Certains livres font l’effet d’une bombe.

Parce qu’ils vous parlent, vous inspirent.
C’est le cas des romans d’Andrew Sean Greet. Tribulations d’Arthur Mineur, et Arthur Mineur court à sa perte.
Je lis ses mots comme les miens, que j’aurais aimé écrire, ou prononcer.
Les plus beaux mots inspirants sont ici !
Pourquoi aimer Arthur Mineur ?
J’aurais aimé écrire les mots d’Andrew Sean Greet.
Et dans les discussions avec les amis, pouvoir sortir ces phrases. Si limpides, si précises, si spirituelles, si vraies.
Le personnage d’Arthur Mineur est attachant.
Un « looser » amusant de notre siècle, maladroit souvent. Un personnage toujours dans l’introspection.
Les romans d’Andrew Sean Greet sont essentiellement un roadmovie, ou plutôt un roadWriting. Plutôt que d’affronter la réalité, Arthur Mineur la fuit ; en voyageant. Partout dans le monde. En Inde, en Allemagne, en Italie, en France.
Des croquis de vie, souvent irréalistes. Avec plein d’humour ; et un certain regard de la condition humaine. Où l’on se retrouve, forcément.
Pas d’histoire avec une intrigue policière. Une longue suite d’aventures rocambolesques. Loin d’un roman classique. La chute de ses romans est toujours émotion. Et l’on a envie de retrouver encore Arthur Mineur. Peut être est-il en moi, ou suis-je en lui…
Qui est Arthur Mineur ?

Présentons Arthur Mineur :
Mineur ne sait même pas où est rangé sa véritable identité
Arthur Mineur, c’est moi , c’est vous. Il endosse plusieurs rôles, plusieurs costumes. Pour s’adapter au monde social.
Bien qu’il doute en permanence, il a une philosophie de vie :
Ma philosophie ? La mienne consiste à embrasser l’affirmatif.
Il ne maîtrise pas totalement ce qu’il est. Tout lui échappe. Et on pourrait dire « tant mieux ».
Qui peut maîtriser ses actions, son histoire ?
Ainsi, en lucidité, Arthur Mineur le note :
J’avais moi même échappé à la structure de ma propre histoire.
A laquelle j’avais fait faux bond, purement et simplement.
Si Arthur Mineur ne contrôle pas sa vie, c’est qu’il a longtemps pensé qu’il pouvait la maîtriser.
Que son cerveau permettait de se raisonner.
Il finit par comprendre que le cerveau joue des tours. Et nous enferme dans des croyances stériles :
Notre cerveau n’est que mensonges
Arthur se voit ici, en miroir. A qui ressemble-t-il ?
Avant de venir ici, je suis allé au musée d’Orsay.
⁃ c’est un musée merveilleux.
⁃ J’ai été très ému par les sculptures de Gauguin. Mais ensuite, sorti dont on ne sait où : Van Gogh. Trois autoportraits. Je me suis dirigé vers l’un d’eux; il était protégé par une vitre. J’y ai vu mon reflet. Et j’ai pensé : oh mon dieu ! Je ressemble exactement à van gogh.
⁃ Avant l’affaire de l’oreille, je pense.
L’urgence de vie

Ne pas céder à la nostalgie. Mais ne pas oublier que la vie est l’instant magique où la poésie, le rire doivent se déployer.
Et ne pas se confondre dans des considérations matérielles, de bourgeois rangé. On a tous tendance à s’embourgeoiser.
Entendons-nous, même l’ouvrier, le professeur des écoles. La propriété ; son premier logement. Sa voiture. Son smartphone. Tous ces objets qui nous poussent à s’engouffrer dans les discussions matérielles. Livret A, crédit, achat immobilier, impôts. Comme une finalité de vie.
Et repenser à ce qui était important ; et qui est important.
Ainsi, Arthur Mineur nous le précise, plus joliment, par provocation :
Vous devriez aller à la plage comme vous le faites aujourd’hui, vous défoncer, vous enivrer, avoir des tas de relations sexuelles.
J’estime que la chose la plus triste au monde, c’est un jeune homme de 25 ans qui discute de la bourse. Ou pire, des impôts.
Ou encore d’immobilier, nom de Dieu !
Tout homme de 25 ans qui prononce le mot « refinancer » ‘, on devrait l’arrêter et le fusiller. Parlez d’amour, de musique, de poésie .
De ces choses dont on oublie tous qu’elles ont un jour compté.
