Une vie de marmotte

[ Mes propres textes littéraires , ceci n’est pas un billet ]

Vous vous promenez dans la montagne, les poumons gonflés de joie de vous retrouver en si bon contact avec les éléments naturels. Le cœur est léger, les jambes lentement dépliées sous l’élan de votre corps. Ce qui est fabuleux dans la montagne, ce sont les petits animaux qui s’agitent. Voir furtivement un oiseau s’envoler vous fait battre le cœur. Vous pensez assister au spectacle miraculeux de mère nature, en privilégié.

En fin observateur, qui a su éviter les parcs bondés de promeneurs. Vous êtes seuls, et en silence vous pensez surprendre les petits galopins de lapins, de marmottes, de lézards, d’oiseaux.

Derrière un rocher, cela ne rate pas. Vous venez d’apercevoir une petite marmotte qui ne bouge plus. Vous vous pensez rusé. Elle ne va pas vous voir, vous ne faites pas de bruit. Vous êtes discret. Vous pensez que vos pas mesurés, plantés dans la mousse verte, ne trahiront pas votre curiosité.

Mais vous avez tout faux. Vous pensez tout voir, mais vous ne voyez rien ! Vous êtes aveugles. Vous ne savez pas qu’en réalité ce n’est pas une marmotte qui se cache. Mais des centaines. Les marmottes vivent en communauté. Et pendant qu’elles recherchent tranquillement à reconstituer leurs réserves adipeuses, l’une d’elle ne fait pas festin. Elle est observatrice, guetteuse. Vous pensez l’observer, mais c’est la gardienne qui vous guette. Et elle sait bien longtemps avant que vous vous mettiez à marcher au ralenti que vous êtes là. Cette marmotte guetteuse prévient ses congénères. C’est son rôle. Elle mangera, son tour venu, lorsqu’une autre prendra son tour.

C’est expliqué, tout cela, dans mon bouquin. « La vie sauvage dans les montagnes européennes ». Je viens de le finir. Le livre est encore tout chaud de mes mains posées sur la couverture de papier. Il est  à terre, au pied du lit. Je l’ai laissé tomber. Je le relirai. J’aime bien ces histoires de marmottes. J’aime bien les marmottes. A ce moment précis d’ailleurs je suis une marmotte, profondément ancré dans un sommeil agité. Où je m’endors sur la musique en sourdine à la radio. Où je me réveille sur la musique en sourdine à la radio. Tout à l’heure, le journaliste annonçait la victoire des socialistes aux élections législatives. J’ai  fini par l’éteindre, le journaliste. Il pense m’intéresser. Mais les élections, cela ne m’intéresse pas. A la radio, on dit que c’est important. Mais on s’intéresse trop aux actualités et pas assez à son actualité. A soi-même. Fuck off !

Le  radio réveil est programmé à se redéclencher toutes les neuf minutes. Combien de fois s’est il remis en route ? Je ne sais plus. Les marmottes ne comptent pas. Elles dorment.

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Classé dans Littérature, Mes propres textes

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