Le nez qui voque

« Je suis un joyeux luron. J’aime la vie. Je veux la vie et j’ai la vie. Je prends d’un seul coup toute la vie dans mes bras, et je ris en jetant la tête en arrière, sans compter les haches dont elle est hérissée font gicler le sang. J’embrasse la vie : on dirait qu’elle est faite pour cela, qu’elle est faite pour me rendre orgueilleux de ma force. Prends une chaise dans tes bras : elle se laissera faire, elle est sans force. La force, tu l’as toute. Comme ce qu’il y a d’écoeurant en moi et en ce monde s’embrasse bien ! s’enlace bien ! se laisse posséder bien ! Je me fiche pas mal de tout ce que j’ai dit, de tout ce que j’ai fait : je t’embrasse, je t’emporte, je t’emmène avec moi. Plus on est de fous, mieux c’est. Je ne m’embarque pas. C’est moi, la barque, et j’embarque tout. En avant, maman ! Trêve de bavardise !

[ Réjean Ducharme, Le nez qui voque. ]

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Classé dans Condition humaine, culture, Littérature

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