, en 1972, ou la chute de notre monde de croissance.

Retenez le schéma ci-dessous.

Il donne la vision de notre monde de croissance, et de destruction programmée.

En opposition avec la croissance tant souhaitée par les politiques, les économistes.

croissance_décroissance_club_de_rome

La croissance, c’est combattre le chômage, progresser.
On reviendra sur le terme croissance plus loin.
Le rapport en 1972 prédisait un effondrement économique se traduisant pas une baisse massive de la population se produira aux alentours de 2030.
En 2012, l’année passée, donc, le Club de Rome célébrait le 40eme anniversaire de son célèbre rapport : Halte à la croissance ?
Et l’occasion de faire un bilan, 40 ans après le premier rapport.
La situation est confirmée par la formule du Smithsonian Magazine, «The world is on track for disaster…», autrement dit, “tout se déroule comme prévu pour que survienne le désastre”.
Il est notable que ces informations ont peu été médiatisées, puisque le mot d’ordre de toute l’économie, y compris les syndicats est bien de poursuivre la croissance : la seule salvatrice d’un monde serein ?

A décharge du rapport du Club de Rome, certains scientifiques ont considéré que l’épuisement des ressources naturelles, notamment le pétrole étaient sur-estimées. En effet, les progrès scientifiques ont permis de capter de nouveaux foyers naturels. Mais avec un prix aujourd’hui jugé acceptable, vu le cours du baril de pétrole.

Bataille des mots : la croissance, décroissance et environnement durable.

Le développement durable est un concept qui s’inscrit dans une démarche de mieux vivre notre monde.
Les entreprises commencent à se nourrir d’une dimension sociale, écologique et durable de leur activité.
La définition cynique, selon Nestlé :
Le directeur général de Nestlé affirme :

« l’environnement durable est facile à définir : si votre arrirère-grand-père, votre grand-père et vos enfants restent des consommateurs fidèles de Nestlé, alors nous avons travaillé de façon durable. Et ceci est le cas de plus de 5 milliards de personnes dans le monde ».

[ Peter Brabeck-Lemathe, directeur de Nestlé au forum de Davos de 2003, cité par Christian Jacquiau Les coulisses du commerce équitable, Mille et une nuits, Paris 2006 ].

Le concept d’environnement durable peut être ainsi un mot marketing, fourre-tout, utilisable à souhait.
Tel Michel-Edouard Leclerc :

« le terme [ environnement durable ] est tellement large, mis à toutes les sauces, qu’à l’exemple de Monsieur Jourdain, tout le monde peut le revendiquer. Et puis, c’est un concept à la mode. Tant dans le monde des entreprises que dans tout débat de société. Et alors, de tout temps, les marchands ont su récupéré les bons slogans ».

[ Michel Edouard-Leclerc, Le nouvel économiste, 26 mars 2004 , cité par Christian Jacquiau ].

Pour Serge Latouche, professeur d’économie à l’université de Paris-Sud, dans « petit traité de la décroissance sereine » [ Mille et une nuits, 2004 ], l’usage du terme d’environnement durable est un pis-aller.

Donnant bonne conscience aux volontaires d’un changement de notre monde sociétal et économique.
Mais il ne met pas fin à la croissance. Juste un ajustement.

« La bataille des mots fait rage, même quand il s’agit que d’imposer des nuances sémantiques qui peuvent paraître minimes. Ainsi, vers la fin des années 1970, le ‘sustainable development » aurait triomphé de l’expression plus neutre ‘écodeveloppement’, adopté en 1972 à la conférence de Stockholm, sous la pression du lobby industriel américain, et grâce à l’intervention personnelle d’Henri Kissinger ».

Voilà donc le terme d’environnement durable remplacer l’éco-développement.

D’un point de vue sémantique, on distinguera ainsi :

  • le développement, ou la croissance comme phénomène d’évolution d’une réalité précise : la production de légumes, la quantité de déchêts, la croissance de l’organisme de l’enfant.
  • la croissance d’un point de vue abstrait, désignant le dynamisme économique étant à lui-même sa propre fin.

Comme l’indique Serge Latouche : « La confusion des deux n’est pas de notre fait. Elle est savamment entretenue par l’idéologie dominante ».

Le développement et le progrès selon le siècle des Lumières.

La croissance et le ont largement été propulsés au XVIIIème siècle par le siècle des lumières.
Le progrès, à l’époque c’est d’éclairer les peuples, soumis de siècles de soumission à une royauté, une église, omni-puissante sur les décisions des.
L’avis éclairé de la science, fi de la religion, est bien de permettre à chacun le développement.
Ainsi sont nés les grands réseaux de communication ( voies navigables, voies terrestres, chemin de fer ) pour permettre de véhiculer les idées nouvelles, l’information.

Education, industrie, rayonnement culturel par les Expositions universelles, vitrine d’un monde meilleur.. ?
Le mythe du progrès humain s’est ainsi développé jusqu’au milieu du XXeme siècle  :

rupture fondamentale où les méfaits de la colonisation du monde occidental s’est fait sentir.
L’idée de progression, de développement s’est donc élargie, et l’économie d’aujourd’hui en prend toujours l’empreinte.
Croissance.

Sémantique de la croissance.

La croissance, nous l’avons vu est un principe naturel ( la croissance biologique ), reprise par le monde économique comme concept de progrès.
La vision de 2030 nous montre que ce mot est caduque, et qu’il reste quelque 17 ans de sérénité.
Face à ce vocabulaire, et d’un mode de vie associé, les efforts sont aujourd’hui minimes.
On notera cependant que les Etats-Unis se replient sur leurs réserves pétrolières ( historiquement inutilisées en prévision de pénurie ), et se retireront des conflits au moyen-orient où la richesse du pétrole a longuement suscité les interventionnismes ( isolation ).

Puisse ce billet éclairer nos citoyens.
Ce n’est ni la politique, ni la mass-média qui alerteront d’un monde en déclin.

Rappelons-nous : le rapport du Club de Rome de 1972 a été confirmé en 2012.
Au terme croissance, associez une nouvelle image mentale.
Il y a tant encore à construire !

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Une réponse à “Sémiotique de la croissance

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