
La guerre est une sidération.
Pour les soldats sur les fronts.
Et écrire sous les bombes peut paraître futile.
Pendant la première guerre mondiale, ce sont 4 milliards de lettrées écrites par les soldats et leur famille
Même sous les bombardements , on écrit.
De la première guerre mondiale à la guerre en Ukraine..
Ecrire pendant la guerre.
Ecrire ce que l’on vit en période de guerre, c’est écrire une carte postale à sa dulcinée.
C’est écrire aussi sur un cahier, ses mémoires. Pour soi.
C’est ce témoignage à ne pas oublier que j’aimerais ici évoquer.
- Le succès des premieres lettres sur le front, pendant la première guerre mondiale.
- Les cahiers, journaux intimes, pendant la seconde guerre mondiale. Dans la bataille de l’opération Dynamo, à Dunkerque.
- L’écriture digitale au temps de la guerre du XXIème siècle, en Ukraine.
Le succès des lettres des soldats, à la Grande Guerre.
Lors de la « grande guerre », en 1914, le temps dans les tranchées pouvait être long.
Les soldats attendaient le signal pour affronter l’ennemi. Des journées entières, coincés dans les boyaux de terre. Le moment de penser à sa famille, sa fiancée ou ses parents, loin du front. Une drôle de guerre.
Et envoyer de ses nouvelles du front à sa famille était un répit dans le quotidien des soldats.
Pour le moral des soldats, les échanges épistolaires sont cruciaux.
Chaque jour c’est le vaguemestre qu’on apporte le courrier. Aussi important que le colis de vivres reçus. Il est ´ami du soldat.
Dans un courrier de mai 1917, un officier écrit :
« La correspondance est un objet de première nécessité qui se place, dans l’échelle des valeurs, « entre le vin et le pinard ».
Quand le courrier fait défaut, surtout sur les premières lignes, la déception des soldats est immense et les officiers en sont conscients et font remonter cette réalité aux états-majors.
Si l’école devient obligatoire en 1881 par les lois de Jules Ferry, l’écriture n’est pas encore évidente en 1914.
Aussi, il est spectaculaire de voir autant de soldats prendre le crayon.
Le succès en tout cas fut immédiat.
Chaque jour, ce sont près de 5 millions de lettres qui sont échangées par les soldats et leur famille.
Sur les 4 années de guerre, 5 milliards de lettres et cartes postales.
En 1914, la poste est débordée. Elle s’organise rapidement, en recrutant près de 2000 auxilaires. Souvent des femmes, les préposés triaient les courriers. Et dans un contexte difficile, pour retrouver la où était stationné le soldat.
A la fin de l’année 1915, le temps d’acheminement des correspondances – que ce soit une lettre, une carte postale ou un colis – se fait entre deux et cinq jours, au lieu des 15 jours, voire trois semaines au début de la guerre.
Le contrôle du courrier et la censure.
On parle souvent de censure du courrier.
La lecture du courrier par les officiers répond à différents objectifs :
- L’espionnage. Afin d’éviter que les informations telles que les positions des soldats, leur avancées; ou des cartes stratégiques ne fuitent. Le courrier peut être censuré.
- Le moral des troupes. La lecture du courrier permettait de « jauger » le moral des troupes. Et éviter les effets de désertion, de révolte des soldats, du sentiment perçu par les soldats sur le défaitisme.
En 1916, s’installent ainsi les premières commissions militaires de contrôle.
A la vue du courrier à contrôler, la majorité du courrier n’est pas lu. On estime que ce sont entre 2 % et 4 % du courrier provenant du front qui est contrôlé chaque jour par des lecteurs sous l’autorité militaire et non postale.
Le journal intime, le cahier de bord du soldat.

Ecrire, c’est aussi une manière d’exorcicer la peur. De passer l’ennui. Ou de laisser témoignage.
Autant certains soldats « tuent » le temps à graver leur gamelle métallique de dessins, autant certains prennent le crayon.
Et détaillent jour après jour les détails des journées sur leur carnet de bord.
C’est le cas du matelot Robert Monet, affecté à la batterie de DCA du phare de la jetée de Dunkerque. Puis au service de cartographie de l’état major des Forces maritimes du Nord.
Dans les courtines du Bastion 32, encore existantes aujourd’hui.
Robert Monet participe à ce que l’on appelle l’opération Dynamo, en 1940, à Dunkerque. Bataille historique dont le réalisateur Nolan en fera un film « Dunkirk ». Où plus de 300 000 soldats anglais et Français furent évacuées en quelque jour des plages de Dunkerque vers l’Angleterre. On lira l’histoire ici : L’opération dynamo.
On lira ici les deux pages du matelot ci-après.


