La fin d’internet : Qui veut contrôler le web (2/3)

Internet est le réseau des réseaux.

Aujourd’hui, il est en menace.

Parce que le principe d’internet est sa neutralité. Personne ne peut le contrôler. Les instances de contrôle d’internet sont purement techniques, sans a-priori commerciaux ou politiques.

Nous avons vu dans les articles précédents ce principe de  neutralité, et ce qui pouvait détruire le web : la fin de la neutralité et de notre société de communication numérique.

Des premiers à vouloir contrôler internet, ce sont les industries traditionnelles : celles de la musique, de la vidéo, du livre : qui veut controler internet, et les anciennes industries

Mais la menace d’internet n’est pas celle de l’arrière garde, mais aussi des nouveaux acteurs du numérique. Focus !

Les acteurs de l’économie numérique souhaitent le contrôle d’internet.

On distinguera ici les 2 typologies d’acteurs : les FAI, ou les fournisseurs d’accès à internet, au réseau ; et les géants du service du web, générant le contenu.

Les Fournisseurs d’accès internet, le réseau numérique.

Un fournisseur d’accès internet gère le réseau, d’un point de vue technique : creuser les tranchées pour y faire passer les cables numériques, et ce partout. Assurer la continuité de service.

On comprendra que l’infrastructure à mettre en place, et à exploiter est coûteuse. L’abonnement à ces services permet l’investissement, l’exploitabilité.

Au delà du réseau, du « tuyau », trouver des marges de croissance est intéressante, et nécessaire. Ce qu’on met dans le tuyau est aussi important que le tuyau lui-même.

Rappelons nous de Jean Marie Messier, et de l’exemple de Vivendi, ou la compagnie des eaux. Véhiculer l’eau potable, via un réseau, c’est un peu le même métier que de véhiculer du contenu numérique ( de la video, de la musique, des octets ) sur des réseaux ( comme le réseau de fibre optique ).

En 1998, Jean Marie Messier a l’intuition géniale que veulent réitérer les acteurs de fournisseurs d’internet aujourd’hui : s’intéresser au contenu de ce qu’on véhicule. Voilà pourquoi JM Messier s’intéresse au contenu et renomme son groupe Vivendi : Absorber des activités de communication ( Canal+, Havas … ) parce que c’est là  la valeur économique et créatrice de revenus.

L’exemple Meetic.

 Le contenu du web est la valeur ajoutée .

Benjamin Bayart ( Président du FDN ) explique le tumulte des grands groupes de FAI, par l’exemple joussif de Meetic :

Pour un fournisseur d’accès à internet, creuser des tranchées pour y passer des cables de fibre optique,  assurer la continuité de service des réseaux coûte cher. Cela fait appel au BTP, aux démarches administratives avec les collectivités locales, les habitants mécontents…

Aujourd’hui payé par les consommateurs à 32 euros / mois.

Alors que sur Meetic, c’est le même prix, et le consommateur en redemande !

Des coûts énormes, légitimes. Mais qui sont en regard peu rentables de ce qu’on peut voir sur les services internet, eux  considérables par rapport au contenu :

A savoir des services , des abonnements que l’usager veut bien payer, et bien moins coûteux pour le fournisseur.

Par exemple,  Meetic propose un service d’abonnement à 30 euros par mois.

et dixit Benjamin Bayard « il s’agit juste d’ un enregistrement dans une base de données ». Bien loin des pelleteuses.. couteuses. Et voilà pourquoi les FAI s’intéressent au contenu.

C’est la stratégie d’Orange par exemple : l’opérateur s’intéresse au cinéma , ou à l’achat des droits de transmissions de matchs de football.

Le contenu est donc l’enjeu des fournisseurs d’internet. Et pour le permettre, les fournisseurs ont un sacré avantage : il dispose de la connection de l’usager sur internet.

La tentation est donc grande de monnayer ce service.

  • A l’usager :

Faire payer par l’usager de nouveaux services est une option, qui peut devenir d’actualité. Cela fait l’objet de lobbying auprès de la communauté européenne. Nouveaux usages ? nouveaux services ? Innovation ? cela se paye, et l’accès à deux vitesses pour l’usager est en marche.

Le lobbying auprès de la communauté européenne porte ses fruits, détruisant le principe même d’internet , et de sa neutralité :

L’Union Européenne est en train d’accepter l’usage à deux vitesses d’internet : pouvoir offrir de nouveaux usages, fruit de l’innovation, et les autres. Un bas débit, et un haut débit. En fonction du service acheté par l’utilisateur.

