Les idées dans les tripes ? Edgar Morin, la connaissance

rester_soi_meme_humilité_sens_vieLes plus grands philosophes, intellectuels ont un ventre, des tripes, un coeur, une queue.
Ils réfléchissent, échangent leurs idées. Confrontent.
Parfois, la jalousie avec leurs pairs prend le dessus.
C’est humain.
Cela n’est pas du ressort de l’intellect. Mais des tripes.
Edgar Morin, philosophe et sociologue nous apprend cette chose :
le monde très complexe des idées, de ce que nous sommes vient d’en bas.
Et c’est une boucle vertueuse de notre vie intellectuelle.


La pensée complexe permet d’appréhender le monde et la connaissance dans son entier.
C’est l’exercice d’Edgar Morin de nous l’expliquer dans ses 6 tomes, de la Méthode :

Appréhender le monde dans sa complexité.
On lira l’ensemble de ces billets en fin de ce billet.

Appréhender la connaissance, avec ses principes.
Quitte à voir sans cesse contradiction, erreur, donc.
Mais c’est la vie en somme.
La rationalité n’est pas le seul véhicule de progrès et de compréhension. Mais aussi les tripes.

Galilée et Kepler se sont par exemple battus sur le plan des idées.
Kepler s’est aperçu que la théorie qu’il pouvait formuler était en compétition avec celle de Galilée.
C’est la jalousie, la volonté d’être le précurseur qui l’a poussé à avancer.

Avancer, ce n’est pas qu’un schéma intellectuel, c’est profiter aussi des avancées techniques :
la Médiologie, portée par Régis Debray, s’occupe de la relation entre technique et pensée humaine.

Les avancées de la pensée humaine sont reliées au progrès technique, et les deux s’entrecroisent, interagissent entre eux.
L’exemple de l’invention par Gutenberg de l’imprimerie, ou l’écriture tout simplement a profondément changé le processus de raisonnement.
En intégrant la mémorisation de la pensée, lisible à l’infini, elle a permis d’intégrer la linéarité du raisonnement dans le temps.
La technique conditionne la pensée.

Notons ici encore que la pensée est déterminée par des conditions propres à l’environnement et ne relève pas de l’absolu.
Modestie encore de la pensée rationnelle.
La pensée s’exprime toujours via un médium, c’est-à-dire un outil technique et les spécificités de cet outil détermine la pensée.

La connaissance n’est pas la lumière brillante de l’esprit seul, comme l’annonçait pourtant le siècle des lumières, et l’encyclopédie universelle.
Elle est faite de contradiction, de thèse, de synthèse, de formation récursive.
Elle est volonté indicible du cœur autant que de l’esprit d’apprendre, de modifier le monde.
Elle s’inscrit dans l’être humain, déterminé lui-même par ses moyens de penser, de communication, techniques ou pas.
Suivre les théories scientifiques peut-être largement ennuyeux est difficile.
Mais suivre l’histoire des hommes qui les ont écrit est par contre passionnant et intelligible.

Les tripes et les idées par l’exemple : Camus et Sartre.

albert_camus_etranger_absurdité

Un exemple de cette coupure entre l’homme et la connaissance concerne le conflit entre la pensée de Camus et de Sartre.

Camus et Sartre se sont longuement appréciés dans le domaine de leurs pensées respectives. L’homme est seul au monde ; il est là, projeté dans un monde, sans n’avoir rien demandé.

Camus définit l’absurde, Sartre la réalité existentielle de l’homme qui est ce qu’il fait.

Cependant au fil de la réflexion, Camus a toujours prôné la primauté de la raison du cœur, la raison du corps.

Elle était imprégnée de la vie de Camus en Algérie, sous le soleil brûlant des corps, brûlant la pensée, immergeant l’homme dans son milieu, loin des considérations parisiennes de Sartre.

Plongée dans un monde purement culturel, et moins humain que celui de Camus, plongée dans la vie.
Camus écrivait qu’on ne pouvait réfléchir sur l’absurde sans aimer la vie, s’y plonger.
Cette naïveté apparente irritait Sartre et les siens, une fracture entre les deux hommes a séparé leurs amitiés.
Camus s’est senti exclu de la pensée, a douté fortement.
Cette fracture est bien cette opposition entre l’idée d’une pensée absolue, et d’une pensée inscrite dans la vie, la complexité de l’homme qui est vivant avant tout.
La prétention des grands penseurs de considérer que l’intelligence d’une pensée est une construction d’idée dénuées de toutes contingences matérielles.
aller à l’ essentiel, à l’abstraction.
Ce n’est pas condamnable jusqu’aux dernières découvertes de la pensée humaine. Elle a permis des avancées prodigieuses. Mais comme on l’a dit, la pensée vit, rétroagit.

Et à un stade de complexité, il est temps d’indiquer que la pensée purement rationnelle, excluant la partie vivante de l’homme est insuffisante.
En ce sens la pensée de Camus et moderne, et elle est à redécouvrir.

La première idée de Camus est l’absurde. Projeté dans un monde où il se confronte à un univers différent de ce qu’il est, Camus définit l’absurdité.
La solitude de l’homme est un acquis de sa pensée, et elle illustre l’égocentrisme propre à l’être vivant qui ne vit que pour lui même, et ne peut appréhender ce qui est autre.
Il s’agit du principe d’exclusion de coli.