Gaspillez chaque jour, voilà ce que je dis, moi.
L’urgence de vie, c’est d’accepter, ou de refuser ces instants brisés ; par la médiocrité des autres, leur naïveté ou leur méchanceté :
Tout le monde a déjà fait l’expérience d’un chagrin dans des moments festifs.
Aux petits enfants qu’on réveille un jour en leur disant « aujourd’hui tu as cinq ans ! ».
Ne pleurent ils pas à chaudes larmes en voyant leur monde glisser vers le chaos ?
Et puis notre soleil qui meurt lentement, la spirale de la galaxie en expansion, les molécules qui se détachent seconde après seconde vers notre inévitable mort thermique ; ne devrions pas tous élever nos plaintes jusqu’aux étoiles ?
Rester jeune, et oser.
Ne pas perdre de temps :
Pour un garçon de sept ans, rester assis dans la salle d’atttente d’un aéroport est aussi ennuyeux que d’être cloué au lit en convalescence.
Ce garçon en particulier a déjà gaspillé le six millième de sa vie dans cet aéroport.
Arthur Mineur a bientôt 50 ans.
Et rétrospectivement, il regarde comment nous nous comportons ; la jeunesse passée.
Embourgeoisé, nous avons besoin d’un confort, d’exigences qui ne l’étaient pas.
Avec ce croquis si réel : celui des jeunes vivant simplement avec un sandwich au midi, et celui des vieux, sur une table à nappe blanche :
Il descend la rue des Archives, emprunte la petite rue qui mène au vieux quartier juif.
Les jeunes touristes font la queue pour des falafels, les plus âgés sont assis aux terrasses avec d’énormes menus et une expression de désarroi
Et à chaque instant, oser ce qu’on fait ; ne pas regretter. Une seule fois dans sa vie, on peut réaliser ce qui nous semblait « farfelu » :
Son ami Lewis lui avait parlé d’une boutique de luxe pour hommes, à deux pas de là.
Freddy en veste noire, se regardant dans le miroir, le garçon studieux devenu un jeune homme somptueux.
Mineur dut lui acheter cette veste, même si elle coûtait autant que le voyage lui-même.
Plus tard, avouant cette extravagance à Lewis, il s’entendît rétorquer :
C’est ce que tu veux qu’on inscrive sur ta tombe ? « Il alla à Paris et se refusa à faire quelque chose de déraisonnable ? »
Alors Arthur Mineur a bientôt 50 ans.
Et l’avantage de la vieillesse, c’est que nos relations sont devenues proches, dans l’âge :
A l’époque, une génération d’écart. Aujourd’hui, ils sont pratiquement contemporains.
Vivre en couple, et durer, c’est presque un miracle. Les grands groupes de musique ne tiennent pas longtemps. ..
Alors se quitter après 20 ans, ce n’est pas un échec.
C’est la proposition la plus jouissive que j’ai lu d’Andrew Sean Greet :
⁃ Mais tu as rompu avec lui. Quelque chose ne colle pas. Quelque chose est allé de travers.
⁃ Non non Arthur, non c’est tout le contraire !
Et je te dis, c’est une réussite. Vingt années de joies, de soutien, d’amitié, c’est une réussite.
Est ce que cette nuit est un échec, parce qu’elle va se terminer dans une heure ?
Est ce que le soleil est un échec parce qu’il va disparaître dans un milliard d’années ?
Non, c’est cette merveille de soleil, bordel.
Ne pas trop rester dans le passé.
Ou tout du moins le garder comme un souvenir que l’on range. Et qu’on n’ouvre pas du tiroir poussiéreux tous les soirs.
Éviter la nostalgie :
Les gens utilisent la même vieille table, même si elle est branlante et qu’elle a été réparée des tas de fois, simplement parce que c’était celle de leur grand mère.
Et ne pas vivre sans l’obsession que tout est bientôt fini.. parce qu’on a passé l’âge d’or. ( quel âge d’or ? ). Cela pourrait porter malchance :
Il y’a une Vieille histoire arabe qui raconte qu’un homme entend dire que la Mort vient le chercher ; il s’enfuie alors vers Samarra. Et quand il y arrive, il rencontre la mort au marché, et la Mort lui dit « tu sais, j’avais simplement envie de venir en vacances à Samarra. J’allais renoncer à te prendre aujourd’hui ; mais quelle chance : voilà que tu es venu me trouver toi même ! »
Et l’homme est emporté malgré tout.
Les propositions jubilatoires d’Arthur Mineur
Arthur Mineur peut être déterminé.