On se rend peu compte du danger que vit Robert Monet. Entre les bombardements des.
On vit jour après jour, presque heure par heure ce qui se passe.
« Deux parachutistes sautent d’un avion en flamme »
Ou plus prosaïquement, sur la plage, trouver une montre, des cigarettes.
Laissés là par un soldat blessé, ou mort ?
« On vit comme des bêtes. Plus mal que l’on pense. »
On sera ému de voir que le matelot n’oublie pas d’indiquer qu’il écrit à Betty.. tous les deux jours.

Lundi 27 mai 1940.
Bombardement massif. 60 avions ennemis.
A 10 heures, avions géants déboulent.
De 11h à 12h. Bombardement et explosions.
Dunkerque. Malo et Rosendael. Plusieurs foyers d’incendie.
Place Jean-Bart en feu.
Ecrit à Betty.
Nuit de 20 h à 8h ( service ).
Mardi 28 mai 1940.
Bombardement méthodique par vagues de bombardiers.
Baïonnette. Allemands avancent toujours sur Dunkerque.
Les troupes anglaises embarquent sur la plage de Malo.
4 belges se remettent avec nous.
Il pleut à torrent.
Ecrit à Betty. Et à parent Larelachère.
Mercredi 29 mai 1940.
On vit comme des bêtes. Plus mal que l’on pense.
Un bateau de réfugiés saute sur une mine.
Le fort et Mardyck tirent sur les allemands qui ne doivent plus être loins.
Communiqué : Dunkerque est toujours aux mains des alliés.
Bombardement massif des troupes anglaises qui s’embarquent sur la plage de Malo.
Sorti vers Malo. Trouvée montre et bracelet. Cigarettes et tout de tout.
2 parachutistes sautent d’un avion en flamme.
Jeudi 30 mai 1940.
Matinée calme car ciel bouché et bas.
Les FADA s’embarquent sur le Flore à 12 h. et sauveraient
des avions allemands mais sans résultat.
Ecrit à Betty.
Les allemands tirent du 150 depuis Socx. ( 19 km de Dunkerque ). ( pendant toute la journée ).
Les troupes embarquent toujours.
Communiqué : violents combats autour du camp retranché de Dunkerque.
La guerre sur Tiktok.
La guerre s’écrit encore.
Pas loin de l’Europe, en Ukraine, les soldats sont partis sur le front.
Aujourd’hui, les usages sont devenus numériques.
Le téléphone, les réseaux sociaux.
Autant la poste pendant la seconde guerre mondiale s’était organisée pour acheminer le courrier, autant la technologie d’aujourd’hui soutient la communication des soldats.
Des satellites sont mis en place au dessus de l’Ukraine pour permettre la réception des signaux téléphoniques.
Avec l’aide même d’entreprises privées américaines.
Les contacts avec les proches peuvent se faire de manière plus instantanée.
Le brouillage des ondes téléphoniques empêche parfois la communication. La géolocalisation des téléphones peut être un danger pour les soldats, risquant d’être repérés.
La face visible des échanges de ces soldats est celle partagée sur les réseaux sociaux.
Vouloir montrer. Il s’agit aussi de propagande. La guerre est aussi une affaire de guerre de l’information.
Certains soldats deviennent des influenceurs.
C’est le cas de Rouslan Mokrytsky, 32 ans. Ce soldat a une communauté de 132 000 personnes sur Tiktok.
Il montre son quotidien de la guerre.
En publiant des videos sur la préparation des repas.
Sous le feu depuis le début de la guerre, Rouslan avait besoin d’une échappatoire.
« Après les missions, il y avait, disons, beaucoup d’images affreuses et stressantes », explique Rouslan. « J’avais besoin de récupérer mentalement ».
Pour tenter d’oublier l’horreur, il se plonge dans les films, la musique, la lecture, les promenades malgré les bombes… Rien n’y fait.
« J’en suis arrivé au point où je me suis dit que ce serait cool de me filmer, en train de faire des frites par exemple ».
« Ce n’est pas seulement moi qui me reconstruis mentalement, mais tout le monde autour ».
Ces séances offrent « une heure ou deux » de légèreté, sentiment inhabituel sur le front du Donbass.
Pour l’influenceur, « si vous n’avez pas de contact avec votre famille, vous pouvez devenir fou ». Réciproquement, les vidéos permettent aux civils de se tenir informés de ce qu’il se passe dans l’Est.
Ces traces, écrites à la main sur du papier, dans des carnets. Ou les traces numériques laissées dans le cloud.
Ce sont des témoignages fabuleux qui perdurent. Et rendent ces témoignages beaucoup plus sincères et authentiques. Plus authentiques que les pages d’histoire, parfois réécrites. Ou manipulées par les Etats.
Ils font partie de la mémoire collective, ensuite. Permettant de se souvenir de cette terrible douleur.
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