La solitude de l’homme.

blues_adolescent_reseaux_sociaux_fomo_semiologieL’homme est seul, mais il a besoin des autres pour survivre.

Dès sa naissance, l’enfant est dépendant de sa mère qui lui va apporter nourriture et soins.

Les premiers liens de dépendance vont se complexifier dans la vie sociétale.

Et des besoins premiers d’autosuffisance pour se nuancer en un besoin de l’autre tout court.

Fait de sujets autonomes égocentriques, le monde ne peut tout donner à ce centre du monde qu’est le moi. Il faut coexister avec l’autre, souffrir, l’oublier, le comprendre, l’aimer pour être aimé.
Beaucoup de confusion, de larmes, de souffrance, de perte d’énergie. Pour un si simple bonheur exclusif de l’être.
Les réponses à ces problèmes métaphysiques, en tout cas humain, sont multiples.
Les premières réponses sont un renoncement, un point de non retour. Un problème sans solution.
Elle s’arrêtent au premier principe d’exclusion de Coli.
Ce principe d’exclusion ne concerne pas que l’homme mais aussi les animaux ; qui peuvent exclure ce qui n’est pas sien : l’homme, la liberté..

L’ Absurde de Camus en est une illustration.
L’homme est un être étranger au monde, et il ne peut rien.
D’autres théories sont plus nihilistes. L’homme n’est rien. Et s’il peut être quelque chose, c’est dans le devenir.
De là les totalitarismes communiste, qui prône un idéal de l’homme en construction, en devenir. Un jour…
En attendant, il a produit des millions de morts.

La solution religieuse ? l’exemple du bouddhisme.

religion_sens_vie_bouddhismeDevant ce non-sens, cette folle conscience que l’homme n’est qu’un être-là, et qu’il n’a pas de salut, certaines religions tentent ce canaliser ce principe total d’exclusion.

La pensée bouddhiste est une saine intégration de ces concepts. Elle se place d’abord au niveau de l’être vivant et de son individualité.

Je ne suis pas bouddhiste.

Mais intéressons nous au sujet :

Le bouddhiste doit expérimenter lui-même ses idées, et si certains concepts ne le sied pas, il ne doit pas les appliquer.
La pensée bouddhiste reprend la notion de souffrance de l’être seul au monde, qui ne peut jamais devenir satisfait pleinement.
Elle part bien de ce premier principe d’exclusion.
D’autre part, le bouddhisme intègre la notion de cycle.
La vie est un cycle de souffrance : la satisfaction à un stade donné va créer une nouvelle insatisfaction, ou souffrance que l’homme va tenter de supprimer.
Mais on aboutit à un autre stade de plénitude qui va nécessiter un autre désir inachevé, et ainsi de suite.

La récursivité du processus rejoint bien la pensée complexe du monde qu’Edgar Morin a défini, et la pensée bouddhiste est moderne en ce sens.

norbert_wiener_cybernétique_retroaction_communicationLa récursivité est un concept né de la cybernétique, de Wiener.

Et reprise par Edgar Morin : notre monde est un système intégré dans un cycle de rétroaction permanente.

Le bouddhisme est un moyen de briser ce cycle de souffrance. La mise en œuvre est expérimentale, par l’homme lui-même.
C’est une religion de la solitude, dans le sens où aucune communion n’est solidaire de l’autre.
L’autre est considéré comme un autre être souffrant, un objet d’étude, parfois de compassion.
Jamais comme un être avec soi.

Les secondes réponses justement à cette solitude insupportable de l’homme rejoignent le principe d’inclusion :
les êtres s’associent et l’individu prend l’autre pour soi, dans une association intime, familial, ou sociétal.
C’est l’exemple de la poule qui choit ses poussins.
C’est l’exemple de la passion de l’être aimé qui nous fait oublier ce que l’on est pour l’autre.

La formule rassurante mais réaliste est de conjuguer ces deux termes : l’égocentrisme d’être seul au monde et la jouissance des corps, des autres, ensemble.
Le monde est complexe comme le souligne Edgar morin, mais si simple si on le veut bien !

A lire :

Edgar Morin ; la pensée complexe.

Edgar Morin : la méthode de la pensée complexe.

Edgar Morin : la nature de la nature.

Edgar Morin : la génétique, la vie , la liberté de l’homme ?

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1 commentaire

Classé dans Condition humaine, Textes essentiels

Une réponse à “Les idées dans les tripes ? Edgar Morin, la connaissance

  1. miane albert

    La part de la métaphysique permet à l’homme de puiser dans le divin l’inspiration nécessaire a son évolution .

    Le principe même de civilisation et de marche vers le progrès, c’est l’addition des apports de la transcendance individuelle et collective .

    Cette vérité échappe souvent à tous ces philosophes de la pensée horizontale, désincarnée , éloignée de l’évidence transcendantale.

    Aimer son prochain rompt la solitude de l’homme et Camus en postulant pour la raison du coeur n’a fait que participer à cette chaleur humaine particulière s’épanchait dans le coeur des habitants de l’Algérie d’hier.

    C’est le soleil qui réchauffait le coeur de Camus , lui conférant cette humanité sensible, étrangère à la « manipulation Sartrienne ».

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