Et ses propositions de s’imposer des règles sont jubilatoires. Elles me rappellent le jeu de Rhinheart dans l' »Homme Dé« .
Ces règles sont à la fois un jeu. Un challenge. Drôles. Que tout à chacun peut suivre ; ou au moins s’en inspirer.
Pour rendre le quotidien plus joyeux, plus enthousiasmant !
Ces règles sont sérieuses, décalées. Et s’inscrivent encore dans l’urgence de vie.
Ce jeu aide à vivre et survivre dans notre monde froid, routinier pour le rendre joyeux.
Voyageant avec son amant dans le Texas, les deux protagonistes s’imposent une règle pour le long voyage sur les routes désertiques :
Chacun d’entre nous a décidé d’établir une règle pour faire la route.
La mienne, c’est qu’on ne pouvait passer la nuit que dans des endroits signalés par une enseigne éclairée au néon.
Et la sienne, c’était que, où que nous allions, nous devions choisir le menu du jour. S’il n’y avait pas de menu, on devait aller ailleurs.
Mon dieu, Mineur, si tu savais ce qu’il m’est arrivé de manger ! Un jour, un ragoût de crabe. En plein Texas !
La règle du jeu peut être une sorte de contrat. De vie à deux.
Et sublimer sa semaine en jouant le héros. Pour porter le fardeau..
Sois fort Arthur mineur.
Tu te souviens de l’accord qu’on a conclu toi et moi ? Peu après ton emménagement dans la cabane ?
C’était un dimanche et je venais de passer la journée entière dans ce lit blanc à corriger des devoirs de mes élèves ; je n’avais pas bougé depuis le petit déjeuner et il faisait maintenant bien noir.
Tu es entré avec une pizza et une bouteille de vin rouges. Toi aussi tu avais passé la journée en peignoir. Tu t’es assis sur le lit pour me servir un verre de vin et tu as dit :
« Freddy maintenant que nous vivons ensemble j’ai une proposition à te faire. Toi et moi on ne peut pas dire que nous soyons des hommes forts.
On n’est pas fichus de fixer une étagère au mur ou de réparer un évier, sans compter qu’aucun de nous deux n’est capable d’attaquer une souris.
Tu as posé la main sur mon bras.
« Or il faut bien que quelqu’un l’attrape cette souris. Alors voici ce que je te propose.
Tu feras l’homme fort les lundis, mercredis et vendredis. Et moi je le ferais les mardis, jeudis et samedis. »
J’ai marqué une pause, suspicieux.
« Et les dimanche alors ! »
Tu m’as caressé le bras pour me rassurer.
« Les dimanches, Freddy, personne ne joue les hommes forts ».
Et parfois, changer sa conversation.
Et s’amuser à se connaître. Renvoyer l’image de l’autre comme un miroir :
Le jeu consistait à essayer de se définir l’un l’autre en une seule phrase.
Supporter l’autre. Converser avec l’autre
Comment vivre avec l’autre ?
Comment appréhender l’inconnu, surtout s’il est méprisant à votre égard ?
Construire sa carapace ou déconstruire la carapace de l’autre :
Tu es en présence de la souffrance incarnée avait pour habitude de dire Robert face à une personne ignoble.
Tu es en présence d’une personne qui souffre.
Et paralysé devant l’autre, il a gagné le combat face à moi. Et :
Et Mineur la sent enfler en lui, cette formule qu’il ne veut pas dire, et que pourtant, à cause de la logique de cette conversation qui l’a cruellement mis en échec et mat, il est en quelque sorte force de dire :
⁃ je vous remercie.
Ou..
Le monde semble leur appartenir ; rien ne peut les décontenancer
Mais..
Peut on envier la vie des autres, que l’on trouve plus belle, lorsqu’on scrolle sur les photos d’Instagram ? Une vie sans craquelure..
Mineur en vient à comprendre que pour certains la vie se déroule sans heurts. Et est aussi dénuée d’accidents qu’elle l’est, sans doute de poésie
Converser avec l’autre est parfois jubilatoire.
Découvrir un inconnu et gratter ce qu’il a en lui. Alors qu’Arthur Mineur répond aux questions de son interlocuteur qu’il vient de rencontrer dans d’une soirée.. il se dévoile devant l’inconnu. L’inconnu ne s’est pas dévoilé :
– Ce n’est pas juste, il me semble : vous m’avez perçu à jour alors que vous, vous restez un mystère.
– C’est bien d’être un mystère.