En contradiction totale avec la neutralité d’internet, qui doit techniquement offrir le même accès aux mêmes services.

  • Au fournisseur de services :

L’accès des utilisateurs passe par le fournisseur. Quoi de plus facile alors de monnayer auprès des fournisseurs de contenu les millions d’usagers potentiels. Peu y résisteraient. La marche est lancée. Le PDG de Free invite d’ailleurs ses internautes à se connecter sur DailyMotion plutôt que YouTube. Parce que soit disant, la connection technique ne marche pas bien vers YouTube.

Mais non, les tuyaux, comme internet ne sont pas intelligents. Ils appliquent des contraintes techniques que veulent bien formuler leur maitre !

En janvier 2013, Free filtre les publicités sur le web, depuis l’accès du fournisseur Free.

L’objectif ? Faire pression sur les fournisseurs de contenu ( comme Google par exemple ) pour rentabiliser leurs investissements d’infrastructures.

En février 2013, Free, grand opérateur Français des fournisseurs d’accès à internet décide de faire payer les « replay » ( les émissions de télévisions différées ). Pour les opérateurs, ces visionnages d’émission génèrent du flux video gourmand, et comme opérateur internet, Free en obtient aucun résultat financier.

D’où sa décision de « faire payer » les acteurs générant du service : Quand Free fait payer son service TV replay. Aux opérateurs de fournir des services ?

Les acteurs géants d’internet

Depuis Microsoft, qui a largement occupé l’espace numérique et de l’ordinateur, après IBM, les grands acteurs du web tentent de prendre le « lead ».

Car beaucoup d’entre eux recherchent leur modèle économique.

Si Google peut valoriser des profits, Facebook, et Twitter, les challengers doivent montrer patte blanche.

Les grands acteurs du web sont donc Microsoft, Oracle, Twitter, Facebook, Apple.

La vitesse à laquelle ces groupes tente de capter les nouveaux usagers est révélatrice d’un fait simple : seul le meilleur gagnera gain de cause.

Car le modèle économique de la révolution numérique passe par la captation du plus grand nombre, pour des revenus publicitaires.

La bataille entre ces acteurs a commencé. On remarquera d’ailleurs d’un point de vue sémiotique que les interfaces, de Google+, Facebook, et Twitter se rejoignent : une timeline, story line ou bref, une page qui ressemble à un blog. Convergence, parce que chacun s’observe.

Pourquoi ces acteurs sont ils dangereux pour internet ?

C’est la neutralité d’internet qui en jeu. Accéder à internet, c’est accéder aux même services, quel que soit son accès informatique.

Or les géants du web commencent à structurer, et fédérer des services, qui peuvent nous plaire, mais qui ne permettent pas la concurrence.

L’exemple le plus visible est celui d’Apple, et de son Apple Store. Pouvoir proposer le meilleur service, la meilleure application sur Apple, c’est respecter les règles d’Apple. Pour exemple, il n’est pas sur qu’Apple aurait été favorable dans ses applications de proposer un moteur de recherche efficace, du nom de Google.

Les acteurs américains du web sont prédominants. Et se concentrent au delà des vélléités numériques ( virtuelles ) à imposer et contrôler les structures physiques du web. A savoir les infrastructures des fibres optiques du web.

Ainsi Google par exemple contrôle 160 000 km de cables électriques propres au réseau internet. [ source : wall street journal ]

Ne soyons pas dupes, internet est devenu commercial, et s’écroulera si les modèles économiques ne suivent pas.

Le Financial Times, début mars, indique qu’une enquête est en cours, au niveau de la commission Européenne, sur la concertation illégale des grands opérateurs d’internet, en Europe : Collusion entre opérateurs

Les réseaux alternatifs sont à privilégier.

A suivre.

On lira , dans la série d’articles:

La neutralité du web.

Qui contrôle internet ? (1/3 ) les industries traditionnelles.

Qui contrôle internet ? (3/3) : la parole publique et politique.

Pour suivre l’actualité de la neutralité d’internet, on lira le petit observatoire de la neutralité, remis à jour : Petit observatoire de la neutralité d’internet.

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3 Commentaires

Classé dans Billet, Communication, Usage internet

3 réponses à “La fin d’internet : Qui veut contrôler le web (2/3)

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