Et c’est là que s’évanouit le mystère.
Quel âge avez-vous ?
On vous donne souvent, je l’espère, moins que votre âge.
Voici la réponse idéale qui ne vous mettra pas dans l’embarras :
⁃ je pensais que vous n’aviez que trente cinq ans.
⁃ Ça c’est un mensonge. Mais c’est un mensonge charmant.
Voyageur…
Le monde moderne nous permet de voyager. De faire le touriste. Acheter quelque souvenir..
Les romans d’Andrew Sean Greet sont emprunts de récits de voyage. C’est l’objet de ses romans.
Et les réflexions d’Arthur Mineur nous invite à nous questionner sur nos propres façons de voyager. De faire le touriste.
Avec obsession, nous souhaitons du wifi partout. Même loin ailleurs, en vacances.
Le touriste qui arrive dans son hôtel, sa chambre d’hôte, son air b’n’b recherche la connexion. Pas ici présent. Mais avec ceux qu’il a quitté. Et son réseau social.
Aussi avec humour, dans le désert, Arthur Mineur se moque de nous. Se moque de vous :
Quand dans le désert africain, on cherche le fameux wifi :
– Oh mais il y a le wifi dans le désert.
– Ah bon ?
– Oui bien sûr , partout
Le problème c’est le mot de passe.
Dans la voiture de location, on essaye de trouver la route dans un pays inconnu.
Plutôt que de regarder la route, ses panneaux en langue étrangère, qui dépaysent, on a les yeux rivés sur le GPS.
Mais le GPS finit par buguer..
Le GPS après avoir donné des directions nettes et précises semble s’enivrer de son propre pouvoir lorsqu’il atteint les limites extérieures de la ville, et finir par le lâcher complètement pour placer Arthur en pleine mer du Japon.
Prenez la sortie suivante. Le GPS, ce capitaine qui somnolait , ivre de rhum s’est réveillé et reprend les commandes.
Le touriste, ou le voyageur, a la manie de vouloir acheter un bout de son voyage. Avec des cadeaux « souvenirs ». Des bibelots, des bijoux, des vêtements.. Qui finiront dans une étagère poussiéreuse ou dans son armoire de vêtements :
C’est une idée fausse chez les voyageurs, cette obligation qu’il faille acheter des vêtements à l’étranger..
Quant aux délicats batiks de Bali faits main, on les porte d’abord en croisière, ensuite on les transforme en rideaux, avant qu’ils ne deviennent plus, enfin, que les signes d’une folie qui nous avait gagnés.
Les perles d’Arthur Mineur
Derrière une page, une phrase, on trouve des pépites de mots.
En voici quelques unes qui ont marqué mon esprit.. de la poésie, une ligne qui interpelle..
Mets mes mais aux orties
Sur l’écriture :
L’écriture n’est autre que la page
Ou le désir et la surprise de la séduction :
Cette soirée est inattendue. Cet homme est inattendu.
A travers les couches de tissu, sa peau semble revivre.
Il meurt d’envie de toucher cet homme.
Ou parler seul, désespéré :
Il termine par une tirade incompréhensible qu’il adresse aux dieux seuls.
Cette image poétique et érotique de la sonnette :
Il retrouve la façade noire du magasin qui ne porte plus aucun signe distinctif, avec son unique sonnerie dorée, dont il touche le téton avant de sonner
Pour ceux qui voyagent à deux :
Voyager ensemble à deux, comme des mormons.
Avoir pitié des autres, de leur petitesse, de leur médiocrité :
Sa pitié vole de par le monde, et son envergure est plus étendue que celle d’un albatros.
Et être le premier à mourir..
Elle lui explique que les rosiers qui se trouvent au bout de chaque rangée de vignobles sont là pour détecter une éventuelle maladie. Elle tend le doigt et ajoute :
⁃ Ce sont les roses qui sont les premières à être attaquées, comme l’oiseau.. quel oiseau déjà ?
⁃ Un canari dans une mine de charbon.
⁃ Si. Esatto.
⁃ Ou comme un poète dans un pays d’Amérique latine, suggère Mineur.
Le nouveau régime les exécute toujours en premier.

Andrew Sean Greet est romancier américain né en 1970.
Il a écrit :
- Les Confessions de Max Tivoli,
- L’Histoire d’un mariage
- Les Vies parallèles de Greta Wells
- Les tribulations d’Arthur Mineur . ( prix Pulitzer 2018 )
- Arthur Mineur court à sa perte.
À lire !

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